Voyage initiatique en Bolivie

© David Ignaszewski / Koboy

Après nous avoir plongés dans un glauque fait divers avec son premier roman, «Comme des larmes sous la pluie», la Bruxelloise Véronique Biefnot nous entraîne cette fois dans un passionnant voyage initiatique en Bolivie. Rencontre avec une auteure sympathique. À suivre assurément!

On retrouve ici les personnages de votre premier roman. Vous n’en aviez donc pas fini avec eux!
«Non seulement je n’en avais pas fini avec eux à la fin du premier roman mais je n’en ai pas encore fini maintenant puisque j’ai en chantier un troisième tome qui boucle la boucle cette fois-ci! C’est un cycle. Trilogie, cela fait un peu prétentieux, mais c’est quand même une trilogie! Cette histoire, je l’ai d’emblée imaginée en trois étapes. Le dernier tome paraîtra normalement dans un an. Néanmoins, j’ai essayé d’écrire ce deuxième tome de manière à ce que quelqu’un qui n’aurait pas lu le premier tome puisse entrer dans l’histoire sans avoir eu toutes les infos et l’historique des personnages. Mais c’est vrai qu’on retrouve les mêmes personnages parce que c’est la continuité de tout le travail que mon personnage principal, Naëlle, doit faire pour se reconstruire, se retrouver. ‘Comme des larmes sous la pluie’ était plus axé sur le fait divers, sur les causes de l’état dans lequel cette jeune femme se trouve. Il avait un côté plus sombre, plus trash. On était dans le vif du sujet. Ici, on amorce la guérison, on va vers la lumière. Pour moi, c’est un roman qui est un voyage initiatique: elle va chercher de l’aide, elle touche un peu partout, et puis elle va finir par trouver de manière inattendue ce qui va l’aider.»

Et dans le troisième tome, qu’est-ce qui attend Naëlle et Simon?
«Ah, ce sera la surprise! Naëlle revient en Belgique. Cela se passera beaucoup dans les Ardennes. Une série de choses se passe dans des grottes. On fait de la spéléo! Deux personnages reviennent du tome 1: Évelyne, la sœur de Naëlle, et Lucas, le fils de Simon. Parce que Naëlle doit faire la paix avec ses fantômes. Et Lucas aussi. Et puis le chat, Nicolas, qui avait un rôle déterminant dans le premier mais n’est pas très présent dans le tome 2 puisqu’il reste en Belgique, sera à nouveau très présent dans le 3.»

Comment sont nés tous les personnages?
«Honnêtement, c’est quelqu’un que je ne connais pas qui m’a inspiré Naëlle! Cette personne, physiquement, m’a interpellée. Je me suis fait tout un cinéma autour de cette jeune femme. Et j’espère pour elle, évidement, que sa vie n’a rien à voir avec celle de mon personnage! (rires) Au-delà de cela, j’avais envie de parler de thèmes qui sont pour moi importants, à savoir comment on survit et comment on peut se reconstruire après une épreuve épouvantable. Une chose que je ne supporte pas, c’est l’abus de pouvoir. Quel qu’il soit. Cela peut être relativement anodin, verbal, du petit patron à son employé, du mari à sa femme, de la femme au mari, des parents aux enfants, ou alors plus grave, comme dans le premier roman où l’on bascule dans le glauque du fait divers. Et malheureusement on en a connu en Belgique, notamment avec l’affaire Dutroux, mais également en Autriche et ailleurs. Comment peut-on abuser d’enfants? Tout cela me trottait dans la tête depuis des années. Et puis l’histoire est partie.»

Vous connaissez déjà la fin du dernier tome?
«Oui. J’ai construit la totalité des trois tomes même avant d’entamer le premier. Le dessin général de l’histoire a tout de suite été très clair dans ma tête. Mais il y a des accidents de parcours! Et heureusement d’ailleurs parce que c’est très gai. On se rend compte que des choses que l’on croyait essentielles ne le sont pas. Il y en a d’autres, par contre, qui ne devaient pas l’être et le deviennent! Par exemple, dans le deuxième livre, le personnage Manko n’était pas du tout prévu au programme! Au départ, je le cite comme cela, presque comme un des autres participants du voyage. C’est vraiment lui qui s’est imposé, qui n’a pas voulu partir! Alors j’ai fait avec! Et je suis très contente parce que finalement, je l’aime beaucoup ce personnage!»

