Écrire sur l’amour, pas sur la guerre

Écrivain et scénariste, Khaled Khalifa vit à Damas. Le conflit en Syrie, il le vit au quotidien. Mais dans son prochain livre, il sera question d’amour, pas de guerre. En résidence d’auteur à Passa Porta à Bruxelles, il nous parle de la vie là-bas.

Comment se déroule la vie de tous les jours en Syrie?
«La vie y est très dure en ce moment. Il y a six mois, c’était encore relativement calme, mais maintenant c’est la révolution dans toute la Syrie. La situation des gens est très difficile. Parfois, on reste sans électricité pendant longtemps. Parfois, on n’a pas de pain. Parfois, il n’y a pas d’essence… Ce n’est pas une vie normale.»

Comment vivez-vous ce qui se passe actuellement dans votre pays?
«Cela m’attriste. Spécialement à cause de tous ces morts, continuellement depuis deux ans. Pas un jour ne passe sans qu’il n’y ait de nouvelles victimes. Parmi eux, des amis… C’est très dur de vivre sous les tirs. Ce n’est pas quelque chose de normal. Mais on doit continuer à vivre.»

Vous pensez que la fin du conflit est proche?
«Je ne sais pas. Nous ne savons pas quand ces tueries vont cesser. Le régime doit quitter la Syrie, mais il est soutenu par l’Iran, la Russie, par le Hezbollah, l’Irak, de nombreux pays. Et par les États-Unis aussi. Parce que les États-Unis, la France ne font que parler. Ils n’ont rien fait pour soutenir la révolution.»

Comment envisagez-vous le futur?
«On espère voir la paix et la démocratie. On a payé tout ce sang pour une démocratie, pas pour la guerre. Jusqu’à maintenant, on n’a pas connu de guerre civile contrairement à ce que disent les journalistes et les médias. Ce n’est pas une guerre civile mais une révolution. On se bat contre le régime. Les États-Unis, les Nations Unies, l’Europe préfèrent être aveugles. Ils se contentent de parler. En attendant, au moins un million de Syriens ont fui leur maison.»

Vous pensez que le conflit était prévisible?
«Oui. Et jusqu’à présent, on ne sait pas quand cela s’arrêtera. Mais si on veut la démocratie, on ne peut pas vivre avec ce régime. Les bâtiments sont détruits, les villes sont détruites. Tous les jours, il y a plus de sang, plus de morts.»

Vous pensez quoi de Bachar al-Assad?
«Je pense qu’il doit partir. Cela fait deux ans. Mais on ne sait pas quand il partira. Peut-être qu’il terminera comme Kadhafi. Peut-être que le conflit se finira demain. Mais peut-être qu’on se battra encore dans un an. Pour nous ce qui est important, c’est que les morts stoppent.»

Et en tant qu’écrivain, comment voyez-vous cela?
«Écrire sur le conflit ne m’intéresse pas pour l’instant. Je n’ai pas le recul. J’ai besoin de temps. Maintenant je suis à l’intérieur de la bataille. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il y a du sang tous les jours. Tous les jours tombent de mauvaises nouvelles. Peut-être que plus tard, j’écrirai sur le sujet. Mais il n’est pas encore temps maintenant. Maintenant, il est temps pour le chagrin.»

Vous êtes en résidence d’auteur en Belgique à Passa Porta pour  cinq semaines. Vous allez écrire sur quoi?
«Sur l’amour, je l’espère! Je suis romancier. Je suis déjà venu ici l’an passé. J’avais été invité après la parution de mon roman ‘L’éloge de la haine’ en français. J’espère retourner en Syrie avec un projet d’écriture et commencer à écrire ici les premières pages.»

C’est difficile d’être publié en Syrie?
«Avant, en effet, cela n’était pas facile. On verra donc dans le futur, la nouvelle Syrie.»

Vous rentrez en Syrie après Passa Porta?
«Oui. J’aime mon pays. Je ne veux pas le quitter. Spécialement dans les moments difficiles comme ceux-ci.»

Christelle

«L’éloge de la haine», de Khaled Khalifa, éditions Actes Sud, 336 pages, 24,40 €

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