Une ode à Jimi Hendricks et à la création

Partant de l’hymne américain, The Star Spangled Banner,  joué par Jimi Hendricks à Woodstock en 1969, l’écrivain Lydie Salvayre nous livre ici une véritable ode à cet artiste de talent… et à la création.

Vous faites de Jimi Hendricks un héros de roman puisqu’il est inscrit roman sur la couverture…

«Oui. C’est plutôt une décision éditoriale qu’un véritable projet, mais j’assume la dimension romanesque, imaginaire de ce portrait de Hendricks.»

Vous écrivez que vous n’avez rien d’une experte en musique ni l’âge d’être fan de rock. Alors pourquoi ce livre?

«Parce qu’il me semble qu’il y a chez Hendricks une force, une puissance, qu’il est rare d’entendre aujourd’hui. Je voulais la lui restituer.  Car comme toutes  les grandes œuvres, elles deviennent avec le temps inoffensives. Elles perdent leur scandale. Elles deviennent du divertissement. Or il me semble qu’il y avait chez Hendricks une puissance à la fois d’affirmation (de la beauté, de la vie), et une puissance de refus (refus de la guerre, refus de ce qui fait mal, refus du racisme). Voilà pourquoi j’avais envie d’écrire ce livre. Et  puis aussi pour reconnaitre ma dette. Quand je me retourne vers mon passé, et que je regarde les choses qui ont compté, qui m’ont rendue plus libre, plus lucide, m’ont apporté du bonheur, je vois peu de choses. Je vois Nietzsche, ma mère, mon prof de français, des choses comme cela. Et je vois Hendricks.»

Vous vous souvenez comment vous avez découvert Jimi Hendricks?

«Oui, je m’en souviens très bien, c’était grâce à un amoureux qui était fan de rock!»

Vous avez fait beaucoup de recherches?

«J’ai lu toutes les biographies sur lui que je pouvais trouver. Puis j’ai décidé de les oublier pour écrire le roman, de glisser mon imaginaire et ma subjectivité sur Hendricks entre les détails biographiques. Et avant de rendre le manuscrit, je l’ai fait lire par Yazid Manou, le spécialiste de Hendricks en France. Il a relu le texte mot à mot, pour vérifier l’exactitude, parce que même si ce n’est pas un livre de spécialistes, je voulais qu’il n’y ait pas d’inexactitude quant aux événements de sa vie, à la chronologie, etc.»

Dans ce que vous avez découvert en écrivant ce livre, qu’est-ce qui vous a le plus étonné?

«Ce qui me convoque presque à l’écriture, c’est de découvrir, dans la première biographie que j’ai lue de lui, qu’il était timide. J’étais absolument sidérée que cet homme, qui était l’audace même sur scène, était dans la vie réservé, si modeste. C’est un détail qui m’a touchée. Puis j’ignorais aussi complètement qu’il avait eu cette enfance si douloureuse, avec cette mère qui l’abandonne parfois trois jours, parfois six mois à qui veut. C’est une chose dont il souffrira toute sa vie, que l’on peut entendre dans certains de ses textes,  mais qu’il renversera en force. Puisque de cet abandon passif, il va faire un art de la rupture musicale. C’est en cela aussi qu’il m’intéressait.»

Vous vous attardez aussi sur l’hymne américain qu’il interpréta à Woodstock et qui a donné le titre de votre ouvrage.

«Je trouve que le sommet de son art, c’est ce matin du 18 aout 1969 à Woodstock, lorsqu’il interprète l’hymne américain, parce qu’il fait une chose absolument inouïe et d’une portée symbolique, musicale évidemment et politique très grande. Dans ce tout petit morceau de 3 minutes 43, il fait entendre la violence insensée de la guerre, la démence de la guerre, et la dénonce mieux que tous les discours anti-guerre de son époque. Dans cet hymne de musique blanche pour une Amérique blanche, lui, fait entendre la musique noire, du blues des anciens esclaves, et des sonorités nouvelles du free jazz que jouent les musiciens de jazz à New York de son temps. Et il fait exister ainsi les communautés noires et indiennes qui étaient plus que méprisées et ignorées, et dont les droits civiques n’étaient en rien reconnu à l’époque. Parce que l’Amérique de  l’époque, j’ai le sentiment qu’on l’a oublié, était d’un racisme et d’une violence extrême. Hendricks devenu star pouvait se voir refuser l’entrée d’un hôtel ou sa montée dans un taxi dans les Etats du Sud des Etats-Unis. C’est une occasion aussi de reparler de cette Amérique-là.»

 Christelle

EN QUELQUES LIGNES

Avant d’ouvrir ce livre, il faut se mettre dans les oreilles l’hymne américain, The Star Spangled Banner,  joué par Jimi Heindrix le 18 août 1969 à l’aube, devant le parterre dévasté de Woodstock. Ce cri, pour Lydie Salvayre, seul Jimi Hendrix pouvait lui donner toute sa puissance. Parce qu’il est noir, et que dans ses veines coule aussi du sang Cherokee, des minorités méprisées et ignorées dans l’Amérique de l’époque. Partant de cet hymne historique, Lydie Salvayre tire les fils de la biographie.  Mais plus qu’un livre sur Hendricks, c’est aussi un ouvrage sur la création, dans lequel on se laissera entraîner, que l’on soit fan de Hendricks. Ou pas.

«Hymne», de Lydie Salvayre, éditions Seuil, 240 pages, 18 €

Cote : 3/5

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