Vous pouvez nous en dire un peu plus sur le «cahier de Lili» dont vous donnez le lien (www.lili1973.be) dans le livre?
«C’est une histoire amusante. Quand j’ai écrit mon premier roman, j’avais d’abord fait un manuscrit que j’avais vaguement tapé et photocopié, et dans lequel figurait ce journal intime qui est donc celui de Lili, la maman de Naëlle, et qui raconte sa séquestration. Malheureusement, pour des raisons essentiellement économiques, on n’a pas pu l’intégrer dans le premier livre. C’est pour cela que j’ai fait ce site pour qu’on puisse quand même le voir. C’est bien sûr moi qui l’ai fait! J’ai essayé de prendre une écriture enfantine, puis de tourner vers quelque chose de plus tourmenté. Ce qui est magnifique, c’est qu’il y a des gens, ayant été sur ce site, qui m’ont écrit via Facebook, et qui ont pris les choses à l’envers, pensant que c’était ce document qui m’avait inspiré l’histoire! C’est un peu une mise en abîme.»

Vous connaissez bien la Bolivie dirait-on…
«Bhein, j’y suis allée une quinzaine de fois, j’ai vécu six mois… Non, je rigole! Je n’ai jamais été en Bolivie. J’ai des amis qui y sont allés, qui ont fait ce périple-là. C’est très à la mode, les trekkings machins. Donc j’ai eu tous les échos. Ils m’ont tous parlé effectivement du soroche, du mal de l’altitude, du froid, nanani, nanana. Je me suis extrêmement documentée. Mais je voulais garder le fantasme du pays. Je préférais que cela reste un concept plutôt que de le vivre difficilement moi-même et qu’alors, cela ne prenne trop de place dans mon ressenti du pays.»

Vous aimez les couleurs? Votre couleur préférée ?
«C’est vraiment la question piège! J’ai fait une agrégation en lettres à l’ULB mais j’ai fait aussi la peinture aux Beaux-Arts, et l’art dramatique au Conservatoire. Donc effectivement, la lumière, la couleur, est très présente et importante chez moi. Quant à savoir ma couleur préférée… J’ai envie de dire que cela change en fonction des jours…»

Comme Naëlle…
«Oui. En fait, il y a très peu d’éléments autobiographiques, mais le coup des couleurs, si, c’est vrai!»

Et votre personnage préféré?

C’est très difficile. Forcément, on se projette un peu dans tous. On n’a pas envie qui leur arrive des broutilles. Mais je dois bien avouer que je les traite un peu comme des pions dont j’ai besoin pour faire avancer mon récit ou pour l’équilibrer. Dans le précédent, étant donné qu’il y avait vraiment une part extrêmement glauque, j’ai eu envie d’alterner les épisodes vraiment sombres avec des moments lumineux, la petite vie de famille tout à fait normale, avec les conneries que tout le monde fait quand tout va bien, la banalité, la tendresse… C’est de là que vient la petite famille du Brabant wallon avec Grégoire et Céline. Moi, en tant que lectrice, je suis parfois énervée d’être cloisonnée dans certains livres dans un univers. C’est un polar alors absolument tout est glauque. On rentre dans un bar, on sait qu’il va être crade. On prend un taxi, on sait que le mec va être désagréable. La vie, ce n’est pas cela. J’avais envie d’équilibrer. Et maintenant que l’histoire entre Simon et Naëlle semble devenir possible, cela induit un petit questionnement de la part de Céline… Bref, ce petit couple-là continue de remplir son rôle d’ancrage au réel.»

Les animaux jouent aussi un rôle important.
«Oui. Dans le un, il y a le chat, qui est un élément du quotidien de Naëlle mais qui néanmoins revêt par certains côtés un charisme et une force fantastique. Dans celui-ci, on est dans autre chose. Il y a les condors qui ont un rôle à leur insu. Et il y a évidemment les animaux de pouvoir qui interviennent dans les voyages chamaniques qui eux ont une action concrète sur elle et sa guérison.»

