La relève d’Oksa Pollock assurée

Anne Plichota et Cendrine WolfLa série «Oksa Pollock» n’est pas encore tout à fait achevée que ses auteurs, Anne Plichota et Cendrine Wolf, ont déjà donné le jour à une nouvelle héroïne. Celle-ci s’appelle Susan Hopper. Et si elle ne parvient pas à faire des boules de feu sans allumette, elle n’en est pas moins attachante. Malgré ses horribles cauchemars à faire flipper! Anne Plichota (photo, à droite) nous en parle!

Vous n’avez pas attendu la fin des aventures d’Oksa Pollock pour entamer une nouvelle série.

«Non, on sentait que c’était le bon moment psychologiquement. Parce que cela fait un certain temps qu’on l’a dans la tête et cela commençait à bouger un peu. Et puis Oksa, c’est une longue série, et cela devient obsessionnel à force! Tout tourne autour de ce personnage, toutes nos pensées sont focalisées dessus. On n’a aucun recul parce qu’on sort quand même à une fréquence assez rapide. Et s’attaquer à quelque chose de différent, cela nous a fait un bien fou. Cela nous permet de terminer Oksa avec un état d’esprit un petit peu différent. Une dynamique qu’on commençait à perdre s’est imposée à nouveau.»

Comment est née Susan Hopper?

«Elle est née très au fond de nous-même. Cendrine et moi aimons bien écouter les gens raconter leur vie. On cumule aussi des expériences professionnelles. L’une et l’autre, nous avons eu plusieurs métiers. Cendrine a été très longtemps dans le milieu des enfants dits à problèmes, dans des cités, des banlieues défavorisées. Donc toute cette ambiance foyer, pas de parents, famille d’accueil, c’est quelque chose qu’elle connaît bien. Au fil des expériences accumulées, elle avait envie de raconter ce genre d’histoires. Parler de la difficulté d’être aimé, d’aimer. De l’amour filial aussi: qu’est-ce que c’est exactement, est-ce que c’est naturel? Est-ce qu’on peut aimer un enfant qui n’est pas le sien? Est-ce qu’on peut avoir des parents qui ne sont pas vraiment les nôtres? Cela, c’était la trame de départ très intégrée dans Cendrine. Elle m’en fait part. Moi, cela m’intriguait aussi. C’est vrai que j’aime beaucoup les tourmentés, les écorchés vifs, qu’on n’a pas forcément dans Oksa Pollock qui est une jeune fille heureuse, super entourée.»

Combien de tomes sont prévus?

«On a prévu une trilogie au minimum. Donc on part sur trois. Après on verra! On a la matière pour aller au-delà. Même pour Oksa, on peut aller au-delà de six si on veut. Mais on aime bien garder l’intensité des choses.»

Vous connaissez la fin de vos deux séries?

«Oui, on connaît la fin. Nous faisons partie de ces écrivains qui ont besoin de savoir où ils vont. Quand on est en voiture, si on ne sait pas où l’on va, on tourne en rond, on va n’importe où et on va nulle part.»

C’est une série très sombre. Plus qu’Oksa. Cela se termine bien à la fin?

«Cela dépend pour qui! (rires) C’est difficile de ne pas finir bien des romans jeunesse. Mais il y a toujours des pertes en cours de route. Tout le monde ne peut pas s’en sortir indemne. Dans Oksa aussi, nous avons été obligées de faire mourir des personnages parfois essentiels. Moi, je le vis très mal. Cela me met dans tous mes états.»

Comment décidez-vous qui doit mourir?

«C’est Cendrine souvent! Elle est beaucoup plus audacieuse que moi. Dans Susan, il y aura aussi des pertes, c’est inévitable. J’en souffre déjà. Mais dans la vie aussi, il y a des choses graves qui se passent et tout le monde ne survit pas à tout. La magie ne fait pas tout non plus.»

La maladie dont souffre Eliot existe vraiment?

«Oui, elle existe vraiment.  C’est une terrible maladie. Heureusement, ils sont peu nombreux à en souffrir. Le terme maladie orpheline nous avait un petit peu interpellées. Il y avait déjà un point commun avec Susan, qui est orpheline. Ce sont deux formes d’orphelinat qui les unissent finalement. Ce sont deux grands solitaires, de par leurs différences. Ils unissent leur solitude.»

Vous aimez les chiens?

«Oui. Georgette existe réellement. C’est la petite chienne de Cendrine. Elle l’a depuis un an, c’est un petit carlin. Elle est extraordinaire. On l’emmène aux dédicaces et on lui met parfois aussi une petite marinière. Elle est très drôle et nous a beaucoup inspirées.»

Comme Oksa, votre nouvelle héroïne est une fille.

«Oui, on comprend un petit peu mieux les filles que les garçons en tant que femmes et ex-adolescentes! J’ai une adolescente de 14 ans à la maison qui m’inspire beaucoup de choses. Mais on aime bien cet âge-là: une période intermédiaire où il se passe tellement de choses. C’est une période de la vie extrêmement déterminante. Il y a un côté métamorphose aussi très spectaculaire. On a encore les doudous et les pyjamas Bob l’éponge et on sait déjà tout sur l’amour et le sexe. Ce mélange entre l’enfant et l’adulte est compliqué et bouillonnant. Cela nous inspire beaucoup.»

