L’amour mufle !

Mufle, comme l’extrémité du museau de certains mammifères. Mais surtout comme goujat(e) ou malotru(e). Et comme les personnages du dernier roman d’Éric Neuhoff.

Le titre «Mufle» s’adresse auquel de vos personnages en fin de compte? Elle ou lui?
«Au lecteur! (rires) Parce que le lecteur est un peu mufle de mettre son nez dans ce linge sale! En réalité, c’est surtout parce que le mot me plaisait. J’aime bien sa sonorité. Et puis, c’est un mot un peu démodé, qu’on n’emploie plus beaucoup, et qui me semblait être à la fois marrant et évocateur.»

Pourquoi cette photo sur la couverture?
«Elle faisait partie d’une brochette que l’éditeur m’avait proposée. Je la trouvais bien mais, comme l’éditeur d’ailleurs, je me suis un peu trompé: les chiens ont une truffe et pas un mufle! (rires) Il y a eu une petite confusion. Malgré tout, je trouve que la photo tombait bien, avec ce chien qui écrase la tête d’un autre, ce qui est un peu le thème du livre.»

Ce roman a un petit air d’autobiographie, non?
«J’espère que non. Ce roman m’a demandé trente ans de recherches, de repérages quand même! C’est ce que j’ai appris en trente ans!»

Vous avez beaucoup de points en commun avec le narrateur ?
«L’âge. Et les deux mariages. »

D’autres personnages de votre livre sont inspirés de personnes de votre vie?
«Il y a un mixe d’un tas de filles que j’ai connues. Quant à l’ami, c’est un mélange de tous les amis que j’ai, un condensé, un ami idéal. Au départ, je voulais que l’homme et la femme ne soient pas très identifiés, qu’ils soient seulement ‘il’ et ‘elle’. Mais c’était trop compliqué, pour des raisons techniques, d’utiliser seulement des pronoms. Quand ils rencontraient des gens, on ne savait plus qui était qui! Alors j’ai donné un prénom à l’héroïne. On ne connaît pas non plus leur métier. Je voulais que ce soit un homme et une femme. Point!»

Le narrateur dit tantôt «je», tantôt «il».
«Oui. Parce qu’il y a des moments où il ne se reconnaît plus, alors je me suis dit que ce serait plus rythmé s’il se mettait à parler de lui à la troisième personne dans ces cas-là.»

On voit dans ce livre que les hommes peuvent eux aussi souffrir en amour!
«C’est marrant, tout le monde me dit cela comme si c’était une découverte! Bien sûr que les hommes aussi peuvent souffrir. Les hommes, les femmes, les enfants. C’est la parité dans ce domaine, je crois!»

Votre personnage dit que l’amour est «totalitaire». «Quand j’aime, je suis comme Hitler. Pas de prisonniers. La route est jonchée de cadavres», dit le narrateur.
« Oui, parce qu’il faut être entier quand on aime. Sinon, on n’est pas amoureux. Il ne faut pas faire de compromis. Il faut y aller à fond. C’est pour cela que par moments, le ton est peut-être un peu brutal et violent! Ce n’est pas de l’excès, c’est de la tristesse, de la colère. »

Vos ex ont lu votre livre?
«Je ne sais pas. Si elles le lisent, elles se vantent. Mais ce qui est curieux avec les livres, c’est qu’il y a des gens qui s’y reconnaissent et ce ne sont jamais les bons! En plus, un personnage n’est jamais une seule personne. On prend un détail vestimentaire chez quelqu’un, une manie chez quelqu’un d’autre… Même si on voulait prendre un seul modèle, on n’y arrive pas parce que dès qu’on se met à écrire, on enjolive, on ment un petit peu sur les bords…»

Vous travaillez déjà sur votre prochain roman?
«Oui. Un roman que j’ai commencé il y a longtemps qui devrait être un gros roman celui-là! Mais je dis toujours cela quand je commence! L’histoire se déroule sur une vingtaine d’années en vacances sur la Costa Brava…»

Christelle 

En quelques lignes
Il y a lui, la cinquantaine, deux fois divorcé, de grands enfants. Et il y a elle, Charlotte, la femme qui partage sa vie. Et le trompe sans vergogne. Pourtant, lui décide de rester. Cocu, blessé, il en devient mauvais. Du «je», le narrateur passe au «il» pour disséquer leur histoire. Et nous montrer que les hommes aussi peuvent souffrir en amour. Divorcé deux fois lui aussi, l’auteur, plein d’humour, lave dans ce livre son linge sale. Et ce mufle de lecteur prend beaucoup de plaisir à regarder !

«Mufle », d’Éric Neuhoff, éditions Albin Michel, 118 pages, 11,90 €

Cote : 4/5

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