Le courage plus fort que la peur

MarcLevyCet énigmatique sentiment plus fort que la peur dont nous parle la couverture du dernier roman de Marc Levy, ce n’est pas l’amour, mais bien… le courage. C’est qu’il en faudra une bonne dose à ses deux héros pour échapper aux services secrets américains et ainsi mettre à jour l’un des secrets les mieux gardés de notre temps.

Le courage n’est qu’un sentiment plus fort que la peur, dites-vous. Chez tout le monde?

«Oui, je pense. On peut avoir peur d’être courageux. Mais le courage n’est pas de l’héroïsme.»

Vos deux héros n’ont pas froid aux yeux.

«Non, mais ils ont souvent peur. On est souvent confronté au cinéma ou dans la littérature à des personnages qui font des choses extraordinaires et où chaque action est une action plus héroïque que courageuse. La subtilité est que le courage s’inscrit dans des petits actes de tous les jours. Il faut être courageux pour aimer, il faut être courageux pour élever ses enfants, il faut être courageux pour accompagner quelqu’un jusqu’à son dernier souffle. Il faut être courageux pour être infirmière, enseignant,… Un enseignant qui entre dans une classe de 35 élèves tous les matins, il est extrêmement courageux. Et pourtant, on ne l’appelle pas Superman, Batman… C’est cela pour moi cette notion de courage du quotidien.»

Et vous, vous êtes courageux?

«Pas plus qu’un autre. Je n’ai jamais été un héros. Mais il a fallu du courage pour changer quatre fois de pays dans la vie, pour changer trois fois de métier. Cela n’a rien de vantard dans ma bouche quand je dis cela. Je vois plus le courage comme une forme de liberté que l’on s’accorde. Je pense que l’égoïsme ne demande aucun courage.»

Vous ressuscitez Andrew Stillman.

«Oui, c’est un peu le cas de le dire d’ailleurs!»

Pourrait-il revenir encore dans d’autres aventures?

«Oui, il pourrait. C’est une tentation pour beaucoup de romanciers. Faire venir un personnage dans plusieurs romans apporte un grand avantage: c’est qu’on le connaît. Une des choses les plus difficiles finalement quand on écrit un roman, c’est d’apprendre à connaître sur le bout des doigts ses personnages. J’imagine à quel point Fred Vargas doit connaître son commissaire Adamsberg et combien Agatha Christie connaissait son Hercule Poirot. C’est tentant.  Mais dans la vie, c’est aussi tentant de rencontrer de nouvelles personnes. Donc, je ne peux pas vous le dire de façon définitive, mais oui, c’est possible.»

Et entre deux romans, vos personnages vous poursuivent?

«Oui. Poursuivre est un grand mot. Mais est-ce qu’ils cessent d’exister une fois que le roman est terminé? Absolument pas. Les personnages des romans finissent par former un collège d’amis, de relations de vie, de gens qui sont proches de vous. Évidemment les personnages de roman sont des personnages de fiction, mais il y a une forme de schizophrénie qui fait que finalement, d’avoir passé tant de jours et tant de nuits avec ses personnages, non, on ne s’en défait pas. Il y a des personnages de mes romans que je fréquente toujours dans ma tête.»

Suzie, elle, a fini son histoire?

«Oui, son histoire est finie. Un des personnages auquel je m’étais le plus attaché, c’était M. Daldry. Mais c’est pareil, son histoire est finie. Il y a parfois cette tentation de les faire revenir en transversale dans le roman quand on arrive à mélanger époque, situation. L’inspecteur Pilguez revient très souvent dans mes romans, parce que lui est vraiment un personnage transversal, de par sa fonction d’inspecteur de police à la retraite. Je peux lui donner des petits rôles.»

Vous vous y connaissez en alpinisme?

«Je ne m’y connaissais pas du tout avant de commencer  le roman. Depuis j’ai dû lire à peu près 1.500 pages sur le sujet. Je ne pratique pas, et pour tout vous dire, j’ai le vertige. Mais c’est aussi une des grandes joies du métier de romancier : il vit plein de vies grâce à ses romans.»

