Charles d’Huart, un auteur belge à découvrir

A 62 ans, le Belge Charles d’Huart publie son premier roman. «C’est vrai que je pourrais sans doute être mis dans le Guinness book en tant qu’auteur de premier roman le plus âgé», plaisante-il. L’histoire démarre lorsque le narrateur et son père découvrent que l’oncle Carl, disparu depuis la Seconde guerre mondiale, n’était en réalité pas mort, mais avait refait sa vie au Canada…

C’est votre premier roman. Comment en êtes-vous venu à l’écriture?

«Un peu par hasard! J’ai toujours aimé écrire, dans le domaine de la poésie notamment, mais pour moi. J’ai aussi écrit deux ou trois pièces de théâtre dans le cadre d’activités caritatives. Et puis, je me suis demandé si je serais capable d’écrire un roman avec un début, un milieu, une fin. Moi-même, j’adore lire et c’est arrivé un peu comme un défi. Je me suis pris au jeu et c’est passionnant!»

Et comment est née l’idée de ce livre?

«J’avais envie d’écrire un histoire qui parle de honte et de rédemption, de créer une situation où il y avait une déchéance et une réparation. Je me demandais comment cela allait se passer.  J’avais un ou deux personnages en tête qui m’intéressaient. Puis des personnages que je pensais secondaires ont pris assez bien de place dans l’histoire. Je me suis rendu compte aussi que pour évoquer des moments extrêmes de la vie de quelqu’un, où il doit choisir rapidement entre être honteux ou héroïque, la guerre était évidemment un substrat important. Donc j’ai placé le récit en partie durant la guerre 40-45. C’est ainsi que cette histoire a pris petit à petit son envol.»

Et vos personnages sont nés comment ?

«C’est très drôle! Avant, quand j’entendais des écrivains parler de leurs personnages comme si c’était des personnages vivants, cela me faisait toujours beaucoup rigoler, parce qu’on sait tous qu’ils sortent de leur tête. Or au fond, c’est vrai! On se rend compte en écrivant que ces personnages qui sortent pourtant du cerveau nébuleux de l’auteur ont une part de vie propre. J’avais au début établi une hiérarchie, avec des personnages principaux et secondaires.  Et tout à coup, cette hiérarchie a changé.»

Même si vos personnages ont une vie propre, il y en a un auquel vous vous identifiez plus?

«Je crois qu’il y a un peu de moi dans chacun. Mais c’est de la pure fiction, il n’y a rien d’autobiographique.»

Vous connaissiez la fin de l’histoire avant de commencer à écrire?

«Non, j’en savais plus du milieu de l’histoire que de la fin et du début. J’avais en tête le schéma de comment la fin se présenterait, mais les scènes, je ne les connaissais pas. Je ne voulais pas tant faire un livre avec un mystère comme un roman policier, même s’il y a des rebondissements inattendus. Ce qui m’intéressait, c’était de m’attaquer à l’aspect psychologique des personnages, les réactions de ces personnages, avec leur fragilité, leurs peurs et leurs certitudes. C’est avec cela que je voulais habiller mes personnages. »

Les remèdes à base de pigeon fonctionnent vraiment ?

«(rires) Non, c’est sorti de mon cerveau. Mais mon épouse s’intéresse beaucoup à tous les aspects trans-générationnels, etc. où interviennent des zones de connaissances qui ne sont pas aussi pragmatiques que celles avec lesquelles on vit d’habitude. Je me suis donc un peu intéressé à cela et je me suis rendu compte qu’en effet, les Amérindiens et les hommes-médecine ont gardé une relation au cosmos assez particulière, qui est ancestrale. Cela me paraissait intéressant pour le personnage de Sarah. »

Vous aimeriez disparaître comme l’Oncle Carl et refaire votre vie ailleurs ?

«Disparaître? Non, je trouve que nous vivons dans un endroit tout à fait privilégié et qu’on aurait tort de bouder son plaisir. Malgré que tout n’est pas rose. Il ne faut pas non plus idéaliser tout, mais globalement, c’est l’univers total qui est comme cela, donc cela ne servirait pas à grand-chose. Je peux trouver ici tout ce qui peut m’interpeller dans la vie pour me faire avancer, ou reculer d’ailleurs.»

Etre publié en Belgique, c’est facile ?

«Mon expérience est extrêmement limitée. Mais je pense que comme partout c’est compliqué. A la fois vis-à-vis de soi-même parce que quand on commence, on s’offre en pâture aux gens. On sait parfaitement que tout le monde ne va pas aimer ce que l’on fait, ce serait impossible. Et vis-à-vis de l’extérieur aussi, parce qu’il y a tellement de manuscrits qui arrivent chez les éditeurs tant belges que français, que pour être choisi, il faut je crois que le récit arrive à un moment qui correspond à une respiration du temps pour que cela marche.  Il y a certainement de très grands talents qui n’ont pas cette chance. Moi, j’ai la chance d’avoir fait lire mon manuscrit à ma libraire qui l’a aimé et donné à l’éditeur Roger Tavernier à qui cela a plu.»

Christelle

En quelques lignes

L’oncle Carl, c’est ce sujet tabou que l’on n’ose à peine évoquer dans la famille Saint-Roch. D’ailleurs, dans cette famille, c’est bien simple, on ne se parle plus beaucoup. Le fils, Grégoire de Saint-Roch  travaille dur dans son cabinet d’architectes à Paris et évite de mettre les pieds dans le manoir familial où vit toujours le père, Maurice. Et puis un jour, le fils apprend la nouvelle de la mort de cet oncle Carl que tous croyaient disparu pendant la Seconde guerre mondiale et qui avait en réalité refait sa vie au Canada. Les surprises continuent avec la lecture du testament de cet oncle Carl qui, depuis sa tombe, fait un retour fracassant dans leur vie. Au travers des fêlures  de ses différents personnages, l’auteur titre les ficelles d’un drame humain qui remonte aux pages les plus sombres de l’Occupation. Et nous livre un premier roman fort réussi aux personnages attachants et à l’intrigue bien ficelée.  On notera aussi que le livre est publié chez Zellige, une maison d’édition dont le but est de faire connaître la littérature francophone non française en France et dans les pays francophones.

«L’Oncle Carl», de Charles d’Huart, éditions Zellige, 176 pages, 18 €

Cote : 4/5

http://www.zellige.eu/

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