No sexe !

© E.Scorcelletti

«Si tout le monde faisait l’amour, on ne s’entendrait plus», écrit la journaliste Sophie Fontanel dans son dernier livre où elle explique pourquoi elle a choisi de se passer de sexe à un moment de sa vie.

A qui s’adresse votre livre?
«Au fond de moi, ce livre s’adresse à un homme que j’ai rencontré et qui était lui-même dans cette incapacité à aller dans la vie sexuelle à un moment donné de sa vie. Et cela m’a tellement touché que j’ai voulu écrire un livre pour lui dire que j’étais comme lui, qu’il ne fallait surtout pas qu’il en ait honte. Mais depuis sa sortie, on me dit souvent qu’on se reconnaît dans le livre comme si, ces gens, comme moi, à un moment donné, n’avaient pas de vie sexuelle. Je crois qu’on n’a pas toujours besoin d’avoir vécu ce que dit un livre pour se reconnaître dedans. Le livre s’adresse juste à ceux chez qui ça parle l’idée que ce n’est pas si simple la sexualité. Il y a des gens pour qui s’est très simple, qui se demandent où est le problème. S’ils ne mentent pas, ils ont beaucoup de chance!»

Comment le livre a-t-il été accueilli dans votre entourage?
«C’est mon dixième livre. Je suis donc beaucoup moins à donner le manuscrit. Je n’ai pas besoin tellement de l’avis des autres. Donc je l’ai donné à une collègue chez Elle que j’adore. Elle ne m’a pas répondu pendant trois mois. Après elle m’a dit qu’elle avait perdu le manuscrit. Je le lui ai renvoyé. Elle s’est re-tue encore. Elle a fini par me dire qu’il ne fallait surtout pas que je publie ce livre, que cela allait vraiment faire de moi une miséreuse aux yeux des autres, qu’elle avait peur pour moi. En même temps, toujours chez Elle, quelqu’un d’autre la lu et m’a dit qu’avec ce livre, j’avais fait quelque chose qui me dépassait et qui était beaucoup plus important que je ne le pensais. Ensuite, quand les gens ont commencé à lire le livre, j’ai vu que cela les intéressait. C’est un petit livre qui prend les choses de manière très poétique, très délicatement. Un tout petit livre suivi d’un bruit énorme. Ce qui fait tout ce bruit, c’est que personne ne dit cela. Personne ne dit que parfois, on a un désintérêt pour la sexualité, parce qu’on n’y arrive pas. »

Vous n’aviez pas peur d’être jugée?
«Je m’en fous éperdument d’être jugée et cela depuis bien longtemps. Je n’ai pas besoin de l’admiration des autres. Je ne redoute pas non plus leur jugement. J’ai 49 ans, je ne suis pas un enfant de cœur, je sais très bien me défendre si on m’attaque. On me dit que j’ai eu du courage et sincèrement, je n’ai pas pensé une seule seconde au courage.»

Par rapport à vos autres livres, il a été facile à écrire?
«Ce livre a été très facile à écrire, parce que le propos avait une autorité telle que j’écrivais presque sous la dictée de ma pensée. C’était presque politique d’écrire cela. Même si c’était aussi, je l’espère poétique.»

Pourquoi, selon vous, l’absence de vie sexuelle est si taboue aujourd’hui?
«C’est tabou parce que la société entière représente la sexualité comme une chose évidente. C’est comme si une norme sexuelle s’était insinuée partout. Par exemple, dans la littérature en France, les deux tiers de nos romans parlent d’à quel point nous sommes libérés sexuellement. Il y a une chanson d’Alain Souchon, ‘Le dégoût’, qui parle de ses tentatives de séduction quand il était enfant. Le dégoût, c’est de la peur. Il y a très peu de gens qui osent l’exprimer. Je pense que la libération sexuelle a fait un bien fou. Le droit de jouir, c’est génial. Mais après, c’est devenu l’obligation de jouir. On peut aussi être libéré de la consommation sexuelle.»

Pourquoi avoir choisi «L’envie» comme titre?
«Je voulais montrer que quelqu’un qui arrête de faire l’amour, c’est parce qu’il a encore plus envie que les autres en fait. Il a envie que ce soit encore mieux. C’est pour cela qu’il s’arrête. Parce qu’il n’arrive pas à ce que ce soit encore mieux. Moi, je n’y arrivais pas. Dans un lit avec un homme, à l’époque où je m’y prenais si mal, je n’osais pas dire quand quelque chose ne me plaisait pas. Je faisais ce que je croyais qu’on attendait de moi, ce que je pensais qu’il fallait dire. Et je me souviens, quand j’étais jeune, la fois où j’avais éclaté de rire, parce que cela me semblait à la fois ridicule, excitant et amusant. Et le garçon s’est demandé ce qui se passait. Pour une fois que j’exprimais ma joie! Un jour, je me suis dit, si je m’arrête, si je sais me réparer, me reconstituer, me retrouver, un jour je rencontrerai des hommes avec qui je saurai mieux, avant même d’être dans le lit, montrer qui je suis de manière à ce que cela se passe mieux dans le lit. C’est ce qui m’est arrivé.»

Christelle

«L’envie», de Sophie Fontanel, éditions Robert Laffont, 162 pages, 17 €

Cote : 3/5

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