Dans la peau de Virginia Woolf


Michèle Gazier et Bernard Ciccolini (photo) se sont glissés dans la peau de Virginia Woolf. Au travers d’un roman graphique, ils retracent le destin hors du commun de cette femme écrivain, « en quête d’insaisissables vérités et d’un improbable bonheur ».

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter la vie de Virginia Woolf?
 Bernard Ciccolini: «Quand l’écrivain Michèle Gazier, qui est une amie, a su que les éditions Naïve avaient prévu de faire cette petite collection de grands destins de femme, elle m’a appelé, sachant que comme elle, j’aimais bien Virginia Woolf. On avait déjà eu envie de faire des livres ensemble. Là, c’était l’occasion. J’ai dit oui tout de suite! On se voyait une fois par semaine. Michèle a pris le parti pris de tout écrire à la première personne. Du coup, je trouve le récit vivant comme tout.»

L’emploi de la première personne oblige de se glisser dans la peau de Virginia Woolf. Ce n’est pas trop compliqué?
«Effectivement, il faut trouver le ton. Et comme en plus on n’a pas le droit de faire de citations de ses textes, Michèle a fait le tour de force d’écrire à la manière de Virginia Woolf. Il y a parfois des phrases où on a l’impression que c’est Virginia, alors qu’elle a tout retravaillé. Et en même temps, c’est tellement juste et tellement simple que pour moi, cela a été facile pour trouver des images en contrepoint du texte, qui en même temps racontent quelque chose, un complément d’information.»

C’est gai de dessiner Virginia Woolf?
«Oui! Même si effectivement ce n’est pas simple comme vie. C’est beaucoup de drames. La mort frappe vite, souvent. C’est une hécatombe du début à la fin. Elle souffre énormément. Cela se termine qu’elle ne reconnaît plus son époque, elle n’arrive plus à écrire et se suicide. »

Vous avez aimé dessiner cette époque-là?
«Oui! C’est très riche: les décors, les vêtements. Tout bouge, tout change, c’est passionnant. Et puis ce sont des chenapans. Je me suis bien amusé à dessiner leur canular, quand ils jouent au noir d’Abyssinie. Ils ont bousculé complètement la société anglaise. Je trouvais que c’était un peu comme du Tintin, leur truc, de se déguiser en l’empereur d’Abyssinie pour aller voir ce bateau top secret. Et que cela marche!»

Qu’est-ce qui vous a le plus touché dans l’histoire de Virginia Woolf?
«La biographie officielle, de Quentin Bell, le neveu de Virginia, présente une Virginia très dépressive, très sombre, avec une santé fragile. Ce qui m’a marqué, c’était de voir que le personnage est beaucoup plus complexe. C’est une femme qui a une soif de tout: de la vie, de l’amour, des enfants, manger, recevoir des amis… Elle est très passionnée. C’est surtout ce côté-là qui m’a le plus surpris et attiré. Et puis de découvrir des choses invraisemblables, comme par exemple qu’elle est partie en Allemagne avec un ouistiti. C’est absolument dément!»

Vous avez lu beaucoup de ses livres? Votre préféré?
«Je n’ai pas tout lu. Mais j’aime bien ‘Orlando’, qui est assez étrange, un peu à part peut-être aussi. Il est très construit alors que les autres sont plus des romans initiatiques. »

Cela change de vos précédents livres.
«Oui, cela n’a plus rien à voir en effet avec les livres pour la jeunesse. Mais Virginia aussi a fait des livres pour les enfants, qui sont des livres plein de poésie, de personnes mélangeant réalité et souvenirs, C’est charmant!»

Christelle 

En quelques lignes
De la petite fille joyeuse, un brin gloutonne, à la jeune femme à la plume incisive, ce roman graphique retrace la vie de Virginia Woolf. Il nous fait découvrir une Virginia passionnée et drôle. Ainsi, on la voit se maquiller en noir avec des amis dans le but de se faire passer pour l’empereur d’Abyssinie et sa suite et visiter le vaisseau le plus secret d’Angleterre. Ou partir pour un tour d’Europe accompagnée de son mari et… d’un ouistiti. Il y est aussi question bien sûr des drames qui ont jalonné sa vie telles les morts prématurées de nombreux de ses proches. Et pour finir son suicide, le 28 mars 1941. On notera par ailleurs le format original du livre, plus petit que les albums classiques, mais avec une pagination plus importante, façon manga.

« Virginia Woolf », de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini, éditions Naïve, 92 pages, 23 €

Cote: 3/5

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