Drôles d’histoires de l’art

Vous êtes plutôt du genre à vous ennuyer au musée? C’est parce que vous ne connaissez pas encore les anecdotes rigolotes qui se cachent derrière ces chefs-d’œuvre pas seulement poussiéreux et très onéreux. Petite visite guidée en compagnie de Jean-Jacques Breton, auteur notamment d’une «Histoire de l’art pour les nuls» mais aussi du passionnant «Petites histoires de l’histoire de l’art».

Où avez-vous déniché toutes les anecdotes que vous racontez dans ce livre?
«J’ai écrit une dizaine d’ouvrages et au fur et à mesure des lectures, j’ai découvert des traits pittoresques que j’ai mis de côté en me disant qu’un jour ou l’autre, il faudrait que je raconte cela. Parfois aussi, en faisant des recherches iconographiques, on tombe sur des choses curieuses, qu’on peut difficilement intégrer. Par exemple, il y a une reproduction de Saint-Paul de Rembrandt. L’instrument du supplice de Saint-Paul, c’est l’épée. Chose curieuse dans ce tableau, l’épée est un sabre ashanti. C’est une des premières représentations d’armes africaines. Et dans les mains de Saint-Paul, cela fait assez insolite.»

Il est notamment question de vol de tableaux célèbres, à commencer par celui de la Joconde.
«Les vols de tableaux suscitent toujours la curiosité. Dans le cas de la Joconde, qui est tout de même le tableau le plus célèbre, ce que je trouve le plus étonnant, c’est qu’il y a eu plus de visiteurs pour voir l’emplacement vide à la place de la Joconde que quand elle était là. Comme quoi, l’œuvre d’art peut être vide, c’est très art contemporain! Le vol de la Joconde avait beaucoup fait fantasmer. Autre petite chose amusante, c’est que la Joconde est peinte sur un panneau de peuplier. Il est donc difficile de la rouler. Or assez souvent, on trouve encore qu’elle a été roulée sous le lit de son voleur.»

Vous attribuez le vol le plus rapide à celui des deux tableaux de Munch, «Le Cri» et «La Madone», au musée d’Oslo.
«Cela a pris en effet très peu de temps. Les voleurs sont entrés, ce sont servis et au revoir messieurs. Dans les vols curieux, il y a aussi celui du ‘Portrait de Jacob de Gheyn III’ de Rembrandt qui est le tableau le plus souvent volé. Il a été volé à plusieurs reprises et chaque fois il est revenu. Un tableau boomerang en quelque sorte!»

Vous faites aussi la liste des premières fois.
«Oui. Le premier nu, le premier dessin, les premières gravures, etc. On peut se poser la question à partir de quel moment quelque chose existe. Par exemple, la peinture préhistorique est très chaste. Il n’y a pas vraiment de scènes d’accouplement. Or cela a eu beaucoup de succès ensuite. Donc on peut se demander à partir de quel moment cela a pu se dérouler.»

On découvre aussi que Dali avait déjà compris comment créer le buzz!
«Oui. Il arrive par exemple à la Sorbonne avec sur la banquette arrière des choux-fleurs. Il jette un pavé dans une vitrine à New York. Il avait parfaitement compris ce qu’il fallait faire. Je vous invite à aller voir sur internet sa publicité pour le chocolat Lanvin!»

Vous racontez aussi la façon originale de certains peintres pour payer l’addition…
«Tout à fait. Le peintre David Teniers, célèbre pour ses portraits de singes qui mangent et boivent beaucoup (lui-même est un peu comme cela), se trouvait sans sou. Il voit dehors un mendiant en train de jouer de la cornemuse, le peint, va voir l’aubergiste et lui propose sa peinture. L’aubergiste n’en veut pas. Mais un voyageur anglais reconnaît un grand talent dans le tableau, finalement l’achète, et Teniers paie ainsi son repas. On raconte aussi sur lui que, toujours désargenté, toujours affamé, toujours dans une auberge aussi, il a peint sur la table des pièces de monnaie. L’aubergiste voit quelque chose de bien doré sur la table. Et bien sûr, quand il veut ramasser les pièces, il se rend compte que c’est un trompe-l’œil. Il court après le peintre et lui demande s’il est peintre ou si le diable lui a joué un tour!»

Picasso aussi était un peu radin au moment de payer l’addition…
«Comme disent les Italiens, si l’anecdote n’est pas vraie, elle est bien trouvée! C’est une de mes préférées, souvent citée. En effet, alors qu’il était en train de déjeuner avec quelques amis, Picasso a fait un petit dessin sur la nappe. Tout le monde s’en va. L’aubergiste, qui leur avait fait cadeau du repas, récupère la nappe. Il voit que le petit crobard n’est pas signé et demande une signature. Et Picasso, superbe, de répondre: ‘Écoutez, je paie l’addition, je n’achète pas l’établissement.’»

On découvre aussi comment Manet fut un jour félicité pour une toile de Monet.
«Mais oui! À une lettre près! Entre ‘o’ et ‘a’, il y a eu une confusion. Mais les petites erreurs sur les noms ou les mots sont assez fréquentes. Aussi significatives, les erreurs de traductions. En latin, malus signifie le pommier. Mais ce mot désigne aussi le mal. Tout automobiliste assuré sait bien cela. Ce malus, Saint Jérôme s’en sert pour désigner l’arbre du paradis pour dire que c’est l’arbre du mal, l’arbre interdit. Il y a eu une confusion entre malus l’arbre interdit et malus le pommier. Ce qui fait que, en Occident, le fruit que cueille Ève est une pomme, uniquement à cause de cette erreur de latiniste. Dans la vulgate, la version latine de la bible, il n’est écrit nulle part que c’est une pomme.»

On y retrouve aussi des reproductions de toiles, dont le «Portrait allégorique du roi Louis XV» (sur la couverture du livre, en haut à gauche).
«Oui. C’est un Van Loo qui se trouve à Versailles. C’est un jeu d’optique. On y voit les différentes vertus et au centre du tableau, un bouclier argenté avec… rien. On se demande où est Louis XV! Il est tout simplement au milieu d’où on ne voit rien. Il apparaît par un jeu d’optique grâce à un prisme.»

Christelle

En quelques lignes

Malaises, sueurs froides, évanouissement. Tels sont les symptômes qui s’emparent parfois des visiteurs de musée devant tant de splendeurs. On appelle cela le «syndrome de Stendhal». L’écrivain aurait en effet eu un malaise à Florence devant l’abondance des œuvres d’art. Vous avez du mal à imaginer comment un tel syndrome est possible? Une petite plongée dans ce livre pourrait vous permettre de comprendre. Outre de petites anecdotes rigolotes sur les toiles et peintres célèbres, on y trouve aussi diverses choses tout à fait sérieuses sur l’origine des couleurs ou les différents attributs des saints. Un ouvrage à la fois drôle et instructif. De quoi se cultiver sans en avoir l’air. Et sans aucun doute vous faire revoir tous vos a priori sur l’art.

«Petites histoires de l’histoire de l’art», de Jean-Jacques Breton, éditions Hugo & Cie, 240 pages, 17,99 €
Cote : 3/5

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