Quand un flic prend la plume

© Sébastien Lauby

© Sébastien Lauby

Premier roman très réussi pour Olivier Norek. Flic au quotidien, il a eu envie de raconter ses aventures dans la jungle du 93. Cette fois, c’est lui qui tient le rôle du suspect soumis à l’interrogatoire. 

Comment vous est venue l’envie d’écrire un roman?
«Dans un quotidien de flic, vous allez être amené à rencontrer ce qu’il y a de pire chez l’homme. Des assassins, des meurtriers, des kidnappeurs, des trafiquants de drogue, des violeurs… C’est une vie d’aventures. Et quand on a une vie d’aventures, on a envie d’en parler. Le pas se passe d’autant plus facilement qu’on a des choses à raconter. Il n’y a plus qu’à tenter le coup et à oser!»

Pour ce premier roman, vous vous êtes donc beaucoup inspiré de faits réels?
«On peut dire que 90% du livre est vrai. Il reste 10% de spectaculaire, qui est le liant de l’intrigue. Quand vous lisez le bouquin, vous découvrez que les flics bossent comment cela, que les enquêtes se déroulent comme cela. On est dans une réalité qui hypnotise un petit peu le lecteur au début et l’assied dans son fauteuil avec la vérité. Et dès que le lecteur est un peu ferré, j’introduis cette intrigue un peu spectaculaire mais qui reste tout à fait plausible. C’est vrai qu’il y a quand même quelqu’un qui revient des morts! Cela semble un peu particulier, mais je montre ensuite que c’est plausible puisque j’ai travaillé avec un médecin légiste pour faire en sorte que ce soit possible.»

Votre héros, Victor Coste, existe? Vous êtes-vous inspiré de vos collègues ou de vous-même pour le créer?
«C’est très orgueilleux, mais pour Victor Coste, je me suis inspiré de ma manière de voir le métier. Cela fait 14 ans que je suis sur le terrain, en PJ ou en commissariat, à Paris ou dans le nonante-trois (vous remarquez que je m’adapte!). Et j’ai une opinion, un avis, des choses à dire. Cela aurait été dommage de prendre les idées de quelqu’un d’autre. Victor Coste est donc le personnage qui me ressemble le plus. Pour le reste, j’ai pris le caractère de l’un, le physique de l’autre. J’ai construit des personnages pour qu’ils soient étoffés, aient un vrai caractère, une vraie vie. Je n’ai pas voulu de seconds personnages transparents.»

Vos collègues ont lu le roman? Qu’en ont-ils pensé?
«Oui, ils ont lu le roman. La seule chose qu’ils m’avaient demandé, c’était d’être honnête. Ils ne voulaient pas d’angélisme, que je dise que tous les policiers sont bien et font tous un excellent travail. Il y a des brebis galeuses comme partout, comme chez les boulangers ou les journalistes. Mais c’est un bouquin honnête parce que même si je m’autorise à les égratigner, je reste vraiment dans une réalité.»

Et Léa, la médecin légiste, existe vraiment elle aussi?
«Non. Léa est le seul personnage totalement inventé. Comme cela va être la petite copine de Coste, je n’ai pas voulu m’embêter à prendre quelqu’un que je connaissais, on ne sait jamais ce que la vie nous apporte! Léa Marquant n’existe pas.»

Vous êtes fan de polars et de séries policières?
«Oui, j’aime beaucoup les polars, Vargas, Ken Follett, Dantec. ‘Les racines du mal’, c’est pour moi le meilleur polar du monde. Le mien est juste derrière bien sûr (rires). Sur les séries policières, je trouve que ‘Engrenages’ a apporté quelque chose de nouveau à la série policière. Après, de manière très ludique et très récréative, les séries américaines. Mais je vois cela avec beaucoup de recul parce que je sais que c’est juste impossible de travailler comme cela.»

