Gunzig, un incapable plutôt doué !

Certes, le livre donne un air malin s’il est lu en public! Mais l’histoire -qui nous propulse dans un futur sous copyright, à la fois drôle et cynique- est suffisamment addictive pour faire rapidement oublier ce petit désagrément! 

Mieux vaut lire votre livre chez soi que dans le métro, si on ne veut pas passer pour un incapable aux yeux de tous!
«Oui mais non! (rires) On est tous dans une certaine mesure des incapables dans certains domaines. Si vous me demandiez de réparer le moteur de votre voiture, j’en serais totalement incapable. Le champ de ‘l’incapabilité’ est très large. Finalement, c’est un peu le flou, incapable.»

Pourquoi ce titre?
«Je trouvais le titre amusant. Mais c’est avant tout une fiction. C’est un livre qui s’adresse à tous ceux qui aiment les histoires, les romans. Peut-être une modeste réflexion sur le monde contemporain, c’est-à-dire sur la possibilité de la liberté dans un monde où tout est exploré, tout est étudié et où tout appartient à quelqu’un. Le personnage du bouquin, Jean-Jean, finalement, je le comprends assez bien et je me sens assez proche de lui. C’est quelqu’un qui vit dans un monde dont il n’a pas toutes les clés. Il n’est pas adapté à son monde. Les loups non plus d’ailleurs ne sont pas adaptés à leur monde. Il n’y a finalement que l’affreuse Marianne qui est, elle, suradaptée mais en devient monstrueuse. Mais à part elle, tout le monde est un petit peu à côté de la plaque. C’est vrai que moi aussi, au quotidien, je me sens souvent d’un autre monde. De grands magasins, de grandes économies, de grands enjeux. On se sent un peu démunis et fondamentalement incapables.»

Comment est née l’idée du livre?
«À la base, j’avais envie de faire un livre sur les grandes surfaces. C’est un endroit que bizarrement et paradoxalement j’ai toujours aimé. Je m’y suis toujours senti bien depuis que je suis tout petit. Quand mes parents m’emmenaient dans les grands magasins faire les courses, j’ai toujours trouvé cela chouette toutes ces couleurs, toutes les allées, tous les produits. Je trouvais cela assez excitant. L’idée est partie de là.»

Et les personnages?
«Après effectivement, une fois qu’on a l’idée de l’histoire, on cherche comment la faire fonctionner et les personnages viennent petit à petit. J’avais d’abord l’idée de ce gardien de sécurité. »

De quelle upgrade auriez-vous aimé bénéficier ? Loutre, serpent?
«Bonne question… Je suis un tout petit peu jaloux de la puissance des loups. Mais là, ce n’est pas vraiment une upgrade, c’est une modification un peu ratée. Sinon, il est vrai que loutre, ce n’est pas mal: ce n’est jamais malade, cela n’a jamais froid…»

Et de quoi aimeriez-vous détenir le copyright?
«Les éléphants. Pouvoir reproduire les éléphants. J’en ferais des troupeaux. Je peuplerais la Belgique d’éléphants.»

Vous renouez ici avec le roman, même si au départ, on découvre plein de personnages. Puis finalement, leurs histoires s’imbriquent.
«Oui. C’est vrai. J’ai eu envie de me réapproprier la liberté absolue d’être l’auteur de roman. Ne pas faire le spectacle qui va être mis en scène par quelqu’un d’autre et interpréter par encore quelqu’un d’autre. J’ai eu envie d’un récit long, parce que cela permet de développer une énergie, un souffle épique, qui moi me plaît bien.»

Vous connaissiez la fin en commençant?
«Bizarrement, la fin je l’ai sue assez rapidement. Je devais avoir à peine un dixième du livre que j’avais déjà la fin.»

