Tous coupables !

armeljobUn accident. Deux coupables potentiels. Mais lequel des deux est «le bon coupable»? L’alcoolo notoire ou l’homme au-dessus de tout soupçon? Décidément, Armel Job est un vrai spécialiste quand il s’agit de chatouiller les bonnes consciences.

Qu’est-ce qu’un bon coupable?
«Le titre est ambigu. Le bon coupable, cela peut être le coupable idéal, celui que tout le monde désigne spontanément. Mais cela peut être aussi celui qui va tirer parti de la culpabilité pour être quelqu’un de bon, de meilleur peut-être. On peut donc appliquer le titre bon coupable à la fois au procureur Lagerman, qui est effectivement le véritable coupable, mais qui n’en tire aucune leçon. Et il convient également à Carlo, qui est celui qui assume une culpabilité et qui va faire de cette culpabilité quelque chose de bon.»

Tout le monde est donc coupable, comme l’affirme un de vos personnages?
«C’est effectivement une idée qui traverse tout le roman. Tout le monde a une certaine culpabilité. Bien sûr, il y a celui qui s’est rendu coupable de l’homicide en question. Et il y a celui qui n’est peut-être pas coupable de ce fait mais d’une multitude d’autres mauvaises actions. Mais les parents de l’enfant sont aussi coupables. S’ils ne s’étaient pas disputés pour une broutille, l’enfant n’aurait pas traversé la route. La culpabilité, on va la retrouver un petit peu chez tous les personnages. Personne ne peut prétendre vivre sans se compromettre d’une manière ou d’une autre dans le mal. Le mal est universel. Tout le monde a part au mal. Le problème est de savoir comment nous allons réagir lorsque nous prenons conscience du mal que nous commettons. On peut soit pratiquer la technique de Lagerman qui consiste à se défiler. Soit enfin, après sans doute beaucoup de manœuvres dilatoires, arriver enfin à assumer la part de mal qui est en nous. Et peu importe à ce moment-là si le fait concret pour lequel nous endossons la culpabilité est celui dont il est question dans le présent ou si nous assumons d’une manière générale par ce fait le mal auquel nous avons participé dans notre vie.»

Le thème de la culpabilité revient dans plusieurs de vos livres.
«Oui. La culpabilité est un thème important. Comme je le rappelle en exergue du roman par la phrase de Kierkegaard, ‘une mauvaise conscience peut rendre la vie intéressante’. À partir du moment où vous n’avez aucun sens de la culpabilité, ou vous vous déchargez de toute culpabilité, je pense que vous êtes tout à fait en dehors de la réalité. L’attitude de la culpabilité est une attitude féconde. Il ne s’agit bien entendu pas de s’enterrer dans la culpabilité. Mais à partir du moment où nous reconnaissons une gravitation dans le mal, nous pouvons évidemment rebondir, combattre le mal. On est très fort pour voir le mal chez les autres. On crie haro sur les gens dont la culpabilité est établie par les tribunaux. Vous voyez à quel genre de manifestations nous avons assisté dernièrement. Parce que cela, c’est très facile : on montre du doigt un coupable désigné, et en même temps, on dit qu’on n’est pas comme eux, qu’on n’est coupable en rien. Le seul mal que nous pouvons faire disparaître, ce n’est pas le mal gigantesque qui se passe à des milliers de kilomètres de nous, qu’on nous expose dans les journaux. Le mal qui est à notre portée, c’est le mal quotidien à nous. C’est celui-là que nous devons combattre. Mais comment voulez-vous le combattre si vous le niez en vous-même ?»

Et vous comment auriez-vous réagi à la place du procureur?
«Je n’en sais rien. J’espère n’être jamais dans ce genre de situation. Mais je ne suis pas meilleur qu’un autre. Dans la vie, nous avons tous l’occasion de constater que dans certaines circonstances, nous avons été d’une extrême lâcheté. C’est ça la complexité de l’être humain, peut-être qu’à certaines occasions aussi, on a su prendre sur soi et se montrer très digne.»

Vous connaissiez la fin dès le départ?
«Non, je ne connaissais pas la fin. Quand j’ai commencé à écrire, je n’avais même pas encore vraiment l’idée du procureur. Je pensais tout d’abord simplement au personnage de Carlo. Je me disais que j’allais mettre en scène quelqu’un impliqué dans un délit de fuite, quelqu’un de vraiment peu recommandable. Je ne savais pas encore comment j’allais traiter le sujet mais je me demandais comment cet homme allait vivre cette situation. Je suis parti de cette caricature, cet homme qui vit une vie de bâton de chaise. Et puis comme on vit avec le personnage pendant un certain temps, on se pose des questions, on se demande qui est cet homme-là, ce qui lui est arrivé, ce qu’il a vécu dans le passé. Peu à peu le personnage devient plus complexe qu’on ne l’imaginait. Et comme j’introduis le personnage du procureur, je me rends compte que c’est lui qui est responsable. Je le trouve suprêmement agaçant et orgueilleux, c’est un macho. Mais est-ce qu’il y a quelqu’un qui est uniquement détestable? Je ne sais pas.»

Votre roman se passe chez nous.
«Je ne vois pas pourquoi je situerais l’intrigue ailleurs puisque je suis Belge, je vis en Belgique, je connais la Belgique. C’est toujours une bonne chose pour un auteur de parler de ce qu’il n’ignore pas trop!»

Christelle

En quelques lignes

Un dimanche, à l’heure de la messe. Une petite fille traverse la rue. Un chauffard la renverse. Elle meurt. Mais qui est le chauffard ? Carlo Mazure, cet homme en état d’ébriété qui a traversé le village au volant de sa jeep, avant de finir sa course dans un ruisseau? Ou Régis Lagerman, procureur de son état, promis à un bel avenir, qui roule à vive allure au volant de sa Jaguar? Qui est le bon coupable dans cette histoire? Celui que tout le monde désigne? Ou celui qui va tirer parti de sa culpabilité pour devenir quelqu’un de meilleur? Voilà un petit conte cruel dont Armel Job a le secret. Une histoire qui vous tient en haleine, tout en titillant les consciences.«Le bon coupable», d’Armel Job, éditions Robert Laffont, 308 pages, 19,50 €

Cote:  4/5

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