Déballage famillial

© Delphine Jouandeau

Charles Consigny et son père Thierry se confessent dans un livre. Un récit à deux voix où ils dévoilent, sans pudeur aucune, leurs failles et leurs faiblesses. L’alcool, la drogue pour l’un. Ses infidélités pour l’autre. Rencontre avec le père.

Il est inscrit «roman» sur la couverture de votre livre. Pourtant, la lecture laisse à penser qu’il s’agit plutôt d’une autobiographie.

«On a appelé cela roman, en accord avec l’éditeur, parce qu’un récit est une promesse d’exactitude sur les faits. Alors que dans ce livre, nous sommes partis de faits réels, mais nous avons beaucoup retravaillé le texte par la suite, en ne s’obligeant pas à respecter l’exactitude. On n’a pas non plus essayé d’inventer des choses, mais à force de retravailler les situations, les personnes, ce n’est finalement plus un récit, mais une vision romanesque de la réalité.»

Comment en est née l’idée?

«Charles, qui avait alors un peu moins de 20 ans, s’était lancé dans l’écriture d’un livre. Il voulait écrire sur le vide. Le vide de son cœur, de sa génération, de son temps… Moi, j’écrivais -non pas pour en faire un livre mais juste pour le goût d’écrire- sur mes enfants. Par mails, il m’envoyait son texte au fur et à mesure. Je lui envoyais le mien. A un moment donné, on s’est rendu compte que l’on parlait des mêmes événements. Et que peut-être chacun de nos textes étaient d’une valeur banale, mais que l’écho entre les deux, le fait de voir les mêmes réalités vécues par un père et un fils, pouvait faire quelque chose d’intéressant pour le lecteur. C’est ainsi que l’idée du livre est née, à peu près après un tiers de l’écriture. Les deux autres tiers, on a continué à les écrire chacun dans son coin, mais en sachant que nos textes seraient entremêlés dans un livre commun. Ensuite, on a fait le travail d’entremêlement ensemble, tous les deux.»

Qu’avez-vous pensé en découvrant le texte de votre fils?

«Ce n’était pas les premières écritures de mon fils que je lisais. Je n’ai pas découvert son style ni un certain talent d’écriture d’un coup. Il avait avant un magazine, un blog. Disons que j’ai eu une double lecture. D’abord comme si j’étais un lecteur ou un éditeur. Ce qui m’intéressait, c’était de savoir si c’était bon, au sens fort, vivant, intéressant. Y compris quand il racontait des choses très dures, la drogue, l’homosexualité, etc. Et puis ensuite seulement -et cela a un côté un petit peu monstrueux, je le reconnais!-, j’ai réalisé que j’étais quand même son père et qu’il était en train de me raconter des souffrances terribles. Mais les deux choses se rejoignent, car j’avais la certitude que s’il arrivait à faire un bon texte à partir de ses souffrances, ce n’était pas fichu. C’est d’ailleurs tout le sens du bouquin: arriver à faire à partir des difficultés de la vie quelque chose de positif.»

Pourquoi ce titre?

«Le soleil et l’herbe désignent la nature, parce que lui comme moi sommes très émerveillés par elle et amoureux de la vie, au sens de la création. Mais sur cette planète, nous sommes, comme tous les autres, deux petites fourmis qui doivent quand même gagner leur vie. Dans les deux sens du mot. Au-delà de gagner de l’argent, il faut faire de sa vie quelque chose de valable, de digne de cette nature, qui soit aussi beau que les arbres, la mer… Et cela, ce n’est pas gagné!»

Qu’en a pensé votre entourage?

«Leurs réactions sont très variables! L’un des petits frères de Charles, qui a 15 ans, a pris le livre sans en parler, l’a lu pendant une nuit entière. Il a beaucoup aimé parce qu’il a découvert que son grand-frère et son père, qui sont pour lui des personnages très forts comme pour tout petit garçon, partageaient les mêmes faiblesses, inquiétudes, que lui en tant qu’ado. Cela l’a rassuré sur lui-même. La seule chose qu’il n’a pas ce n’est pas du tout un type faible, c’est quelqu’un de très fort! Quant aux autres, les différentes mamans qui sont racontées dans ce livre, l’ont trouvé un peu trop impudique!»

Votre fils raconte son homosexualité, sa drogue. Vous vos infidélités. Vous n’avez pas peur d’être jugés.

«A vrai dire, je n’y ai pas pensé. J’avoue que j’ai commis des infidélités, beaucoup trop. Mon entourage va le savoir. C’est possible qu’on me prenne pour un salaud. Je m’en fiche. La seule chose qui compte, c’est de réussir à faire un livre valable. S’il est valable, je pense qu’il ne peut pas faire réellement du mal. Même les mamans qui le trouvent impudique, je pense qu’elles sont conscientes qu’intiment, cela fait beaucoup de bien que tout cela soit dit. Sinon, elles ne l’auraient pas laissé publier. Au-delà de l’intime, j’espère que cela fera du bien à des gens qui ne nous connaissent pas du tout, qui vont pouvoir retrouver des choses à eux.»

Vous avez d’autres projets d’écriture.

«Je sais que Charles est lancé dans une autre écriture. Moi aussi. Mais vraisemblablement pas ensemble.»

Christelle

EN QUELQUES LIGNES

Se répondant en échos, un père et son fils dévoilent leur histoire. Charles a 20 ans, est homosexuel, et noie son mal de vivre dans l’alcool et la drogue. Son père, Thierry, ne s’en rend pas vraiment compte. Jusqu’au jour où son fils l’appelle de l’hôpital. Et décide de raconter le vide de sa vie dans un livre. De son côté, Thierry parle de ses sept enfants. De sa fille, la sœur de Charles, Lara, dont il a raconté la mort précédemment dans un livre. Et de ses nombreuses infidélités à lui. Un grand déballage familial, entre souffrances et optimisme, et dans lequel d’autres, peut-être,  se retrouveront.

«Le soleil, l’herbe, et une vie à gagner», de Charles et Thierry Consigny, éditions JC Lattès, 268 pages, 17 €

Cote: 3/5  

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s