Crimes façon Maxime Chattam

© Jean-François Robert

© Jean-François Robert

Maxime Chattam plonge une nouvelle fois dans les ténèbres humaines et joue à nous faire peur. Cette fois, il imagine une véritable épidémie de meurtres…

D’où vous viennent toutes ces idées noires?
«Si je le savais moi-même! Je réfléchis au genre d’histoires que j’ai envie de raconter. Qu’est-ce qui va m’amuser pendant quelques mois. Est-ce qu’il y a une réflexion derrière cette histoire, laquelle, et de quelle manière je vais la mener. Cette fois, j’avais envie de parler de la mondialisation des crimes et des criminels. Je me suis demandé, s’ils s’unissaient tous un jour, comment il le ferait, est-ce qu’il y aurait une idéologie, et laquelle? À partir de là, je note plein d’idées. Je teste plein de pistes. Et le livre naît progressivement. Vous dire comment, pourquoi et d’où viennent les idées, je ne sais pas. Est-ce qu’il y a un puits sans fond dans lequel les romanciers puisent? Peut-être!»

Alexis Timée est-il de la famille de Guy de Timée, le héros de «Léviatemps»?
«C’est probablement un descendant de Guy. Il a juste perdu la particule avec le temps.»

Vous faites aussi un clin d’œil à « La trilogie du mal ».
«Oui. Pendant longtemps, je n’ai pas vu l’intérêt de faire revenir Brolin d’une manière ou d’une autre. Cela ne m’amusait pas. On avait beau me le demander, je n’allais pas me forcer! Pour ce livre-ci, je me suis dit qu’il y aurait un truc à faire avec un profileur, que ce serait parfait pour Brolin. Mais plus je préparais le bouquin, plus je me suis rendu compte que cela ne collait pas avec Brolin directement. Du coup, il me fallait un autre personnage, parce que je ne voulais pas que le profileur soit omniprésent dans l’histoire, que ce soit lui qui trouve tous les trucs. C’est là que le personnage de Mikelis est apparu. Mais j’ai gardé Brolin pour la fin, pour un clin d’œil. Et cela va me permettre d’amorcer ce que seront les suites, où il y a une dimension mondiale.»

Il y aura donc bien des suites…
«Oui, il y a d’autres moments à venir avec Ludivine et ses complices et probablement Brolin davantage.»

Combien de livres sont prévus avec eux?
«Il y en aura au moins trois, peut-être quatre, voire plus! Pour le coup, j’ai vraiment cravaché sur les idées. J’ai plusieurs idées de bouquins à part entière. Et je veux finir cette série sur un renvoi à la fin de ‘L’âme du mal’…»

Comment décidez-vous qui va mourir?
«Souvent, en amont, quand je prépare la structure, je me dis que dans telle scène, les personnages ont pris trop de risques, ils se passent trop de choses, et que je ne peux donc pas les laisser s’en sortir tous indemnes. Ce ne serait plus crédible. Alors je me dis qu’il va falloir que je trouve un moyen d’en buter un ou deux! Je me laisse jusqu’au moment de l’écriture pour voir ce qui se fait le mieux. Même s’il s’agit du héros parfois…»

Vous connaissiez la fin de l’histoire en commençant?
«En général, je connais la fin et j’ai les articulations principales du roman. Après je me lance dans la rédaction et là, ça peut changer en cours d’écriture.»

Comment faites-vous pour être au courant des dernières technologies de la police?
«Je passe du temps avec eux et je leur pose plein de questions!»

Vous êtes fan des Giants?
«Oui, comme Alexis. De temps en temps, je fais transpirer quelques petites choses personnelles dans mes livres.»

Vous avez visité tous les lieux dont vous parlez?
«La mine de Wieliczka en Pologne existe. J’y suis retourné en janvier quand le livre était fini pour vérifier des trucs. Donc oui, je vais sur les lieux, et je trouve ceux qui correspondent le mieux. Mais vu ce qu’il se passe dans le village au Québec, je n’ai pas mis son vrai nom. Ce n’aurait pas été cool pour les habitants du bled!»

Vous n’avez pas peur de donner des idées aux criminels?
«Non, parce que quand on connaît un peu le fonctionnement d’un criminel, d’un pervers en particulier, on se rend compte que c’est beaucoup plus complexe. Le passage à l’acte chez un criminel de ce type-là est la conséquence de tellement de facteurs très compliqués, très profonds, que ce n’est pas un livre ou un film qui va l’inspirer. Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’un individu avec tout un tas de déviances très marquées peut parfois les nourrir avec un excès de consommation de films ou de livres noirs. Un individu de ce genre-là ne peut pas s’approprier un fantasme extérieur. Il a ses propres fantasmes qui vont parfois l’amener à passer à l’acte. Un livre va juste nourrir sa part de noirceur. À même titre que cela nourrit une part de noirceur chez n’importe qui d’autre qui le fait simplement pour s’amuser à se faire peur ou à être diverti.»

