Tout sur les parfums

© L.Sassiat

Depuis qu’elle a senti « L’heure bleue » de Ghuerlain, Elisabeth de Feydeau est passionnée par les parfums. Au point de faire des recherches sur le sujet. Et de publier, des années plus tard, ce bel ouvrage qui retrace non seulement l’histoire des parfums, mais est aussi une anthologie et un dictionnaire.

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux parfums ?

«C’est une longue histoire. Disons que, à défaut d’avoir fait de la musique, j’ai fait du parfum! J’ai étudié le piano jeune, dès l’âge de 5 ans, et j’aurais aimé faire des études orientées vers cela. Mes parents, qui avaient les pieds sur terre, et qui pensaient peut-être aussi que je n’étais pas suffisamment douée pour percer vraiment dans ce milieu, m’ont poussé à faire de vraies études. J’ai donc rejoint la Sorbonne où j’ai choisi l’histoire. Et un jour, ma mère m’emmène dans une parfumerie pour choisir un parfum, et là, je suis submergée par un parfum qui m’attire, me fascine. Je voulais porter ce parfum. C’était L’heure bleu de Guerlain. C’est toujours mon parfum d’ailleurs. Je me suis mise à faire des recherches autour du parfum, qui me ramène à des mots comme accord, composition, note, dissonance, qui finalement appartiennent au vocabulaire de la musique! Puis en licence d’histoire, alors que j’avais  un travail à faire sur les années 30, je suis tombée sur des publicités pour N°5, Arpège,… On était dans les années 80 et ces parfums datés des années 20-30 étaient toujours là. J’ai trouvé cela fascinant. En fin de licence, pour mon sujet de maîtrise, j’ai donc décidé de prendre les parfums.»

L’idée de ce livre est née comment ?

«Par la collection Bouquins des éditions Robert Laffont. Ils m’ont dit qu’il n’y avait rien qui existait sur les parfums. Et ils voulaient tout : l’histoire, le dictionnaire et l’anthologie. J’ai dit ok, pas de problème! Et vous serez seule à le faire, ont-ils ajouté. Parce qu’en général, ce sont des ouvrages collectifs dans cette collection. J’ai dit d’accord! Puis cela a été une autre paire de manche! Cela m’a pris beaucoup de nuits, de week-ends, de vacances!»

A quand remonte l’apparition du premier parfum?

«Cela dépend ce qu’on entend par parfum. Dès l’âge de bronze, les hommes ont brûlé des aromates, des aliments, pour offrir cette fumée odorante aux dieux. Les premiers mélanges, on en a en Mésopotamie. La première recette écrite date de 4.000 ou 3.000 ans avant Jésus Christ. Le parfum s’appelle le Kyphi, qui veut dire le parfum deux fois bons, parce qu’il était bon pour les dieux et bons pour les hommes. C’est la première fois qu’on a vraiment une recette de parfum écrite. C’est une composition aromatique à l’odeur florale et sucrée.»

Et l’origine du mot « parfum »?

«Parfum vient de l’expression latine ‘per fumum’, ‘à travers la fumée’, et qui nous relie à ses premiers rites religieux où on brûlait pour offrir aux dieux. Le mot parfum, avec son sens actuel, est arrivé très tard dans le dictionnaire, au 16e, 17e siècle. Avant cela, on parle d’odeur. Le parfum est utilisé pour parler d’une bonne odeur.»

La parfumerie moderne date de quand?

«De 1860. L’industrialisation fait passer le métier de parfumeur artisanal à un métier de parfumeur industriel, avec des quantités, avec la naissance du marché et une parfumerie tout d’un coup segmentée (du parfum pour homme, du parfum pour femme), et aussi l’idée de la présentation, du flacon de marque, de la marque, de la publicité, tout ce que l’on connait aujourd’hui.»

Napoléon était un grand consommateur d’eau de Cologne…

«Oui, 40 litres par mois. Parce qu’en fait, il la buvait. Car autrefois, les parfums, on les buvait. Le Kyphi, il était bu, l’eau de Cologne, elle était bue. Le parfum était un élixir, le médicament le plus précieux. Donc Napoléon buvait l’eau de Cologne, il la mettait dans l’eau du bain et se faisait frictionner avec. Napoléon avait contracté la gale, qui est la maladie de la saleté, quand il était caporal lors du siège de Toulon. Et donc il avait cette angoisse de la gale qui faisait qu’il se lavait et prenait des bains tout le temps, alors que ce n’était pas du tout l’habitude dans son armée.»