Cela vous énerve les erreurs dans ces séries?
«Non, c’est parfait, qu’ils continuent à en faire des tonnes d’erreurs. Comme cela, quand j’arrive après avec un bouquin qui est documenté et réaliste, on se dit, tiens ça change! Mais oui, dans ces séries, c’est très courant de voir des erreurs procédurales et professionnelles. Je voulais rendre au lecteur le flic de maintenant. On voit toujours ces flics alcooliques, dépressifs, le nez dans la coke. J’avais envie de rendre le flic ouvert, humain, parce qu’il n’y a que comme cela qu’on peut faire du bon travail. Je me vois très mal arriver bourré ou défoncé au travail. C’est un métier tellement compliqué, qui nécessite la tête sur les épaules. J’avais envie qu’on découvre l’antithèse du flic Marchal. Je suis fan de son œuvre, mais c’est une police qui a 30 ans. Maintenant, elle a changé.»

Vous vous êtes donc renseigné auprès des légistes pour les aspects que vous connaissiez moins bien.
«Oui. Tous les homicides et autopsies ont été travaillé avec un légiste. Et la construction de l’assassin l’a été avec une psycho criminologue. On part souvent du postulat de départ qu’il est fou et qu’une fois que c’est dit, on peut tout lui faire faire. Cela ne me convenait pas parce que j’ai une notion de la violence et de l’homicide en lui-même qui nécessite une histoire. Le meurtre gratuit, facile, je ne le trouve absolument pas romanesque. J’avais besoin qu’on soit en empathie avec l’assassin. J’ai voulu qu’on assiste à sa déconstruction, en passant de l’individu lambda au monstre. Je voulais que le lecteur se demande s’il a envie que Coste attrape l’assassin ou au contraire, qu’il s’en sorte parce qu’il comprend pourquoi il fait cela. Qu’il se demande comment lui lecteur aurait réagi s’il lui était arrivé la même chose, si lui aussi ne serait pas devenu un monstre par envie de vengeance ou de justice.»

Vous avez mis beaucoup de temps pour écrire ce livre?
«La première version s’est écrite en six ou sept mois. Puis j’ai refait une seconde version. Puis une troisième. Et j’ai pris les meilleures constructions des trois versions. Pour un premier roman, on a tendance à vouloir mettre tous les mots qu’on connaît dans une phrase. Cela donnait des trucs très longs. Ensuite, j’ai visé à l’économie. Parce que je pense qu’on n’a pas besoin de décrire énormément de choses pour faire transparaître un sentiment. On n’a pas besoin non plus d’aller dans l’utra-gore pour transmettre un sentiment de gêne.»

Vous avez déjà commencé une suite?
«La suite, je suis dessus. C’est un peu démago, mais c’est le lecteur qui va me donner l’autorisation d’en écrire un deuxième ou pas. Si je trouve un lectorat et des gens séduits par les personnages, ce sera avec grand plaisir que je leur présenterai le second. Mais quoi qu’il en soit, je commence déjà à l’écrire au cas où!»

Christelle Dyon

En quelques lignes 

Un cadavre émasculé qui ressuscite, un toxico victime d’autocombustion,… Il s’en passe des choses bizarres en Seine-Saint-Denis. Victor Coste, capitaine de police au groupe crime du SDPJ 93, et son équipe vont mener l’enquête. et découvrir des choses étranges au sein même de leur département. Un premier roman fort réaliste pour Olivier Norek. Et pour cause: il est lui-même flic pour de vrai dans le 93! C’est pourquoi, vous ne trouverez pas ici de flic déprimé, alcoolique ou le nez dans la coke. Parce que ce n’est pas plausible. L’enquête n’est pas menée non plus de bout en bout par la seule police scientifique. Par contre, il y a bel et bien des flics pas nets. Et des assassins qu’on se surprendrait presque à comprendre. Son roman, Olivier Norek l’a voulu totalement fidèle à la réalité. Un seul reproche peut-être: celui de nous faire passer la nuit blanche…

« Code 93 », d’Olivier Norek, éditions Michel Laon, 304 pages, 18,95 €

Cote: 4/5

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