Madame Butterfly: la suite !

Après la Madame Butterfly de Puccini, voici celle de Lee Langley. Pas satisfaite de la fin tragique de l’opéra, l’écrivain nous fait découvrir sa suite de l’histoire! Rencontre en français avec cette auteure née en Inde de parents écossais et membre de la Royal Society of Literature.

C’est le Madame Butterfly de Puccini qui a inspiré votre roman?
«Oui. L’idée m’est venue un soir après le spectacle. On voit Madame Butterfly saignant à mort sur le plancher et le petit garçon qui est emporté aux Etats-Unis par un père qu’il n’a vu qu’une seule fois et une dame qu’il ne connait pas mais qui semble maintenant être sa mère. Je me suis demandée ce qui allait ensuite se passer pour Pinkerton et les autres. Je voulais leur créer un destin, voir où l’histoire les emmène. Mais ces personnages étant devenus tellement vivants pour moi que je voulais les placer dans un monde qui est réel, pas le passé lointain. C’est pourquoi, je les ai placés au XXe siècle parce que c’est tellement intéressant les correspondances entre le Japon et les Etats-Unis à cette époque.»

Comment avez-vous découvert l’œuvre de Puccini?
«Il y a longtemps! J’aime beaucoup l’opéra. A vrai dire, ce n’est pas mon opéra favori, je préfère Mozart. Mais j’ai toujours trouvé l’histoire de cette petite fille –car elle avait 15 ans- très émouvante. La musique est très romantique, mais l’histoire est très dure. C’est ce qui m’a intéressé.»

La fin ne vous plaisait pas, vous avez donc voulu la changer?
«C’est ça! Cela arrive de temps en temps que les écrivains veulent jouer aux dieux et créer un nouveau destin! Quelque fois, cela nous donne l’occasion d’avoir un peu de pitié, de leur donner une seconde chance, un peu de rédemption si c’est possible.»

La Kate de Puccini devient Nancy chez vous.
«Oui. C’est le seul nom que j’ai changé, parce que dans l’opéra de Puccini, elle n’existe presque pas. Elle est juste là pour emporter le petit. Mais moi, je trouvais qu’elle devait avoir un rôle important car le rôle de belle-mère est très difficile. J’ai moi-même été une belle-mère et je sais que l’on peut avoir une relation très compliquée et très tendre. Cela a bouleversé sa vie. Peu à peu, elle est devenue mère d’une autre façon. C’est pour cela que j’ai changé le nom parce qu’elle devient un tout autre personnage.»

Auquel de ces personnages vous identifiez-vous?
«C’est difficile à dire. Mais je connais la situation de Joey. C’est un peu cela je pense qui m’a intéressé au commencement. Il est emporté de son pays, sa culture. Il se trouve perdu pour un temps. Moi je suis née aux Indes. Durant mon enfance, j’ai été emmenée en Angleterre parce que ma famille est d’origine écossaise. Il faisait froid, gris, tout était petit. Des choses que je trouvais étranges. C’est pour cela que je pouvais m’identifier à Joey.»

Vous connaissez bien le Japon et le japonais?
«J’y suis allée deux fois. J’ai visité beaucoup d’endroits, rencontré des personnes. Et pour un temps, ma fille s’est mariée avec une Japonaise. Elle est charmante et on est restée amie.»

Vous avez fait beaucoup de recherches?
«Oui, énormément, parce que bien que j’invente les éléments, j’aime que l’histoire soit exacte. Je n’ai pas lu de romans pour ne pas être influencée, mais des livres d’histoires, de politique. Et j’ai parlé avec des Japonais.»

Les camps pour les nippons-américains ont vraiment existé?
«Oui, je ne le savais pas. Mais après Pearl Harbor, une espèce de paranoïa s’est abattue sur l’Amérique, un peu comme après le 11 Septembre. Toutes les personnes de la Côté ouest, avec ne fut-ce qu’une goutte de sang japonais, ont été mise dans des camps entourés de barbelés. Ils ont perdu leur maison, leur façon de vivre. C’était terrible. J’ai trouvé cela très dur.»

Il est question aussi de la condition des femmes.
«Oui. A cette époque, au Japon et aussi aux Etats-Unis, les femmes n’avaient pas beaucoup de droits. La femme devait être une bonne épouse, une bonne mère. Elle n’existait pas pour elle-même. Cela m’intéressait beaucoup. Peu à peu, Cho-Cho a appris comment on pouvait avoir un peu de force dans la vie. En Amérique, avec la guerre, les hommes partaient au front et les femmes ont pu se libérer. Cela m’intéressait aussi.

Et pourquoi ce titre?
«En anglais, le titre était ‘L’ombre de Butterfly’, mais selon mon éditeur, Madame Butterfly ne dit pas grand-chose aux Français. Il y a l’expression une ombre chinoise en français, et mon éditeur a pensé en faire une ombre japonaise, qui donne je trouve une nuance intéressante.»

Christelle

EN QUELQUES LIGNES
Dans «Madame Butterfly», l’opéra de Puccini, Cho-Cho (qui signifie papillon en japonais), une jeune orpheline de 15 ans, tombe amoureuse de Pinkerton, un marin américain de passage à Nagasaki. Lui l’«épouse» pour se divertir et lui fait un enfant avant de reprendre la mer, promettant de revenir. Les années passent. Cho-Cho l’attend. Et Pinkerton finalement revient… accompagné de sa fiancée. Déshonorée, Cho-Cho leur abandonne son enfant avant de se donner la mort. Une fin qui ne plaît pas à Lee Langley qui décide de d’écrire une suite à l’histoire. Dans sa version, Cho-Cho survit. Son petit garçon, Joey, blond comme son père, grandit aux Etats-Unis. Surviennent ensuite La Grande dépression et Pearl Harbor. Avec Lee Langley, on emboite donc les pas de Cho-Cho, de Pinkerton, sa fiancée, et de Joey, pour vivre la suite de leurs aventures, de part et d’autre du Pacifique, dans une époque tourmentée. Un récit captivant!

«Une ombre japonaise», de Lee Langley, éditions Fleuve Noir, 400 pages, 19,90 €

Cote : 4/5


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Une réaction sur “Madame Butterfly: la suite !

  1. J’ai vu ce livre à l’aéroport avant-hier et sa couverture et son résumé m’ont donné très envie de le lire… cet article enfonce le clou et je vais de ce pas me le commander !

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