Quelle est l’histoire du mythique « N°5 »?

«Il y a tant à dire… C’est un parfum de femme, à odeur de femme. Chanel voulait que les femmes se rapproprient un espace vital. C’est un parfum qui leur a donné un sillage, une puissance, une existence sur la scène sociale, une présence invisible mais en tout cas perceptible. Et puis c’est le premier parfum abstrait, parce qu’on est dans un rapport floral qui est cubiste, complètement déstructuré, pour être cette fleur absente de tout bouquet. C’est un parfum qui a été pour les femmes un rituel de féminité, mais aussi une arme, une arme de libération.»

Et « N°5 » parce que c’est le 5ème flacon qu’on lui ait présenté.

«Voilà. Chanel était très superstitieuse comme beaucoup de créateur. Elle avait pour chiffre fétiche le 5. Et il s’est trouvé (est-ce la légende ou la vérité, on n’en sait rien), que quand Ernest Beaux lui a présenté un certain nombre d’échantillons de parfum, la cinquième soumission tout de suite lui a plu.»

Il est toujours autant utilisé ?

«Moins qu’avant. Aujourd’hui, il faut que la publicité soutienne l’achat. Mais il reste un mythe incroyable.»

Parfumer les appartements n’est pas une nouveauté de notre époque.

«Exactement. Sauf qu’on le faisait pour des problèmes différents. On parfumait les appartements pour enlever les mauvaises odeurs et rafraichir l’atmosphère, alors qu’aujourd’hui, on parfume les appartements parce qu’on est dans un vide olfactif. On a tellement aseptisé les choses qu’il faut bien remettre de l’odeur. Il n’y a rien de plus angoissant que l’absence d’odeur. Et donc on a besoin de remettre de l’odeur pour remettre de la vie, parce que le parfum, c’est la vie.»

Comment choisir un parfum?

«Prendre du temps, ne pas se décider tout de suite. Ne pas se décider que pour la publicité ou le flacon. Il faut l’essayer, le sentir, le ressentir. Il faut passer un peu de temps avec lui et se sentir bien. Ensuite, on a son parfum. »

Comment se fait-il qu’un parfum ne sente pas pareil sur une personne ou sur une autre ?

«C’est une question de peau. Le parfum, c’est une molécule vivante. La molécule synthétique est une, donc relativement stable d’une peau à l’autre. Le naturel, c’est un assemblage de molécules. Par exemple, dans une rose, il y a à peu près 500 molécules identifiées. Donc par rapport à votre peau, il y a plus ou moins de molécules qui vont se dégager. C’est vraiment une rencontre entre la peau et une odeur.»

Ce n’est donc pas une bonne idée, pour les fêtes, d’offrir du parfum sans connaître les goûts d’une personne en la matière.

«Je trouve cela toujours très engageant d’offrir un parfum à une personne qu’on ne connaît pas tellement. Le mari peut en offrir à sa femme parce qu’il la connait bien. Et puis le mari souvent fantasme sur sa femme au travers d’un parfum. Le parfum est un grand fantasme dans l’imaginaire masculin. Mais c’est vrai qu’offrir du parfum est toujours risqué, parce que même si on connait la personne, on ne connait pas toujours la réaction qu’elle va avoir à l’odeur. On enregistre les odeurs tout au long de sa vie. Et on enregistre en même temps une sensation physique de plaisir ou de déplaisir. Or, vous ne pouvez pas connaître toutes les sensations physiques qui ont été enregistrées par chaque personne. Quand vous achetez un parfum pour une autre personne, il vaut mieux rester dans les choses très classiques, très neutres.»

Christelle

En quelques lignes

Il y a les fleuris aldéhydés comme le mythique « N°5 » de Chanel ou « Arpège » de Lanvin. Les ambrés comme « Shalimar » de Guerlain. Un floral poudré comme le « Flower » de Kenzo ou un fleuri fruité tel le « Nina » de Nina Ricci. Elisabeth de Feydeau nous dit tout sur les parfums. Des porteries du néolithique jusqu’à nos vaporisateurs de voyage en passant par l’aromathérapie et les parfums d’intérieur, ce Docteur en histoire qui travaille en tant qu’experts auprès des grandes maisons de parfumerie de luxe nous raconte leur épopée dans ce bel ouvrage aux mots odorants, qui compte aussi une anthologie et un dictionnaire. Un cadeau à glisser sous le sapin?

«Les Parfums: Histoire, Anthologie, Dictionnaire», de Élisabeth de Feydeau, éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1.206 pages, 32 €.

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