Sur la lettre à Saint-Nicolas…

Et si on inscrivait quelques livres cette année sur la liste à Saint Nicolas? Illustratrice de talent de livres pour enfants depuis près de 20 ans, Jeanne Ashbé nous conte tous les bienfaits de la lecture dès le plus jeune âge!

Comment devient-on auteur de livre pour enfants?
«Dans mon cas, pas à pas. J’ai fait une candidature en psychologie, puis une licence en logopédie. J’ai travaillé comme logopède, mais très peu. Je dessinais beaucoup depuis toujours. Et mes premiers pas dans l’illustration sont surprenants puisque j’ai d’abord illustré des livres d’école. Puis je suis passée tout de suite à des albums pour les petits. C’est ma passion, mon domaine: tendre un fil entre un tout petit qui ne parle pas encore et le livre que je peux partager avec lui, lui proposer des images, de la musique de mots, des couleurs. Tout fait sens pour les tout-petits.»

En près de 20 ans, votre travail a évolué?
«Oui. Je fais maintenant des livres que je n’aurais pas faits il y a 20 ans, parce que je ne cesse de découvrir avec émerveillement les compétences de lecteur des tout-petits enfants dans ce temps préverbal, qui précède l’accès au langage. Ils lisent tout: les mimiques de notre visage, la chaleur de notre corps, la tension ou la détente. Tout cela fait sens pour un tout petit et dans un livre, c’est absolument étonnant de voir comment ils s’emparent de toutes sortes de choses pour faire du sens.»

A partir de quel âge peut-on commencer à lire des livres aux tout-petits?
«Pour moi, quand on sort des limbes. Tout de suite. Dans des services de néonatologies, on lit déjà des livres à des micro-bébés. La première fois que j’ai entendu cela, cela m’a surprise. Mais ce qui est en jeu-là, c’est justement de faire cette espèce d’arrêt sur image, qui aussi génère de la relation. Curieusement, quand on lit un livre d’images, les adultes ont tendance à montrer les images et ne lisent pas le texte. Or le texte est important même pour les tout petits enfants. Les petits montrent un énorme plaisir à entendre cette voix en chanson.»

En tant qu’auteur, comment faites-vous pour deviner ce qui plaît aux bambins?
«Je ne sais pas. C’est surtout un travail intérieur. Pour faire mes livres, je ressuscite à l’intérieur de moi cette connivence que j’ai avec cet âge de la vie. Je ne peux pas l’expliquer, si ce n’est par cette part de moi, de mon enfance, qui n’est peut-être pas tout à fait achevée! Mais je ne vais pas trop m’en vanter! Mon travail est assez éclectique d’une certaine manière. Une partie tourne autour du quotidien des petits. Une autre est plus graphique, plus poétique. Ce qui me guide, c’est mon émerveillement devant cette prodigieuse intelligence des tout-petits enfants. Avant même d’accéder à la maîtrise de la langue, ils mettent en place une infinité de choses qui leur permettent de comprendre comment marche le monde. Rien de cela n’est donné. Quand un enfant dit ‘j’ai prendu’, on trouve cela super mignon. Mais si on y réfléchit, c’est prodigieux: cela veut dire qu’ils reconstruisent une syntaxe de la langue, et qu’ils n’apprennent pas comme des perroquets.»

Vos livres contiennent plein de petits détails fascinants.
«Cette façon dont un petit voit le monde dans lequel on l’a fait débarquer est en devenir: elle n’est pas encore organisée de la même façon que nous. On a coutume de dire que les petits voient dans les images des petites choses que nous n’avons même parfois pas vues. Mais je pense que pour eux, ce ne sont pas encore des détails. Ils n’ont pas encore hiérarchisé leur pensée entre ce qui est important et ce qui du détail. Donc il appréhende le monde à travers ce qui pour eux évoque quelque chose. Et ils vont ainsi devenir des petits constructeurs de sens. C’est pourquoi, je mets beaucoup de choses dans mes images pour qu’il y ait des lectures silencieuses. Dans ‘Parti’, même quand il ne reste plus que la petite queue du chat, les enfants sont là à dire ‘chat, chat…’»

Vous testez vos livres sur vos petits-enfants?
«Non. Je l’ai peut-être fait plus au début. Mais je peux partir sur des petits vécus avec mes enfants, petits-enfants ou d’autres enfants, de choses que j’ai observées. Quelque chose qui me touche peut me mettre sur la voie d’un livre.»

Comment naissent vos personnages? Vous vous êtes inspirée de vos cinq enfants et trois petits-enfants?
«Difficile à dire. J’imagine que quelque part, mes enfants étaient des petites bouilles rondes comme Lou. C’est clair que je n’ai pas dû aller chercher très loin. Mais en même temps, ce n’était pas voulu non plus.»

Vous avez beaucoup de contraintes? Pour faire les rabats…
«Cela demande de la précision dans le dessin. Pour les livres où il y a plusieurs éléments rajoutés, il faut que cela tombe juste au bon endroit. Après, la réalisation, ce n’est pas moi qui m’en occupe, c’est l’imprimeur! Mais mon objectif est que les livres puissent vraiment être manipulés par les enfants. Parce que souvent, ces livres où il y a des choses à bouger, cela coûte cher, cela casse. Ici, si on les arrache, on les recolle. Mais si on perd la petite surprise, je fais toujours en sorte que l’histoire fonctionne quand même.»

Votre technique préférée?
«J’ai fait des livres à l’aquarelle, beaucoup à l’acrylique et à l’encre. Dans le dessin, mon trait est à l’encre et je mets en couleurs à l’acrylique. Et puis j’ai certains livres qui sont faits à l’ordinateur. Dont ‘Pas de loup’. Certains sont mixtes. Ce sont des dessins au crayon qui sont importés dans un fichier informatique.»

Christelle 

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