Vous faites beaucoup de cauchemars?

«Oui, mais moi j’ai appris à gérer mes cauchemars et à en faire quelque chose de, disons, productif. Sinon, c’est complètement stérile. Je sais qu’un cauchemar peut vous gâcher une journée.»

Oksa en est où?

«Le tome 6 et dernier tome sortira à l’automne. Mais il y aura un tome 0. On va revenir sur l’origine du Grand Chaos, ce qui a déclenché la fuite de tous ces gens. Du coup on va retrouver tous ces personnages qu’on rencontre âgés, à l’état d’enfance, d’adolescence. On va voir ce qui s’est passé à ce moment-là pour que les gens soient devenus ce qu’ils sont devenus. Et puis on va faire un spin-off, développer un des personnages du livre, Tugdual. Deux volumes sont prévus. On va le suivre au-delà des histoires d’Oksa. En plus, c’est un garçon, donc cela va nous changer un petit peu!»

Et l’adaptation cinématographique?

«Les droits ont été achetés. On attend que cela avance. Toutes les adaptations qui sont faites aujourd’hui dans le fantastique sont des adaptations anglo-saxonnes: ‘Sublimes créatures’, ‘Twilight’… Nous avons de la chance qu’Oksa ait été achetée par une maison d’édition anglaise et sortira en Angleterre au mois de juin. Donc tout le monde surveille la sortie en Angleterre et les réactions du public anglo-saxon pour voir comment cela va être adapté. Mais nous essayons de nous concentrer sur l’écriture. Pour le cinéma, ce sont d’autres personnes qui s’occupent de cela.»

Écrire à quatre mains, c’est compliqué? Comment procédez-vous?

«Pas pour nous. On ne saurait pas faire autrement. Plutôt que de se répartir les choses, on fusionne. On a monté toute l’histoire ensemble. Chacune apporte ses éléments, sa sensibilité, sa compréhension des personnages. Pour chaque scène on se voit, on discute, on oralise beaucoup. On mime parfois, on se projette. Je prends les notes et je rédige la première, je mets en forme ce que l’on a convenu ensemble oralement. Je romance. Je passe la version à Cendrine qui à son tour travaille sur cette version. Moi je travaille en noir, elle en rouge. Ce n’est pas une question de correction mais de contraste, parce qu’on est aussi très différentes l’une de l’autre. On se repasse comme cela les versions et on écrase au fur et à mesure. Et puis quand on est d’accord toutes les deux, on passe à la suite. En général, il faut deux ou trois couches, pas plus.»

Comment vous êtes-vous rencontrées Cendrine et vous?

«Cela fera 19 ans bientôt! On s’était rencontrées chez des amis communs. On s’est tout de suite bien entendues, une espèce de coup de foudre amical. On se comprend. On avait la même vision de la vie. On aime bosser de la même façon. Par la suite, comme de vrais amis, on s’est beaucoup entraidées. Ce n’est pas le premier projet qu’on avait ensemble. On avait essayé de monter une épicerie anglaise à un moment. On adore bosser en fait. On adore cela, bosser. Ce n’est pas toujours facile finalement de rencontrer des gens qui sont sur la même longueur d’onde que vous. On se retrouve souvent solitaire quand on est un bosseur un peu compulsif. On est comme des sœurs siamoises. On n’a même pas besoin de se dire les choses parfois, on sait déjà. C’est vraiment très fort.»

Qu’est-ce que cela fait d’avoir une communauté de fans qui vous soutient? C’est grâce à eux que vous avez trouvé un éditeur au départ.

«Complètement. C’est eux qui ont été à l’origine de tout. Et je crois que tous les écrivains du monde ne devraient jamais oublier que s’il n’y a pas le lecteur au bout, le livre n’existe pas. On est très fières d’avoir tous ces gens qui se sont trouvés. Ce sont des gens aussi très solidaires. Certains communiquent tous les jours sur le forum. Au départ, ils parlent du livre mais cela va bien au-delà. Ils s’entraident. Certains sont devenus des amis hyper proches. Un peu comme les Sauve-qui-peut dans le livre, c’est une vraie communauté de gens. Il y a déjà des couples qui se sont formés grâce à Oksa. Cela, c’est vraiment génial.»

http://www.susan-hopper.fr

 Christelle

Susan Hopper1En quelques lignes

Suite à la mort de ses parents dans un terrible incendie lorsqu’elle était bébé, Susan a grandi dans un orphelinat. Le seul souvenir qu’elle conserve d’eux? Un morceau de tissu imprégné du parfum de sa mère. Aussi, lorsque Susan détecte ce même parfum sur Helen Hopper, venue à l’orphelinat avec sa famille pour adopter un enfant, Susan est bien résolue à tout faire pour qu’ils la choisissent. Mais une fois installée dans leur manoir, Susan commence à faire de drôles de cauchemars. Des cauchemars qui la transportent avec Eliot, son nouveau frère adoptif, Georgette, le petit chien de la famille et Alfred, le grand-père un peu fêlé, dans des endroits peu rassurants. Et si une terrible malédiction pesait sur Susan depuis sa naissance?

«Susan Hopper – Le parfum perdu», d’Anne Plichota et Cendrine Wolf, éditions XO jeunesse, 394 pages, 16,90 €

Cote: 4/5

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