L’expérience de ces voyages justement, c’est du vécu?
«Oui. Si on parle d’autobiographie, les récits de voyages chamaniques, ce sont mes récits. Aussi absurdes soient-ils, ce sont des voyages que j’ai vraiment faits.»

Comment d’actrice et metteuse en scène en êtes-vous venue à l’écriture?
«J’ai fait les romanes comme études, ce qui implique forcément un intérêt pour la littérature. Et puis, comme j’ai aussi fait les Beaux-Arts et l’Art dramatique, j’ai mis cet aspect-là de côté parce que j’ai tout de suite travaillé pour le théâtre. Je ne regrette pas du tout, j’ai vraiment eu un parcours très chouette. Et au cours de ce parcours théâtral, de mise en scène aussi, j’ai écrit des adaptations théâtrales et des petites formes de scénarios. Il y a deux ans, en revenant d’un rendez-vous avec un directeur de théâtre qui était le dixième que je voyais avec plusieurs projets d’adaptation à me dire qu’ils n’avaient pas le budget, qu’il y avait trop ou pas assez de personnages, bref, toujours un truc qui n’allait pas, mais que c’était super bien écrit et que je devrais continuer à écrire, écrire un roman’. Au début, je prenais cela pour une façon sympathique de dire non. À la dixième fois où quelqu’un m’a dit cela, je me suis dit, après tout, qu’est-ce que je risque, si ce n’est y passer du temps, comme je passe déjà du temps à faire mes adaptations, monter mes dossiers qui n’aboutissent pas tous? J’ai essayé. Et puis, je me suis surprise moi-même. En prenant plaisir, parce qu’il y a vraiment une espèce de jouissance à enfiler les chapitres, à gonfler l’histoire, voir où l’on va. Et puis, c’était fini. Je me suis dit wouah. Cela a ouvert un robinet. Et j’ai eu le sentiment d’avoir le droit, de pouvoir le faire. Et la chance, pour le moment, d’avoir, des maisons d’éditions qui me suivent.»

Vous avez d’autres projets?
«J’ai un autre roman que je viens de terminer qui doit sortir en octobre dans la collection ‘kiss and read’ des éditions Luc Pire. Un roman sentimental qui se passe à Villers-la-Ville. Je me suis bien amusée là-dessus. Puis, en novembre, j’en ai un autre qui sort en collection 16/18 pour une maison d’édition Myriapode, à Bordeaux, et qui sera une série un peu fantastique…»

Christelle

En quelques lignes

Voilà une auteure -bien de chez nous qui plus est!- à découvrir d’urgence pour ceux qui, comme moi avouons-le, seraient passés à côté  de son premier roman. Car si on y retrouve l’énigmatique Naëlle, l’héroïne de «Comme des
larmes sous la pluie» qui vient de sortir en Livre de Poche, point besoin d’avoir lu ce premier tome pour se laisser happer par l’histoire. Cela tombe plutôt bien même, puisque la jeune femme est amnésique, et qu’avec elle on redécouvre cette partie de son terrible passé que les lecteurs du précédent livre seront, eux, ravis d’approfondir. «Alors que le premier livre est construit davantage comme un thriller où le lecteur ne sait rien et découvre plein de choses au fur et à mesure des chapitres, ici le lecteur est plutôt un accompagnant», analyse Véronique Biefnot. «Je voulais le rythme de la marche. La marche à l’intérieur de soi et  à l’extérieur, dans le paysage qui joue un rôle capital.» Pari réussi
puisqu’on emboîte tout de suite le pas de Naëlle dans les paysages splendides de la Bolivie où, partie pour un trekking-méditatif, elle tente de se retrouver. Et alors qu’elle disparaît à la fin de son voyage, son compagnon, Simon, s’envole à son tour pour la Paz, où l’attend une quête initiatique d’un autre genre.

«Les Murmures de la terre», de Véronique Biefnot, éditions Héloïse d’Ormesson, 480 pages, 23 €

Cote: 5/5

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