Et votre icône à vous, qui est-ce? Schwarzenegger? Frederich Wallace Smith?
«(Rires) Je suis assez fasciné par Schwarzenegger. Le film dont est tirée la citation en exergue, ‘Pumping iron’, est un film tout à fait fascinant où on se rend compte à quel point il est réellement charismatique. Maintenant, il est devenu un peu une caricature de lui-même. Mais quand on le voit tout jeune, avec encore son accent autrichien, être pour l’ixième fois encore Monsieur Univers, on se rend compte qu’il a vraiment un charisme très particulier. Je ne peux pas dire que c’est une idole, mais c’est quelqu’un d’intéressant, qui a marqué le 20e siècle. C’est quelqu’un qui était là au bon moment, au moment des années 80, des années de la compétition, du fric, du muscle, du physique. C’est un moment très particulier dans les mentalités, et je trouve qu’il l’illustre très bien. Maintenant, c’est quelque chose aussi d’un peu effrayant cette mentalité qu’il incarne. Le développement à outrance, presque monstrueux, le surdéveloppement, à la fois physique, économique et fondamentalement cynique.»

Ce livre, c’est un peu une critique de la société de consommation actuelle?
«Non, parce que cela, ce sont des grandes phrases qu’on sort comme cela mais qui ne veulent fondamentalement rien dire. D’ailleurs, le personnage se souvient à un moment du monde du temps où les copyrights sur les vivants n’existaient pas et il ne sait pas si c’était forcément mieux. Moi, non plus, je ne sais pas si c’était mieux. Je pense que le monde a toujours été fondamentalement assez affreux, que ce soit l’antiquité, la féodalité, la révolution industrielle ou notre monde surcapitaliste d’aujourd’hui. Tous ces mondes-là portent en eux des germes souvent assez sombres et violents. Il n’y a aucune solution je pense malheureusement. Donc je ne me permettrais pas du tout de critiquer le monde dans lequel on est. Disons que j’essaie de voir un petit peu quels sont les dangers qui nous guettent à travers l’histoire.»

Sortir au moment de la rentrée littéraire, cela change quelque chose?
«C’est souvent plutôt un désir d’éditeur cela. C’est toujours un coup de poker. On a beaucoup plus de chance de ne pas être remarqué parce dans la masse de livres qui sortent, il y a forcément un grand nombre qui sont très, très bons, et meilleurs que le vôtre. Mais c’est vrai que si on émerge un petit peu dans cette rentrée littéraire, cela permet éventuellement d’avoir l’un ou l’autre prix. Donc on s’est dit, tant qu’à faire, on n’a pas grand-chose à perdre!»

Vous avez d’autres projets en cours?
«J’ai un nouveau projet de roman auquel je pense. J’aimerais réaliser un film tout seul comme un grand. J’ai écrit le scénario avec Jaco Van Dormael et tout se met en place maintenant vraiment rapidement. C’est bien. Je pense que le tournage aura lieu en juin si tout va bien. L’idée tourne aussi de donner une suite à ‘Kiss & cry’… »

Christelle

Thomas_GunzigEn quelques lignes

Ce manuel de survie -qui n’a en fait de manuel que le nom- marque en réalité le retour de Thomas Gunzig au roman. Plus qu’un manuel donc, il s’agit ici d’une jolie fable futuriste. Martine Laverdure est caissière dans un supermarché. À peine plus lente que ses collègues. La direction voudrait bien la virer. Mais manque de motifs convaincants. Surtout qu’elle est syndiquée. Alors ils font installer à Jean-Jean, le chef de la sécurité du magasin, des caméras pour espionner à tout moment la caissière. Et lui découvre une relation avec Jacques Chirac Oussoumo, un de ses collègues. Un motif imparable. Mais le licenciement tourne au drame. Martine Laverdure meurt. Ses quatre fils aux gènes de loup -Blanc, Gris, Brun et Noir- sont bien décidés à la venger. Ils se rendent donc chez Jean-Jean qu’ils tiennent pour responsable en vue d’une expédition punitive. Et tombent sur une vraie furie, Marianne, la femme de Jean-Jean aux gènes de mamba vert… Le tout parsemé de ces comparaisons truculentes dont Gunzig seul à le secret.

«Manuel de survie à l’usage des incapables», de Thomas Gunzig, éditions Au diable vauvert, 410 pages, 18 €

Cote: 4/5

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