Les crashs d’avions dont vous parlez ont donc vraiment eu lieu?

«Oui. Dans ces circonstances-là. Et je me suis servi du rapport officiel de l’accident pour le récit du premier chapitre.»

C’est ce qui vous a inspiré le début de l’histoire?

«Non. Ce qui est très inspirant, c’est quand la fiction dépasse la réalité. Ce qui est vrai, c’est que le glacier du Mont-Blanc a restitué, 46 ans après le crash du Kanchenjunga un sac postal qui ressorti de la glace. Dans ce sac postal, il y avait un courrier diplomatique qui a été remis au gouvernement indien. Sans qu’on puisse l’ouvrir puisque c’était un courrier diplomatique. Et l’idée qu’un message diplomatique ait traversée le temps, je me suis dit que c’était un bon début de roman. Je ne savais pas encore ce que l’invention romanesque allait mettre à l’intérieur de ce courrier. À un moment donné, je m’étais dit qu’il pouvait y avoir à l’intérieur de ce courrier  une déclaration de guerre entre l’Inde et le Pakistan qui n’est jamais arrivée donc la guerre n’a jamais eu lieu. Du coup, 46 ans après, le gouvernement indien se demande s’il doit quand même y aller. Il y avait plein d’options possibles.»

Sans trop dévoiler de l’intrigue, vous abordez aussi dans ce livre une grave catastrophe écologique qui n’est pas totalement fictive.

«Héla non. Ce qui est incroyable, c’est que quand j’ai commencé l’écriture de ce roman, ce complot, je le trouvais tellement relever du domaine de la fiction, même si des tas de signes concordants donnaient des suspicions, que je me suis dit qu’il fallait vraiment que je me documente énormément sur le sujet. Je trouvais l’hameçon gros à avaler. Et c’est en menant ces recherches qui m’ont pris des mois et des mois, que je me suis aperçu que ce complot avait vraiment existé. J’étais absolument sidéré.»

Ce roman pourrait être adapté en film?

«Cela n’est jamais du ressort de l’auteur de décider de cela. L’adaptation cinématographique ne dépend que du désir d’un réalisateur. Mais il y a des demandes sur ce roman-là, oui.»

27 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, 14 romans, traduits en 45 langues. Cela ne donne pas le tournis?

«Non, parce que cela ne fait pas partie de mon quotidien. La seule chose que ces chiffres inspirent, c’est l’émerveillement et la reconnaissance que je dois aux lecteurs qui me font confiance depuis autant d’années. Quand on a cette chance incroyable d’avoir 27 millions de lecteurs dans le monde, on n’a pas le droit à la paresse, on n’a pas le droit à la facilité, on n’a pas le droit à la répétition. On n’a pas le droit de réchauffer une histoire et de la resservir avec un assaisonnement différent. On a l’obligation de prendre des risques. Mais ce n’est pas pour cela que vous avez inventé le vaccin contre le cancer. Donc il faut relativiser.»

Christelle 

En quelques lignes

Suzie Baker découvre dans l’épave d’un avion emprisonné depuis 46 ans sous les glaces du Mont-Blanc un document diplomatique qui pourrait innocenter sa grand-mère, accusée à tort de haute trahison. Mais pas seulement. Epaulée par le reporter Andrew Stilman (dont les lecteurs de «Si c’était à refaire» savent qu’on peut compter sur la ténacité), Suzie est bien décidée à découvrir les secrets enfouis du passé et rétablir l’honneur de sa famille. Mais ses plans vont à l’encontre des intérêts des services secrets américains. Le dernier Marc Levy prend des allures de thriller. La preuve que l’auteur peut encore nous surprendre!

«Un sentiment plus fort que la peur», de Marc Levy, éditions Robert Laffont/Versilio, 428 pages, 24,50 € 

Cote: 4/5

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