Et vous, comment faites-vous pour vous plonger dans tant de noirceur?
«Je le fais parce que j’ai envie de comprendre ce que sont les ténèbres humaines. Est-ce que le mal existe? Comment un individu, à ce point déconstruit, s’est en réalité construit? J’ai envie de comprendre tout cela, de creuser cette piste de ténèbres. On a tous une part d’ombre. Moi, j’aime comprendre comment elles se sont construites chez les individus et surtout quand cette part d’ombre est tellement grande qu’elle bouffe toute la lumière chez un individu. À l’heure actuelle, il n’y a pas de psychiatre, de grandes théories qui soient validées ou reconnues pour expliquer cela. Je passe donc mon temps à creuser, à comprendre, et du coup, je théorise dans mon coin, mais à travers la fiction, ce qui m’autorise à avoir toutes les théories possibles.»

Vous croyez en un gène de la violence?
«Un gène de la violence, non. En revanche que génétiquement la violence est inscrite dans le patrimoine de l’humanité, oui. Mais vous dire que certaines personnes vont devenir criminelles parce qu’il y a un gène de la violence chez eux et pas chez les autres, cela, je n’y crois pas une seconde. On est le fruit d’une évolution complexe qui s’est faite pendant près d’un million d’années sur la violence pour survivre. Et aujourd’hui, depuis quelques milliers d’années, soit 0,01% de notre temps, l’humanité essaie d’apprivoiser cette violence. Par conséquent, qu’il y ait encore des atavismes chez nous profondément marqués qui de temps en temps peuvent ressurgir, ça, j’y crois bien sûr. Je pense que c’est une évidence.»

Un scénario tel que celui que vous imaginez n’est pas du tout improbable au fond.
«Ce n’est pas du tout improbable, non! Quand j’écris des romans, j’essaie de partir de fiction, certes, mais pas de fictions totalement barrées. Je pense qu’à terme, c’est quelque chose qui pourrait arriver, hélas.»

Pour parler de votre «Autre monde», n’avez-vous pas honte de terminer le tome 5 sur ‘le pire reste à venir’, puis nous laisser plus d’un an sans nouvelles?
«(rires) Je suis en train de finir l’écriture du tome 6. Dans une série comme celle-ci, à un moment ou un autre, je suis bien obligé d’arrêter le livre, ou alors je n’ai qu’un seul livre de 4.500 pages. Comme je morcelle l’histoire, il y a forcément de temps en temps des moments, et dans ‘Oz ‘particulièrement, où cela se termine d’une manière complètement ‘aaaaah’!»

La suite est prévue pour quand?
«Au mois d’octobre ou novembre. Je suis en train de finir le livre… Je suis en plein dedans.»

Vous pouvez nous donner quelques éléments pour patienter?
«C’est l’avant dernier tome de la série. À la fin d’Oz, on se pose la question de savoir si Matt va revoir un jour Ambre, s’il saura comment Tobias est disparu et s’il a vraiment disparu. Vous aurez la réponse à une partie de ces questions dès le début, mais à toutes les questions seulement au bout de 150 pages parce qu’il se passe plein de choses, le livre est assez gros. À mesure que je réponds à plein de questions, je mets en place l’échiquier final pour le tome 7, le dernier de la série.»

« Autre-monde » pourrait être adapté au cinéma?
«Cela pourrait mais cela demanderait un tel budget que c’est compliqué. Il faut tomber sur un Luc Besson ou Hollywood. Il faudrait tellement d’effets spéciaux que ce serait un projet très coûteux.»

Christelle

En quelques lignes

Maxime Chattam imagine cette fois une véritable épidémie de meurtres. Au moins deux tueurs en série -surnommés Le Fantôme et La Bête- semblent se donner la réplique, en signant leurs crimes d’un mystérieux *e gravé sur le cadavre de leurs victimes. Très vite, l’Hexagone ne suffit plus aux deux monstres et l’Europe entière devient le terrain de jeu de leur macabre compétition. Alexis Timée est chargé d’enquêter, secondé par ses adjoints Ludivine et Segnon, ainsi que l’éminent criminologue Richard Mikelis. Ce dernier défend l’idée d’une « conjuration primitive », au cœur des pires déviances de la nature humaine. Maxime Chattam renoue ici avec le thriller après le succès de la série fantastique « Autre-Monde », vendues à plus de 500.000 exemplaires.

« La conjuration primitive », de Maxime Chattam, éditions Albin Michel, 460 pages, 22,50 €

Cote: 5/5

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