Une histoire d’amour tragique à la Douglas Kennedy

© Andersen Solo

«Cet instant-là», c’est celui qui va bouleverser toute une vie. C’est l’instant où le destin bascule. Et peut-être aussi le roman le plus personnel de Douglas Kennedy, qui nous embarque dans une histoire d’amour tragique mais non moins captivante!
Le héros est un écrivain, qui a publié un premier récit de voyage sur l’Egypte, divorcé… Cela rappelle quelqu’un d’autre, ça, non?

«Voilà! Mais ce n’est pas un roman autobiographique. Je n’ai jamais vécu à Berlin durant les années 80. Il n’y avait pas non plus de Petra dans ma vie. Mais il y en avait d’autres! En même temps, c’est un roman très personnel. J’ai décidé d’utiliser des choses de mon enfance, de ma vie intime. Mais quels sont les aspects personnels et les autres: ça, c’est un secret! (rires) Donc il y a certaines vérités, mais traitées avec de la distance.»

Comment vous est venue l’idée de ce roman?

«C’était au début de mon divorce, après 25 ans de mariage. J’ai commencé à réfléchir à beaucoup de choses. Surtout à l’amour! Et puis aussi, j’ai visité Berlin durant les années 80. J’ai traversé Checkpoint Charlie. Depuis 2006, j’ai un pied-à-terre à Berlin. J’avais toujours dans la tête d’écrire un roman qui se déroulerait à Berlin durant la guerre froide.»

Le Berlin que vous décrivez, ce sont des endroits que vous connaissez bien?

«J’ai un copain qui était artiste à Kreuzberg, mais pas comme Alastair! J’ai connu Kreuzberg grâce à lui. J’ai bien connu aussi le Berlin très rock’n’roll, drogué, mais aussi très culturel. Et également le Berlin de l’Est que je décris. Tout est très documenté aussi. Toutes les choses au sujet de l’Allemagne de l’Est, la Stasi, les avortements, la radiation. Tout cela, malheureusement, a existé.»

Vous avez fait beaucoup de recherches?

«Pas beaucoup. Je suis comme une éponge. J’absorbe. J’ai lu deux ou trois livres sur la RDA et la Stasi. J’ai parlé avec des gens qui ont vécu en Allemagne de l’Est. Mais après j’essaie de tout oublier en quelque sorte. Trop de recherches tuent le roman je trouve.»

Le personnage de Petra est totalement inventé?

«A 100%!»

Vous montrez une fois encore qu’un seul instant peut changer le destin. C’est un de vos thèmes de prédilection.

«Le destin peut changer tout le temps, en un instant. C’est le truc! On peut traverser la rue et se faire renverser. Cela, c’est extrême. Je suis complètement athée. Pour moi, le destin arrive par hasard, mais il y a toujours des choix. La décision de commencer une histoire avec quelqu’un, de terminer une histoire avec quelqu’un ou de rester dans un mariage raté: tout est un choix. Le choix, c’est le destin. Mais le truc très intéressant dans la vie, c’est que tout est aussi question d’interprétation. Il n’y a pas de vérité. Il y a certaines vérités. L’aube, l’est. Le crépuscule, l’ouest. La marée basse. En dehors de cela, quelle est la vérité? Il n’y en a pas.»

Le titre fait référence auquel de ces «instants-là»?

«Comme vous le voulez! C’est un titre absolument ouvert. Je n’ai pas un point de vue très manichéen. Freud a dit qu’un aspect d’équilibre c’est d’avoir des pensées ambiguës. Il avait raison!»

Vous croyez au coup de foudre?

«Oh oui! J’ai eu des coups de foudre. Mais c’est mieux s’il y a une réciprocité!»

Cela ne vous empêche pas d’écrire des histoires d’amour tragiques! Déjà dans d’autres de vos romans.

«Oui. Peut-être à l’avenir que j’écrirai un roman avec un happy end! Dans tous mes romans, il y a des aspects tragiques, mais en même temps, de l’amertume et la possibilité de continuer aussi. Plusieurs lectrices m’ont dit que mes romans leur avaient donné de la force après une tragédie. Comme mon narrateur le dit à la fin, la seule solution c’est de continuer à avancer.»

Un autre thème qui revient est celui de la fuite. Vous-même, vous avez des pied-à-terre dans plusieurs villes. Vous fuyez?

«Non! Je bouge, mais je ne fuis pas! Peut-être que certaines de mes ex vous diraient que j’ai fui, mais ce n’est pas juste!»

L’adaptation de la «Femme du Ve» sort le 16 novembre. Vous l’avez vu?

«Oui. Le film est très différent du roman mais très intéressant. Le truc avec le film, c’est comme le casino. De temps en temps on gagne. J’ai adoré le film de ‘L’homme qui voulait vivre sa vie’. Si ce film marche, tant mieux. S’il ne marche pas, j’ai mon roman! Mais ce film-ci est une vision très vivante, très intéressante!»

Christelle

www.douglas-kennedy.com

EN QUELQUES LIGNES
Jeune écrivain américain, Thomas Nesbitt s’installe dans le Berlin ouest d’avant la chute du Mur pour écrire un récit de voyage. Pour arrondir ses fins de mois, il travaille à la radio de propagande américaine. C’est là qu’il fait la connaissance de Petra Dussmann, une jeune allemande passée tout récemment à l’Ouest. Entre eux, c’est le coup de foudre. Pourtant, leur histoire va virer au drame. Et une fois de plus, Douglas Kennedy nous prouve qu’un seul instant suffit à changer un destin. Mais que s’est-il réellement passé alors au point de séparer les deux amants? On le découvre 25 ans plus tard, alors que Thomas reçoit chez lui, quelques jours après la demande de divorce de sa femme, un paquet posté d’Allemagne par un certain Johannes Dussmann et qui va le forcer à se confronter à son passé. Des personnages bouleversants et une histoire d’amour aussi tragique que passionnée sur fond de guerre froide et d’espionnage qui nous transportent dans le Berlin des années 80, encore coupé en deux par le Mur.

«Cet instant-là», de Douglas Kennedy, éditions Belfond, 506 pages, 22,50 €

Cote: 4/5

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