La peine de mort abolie il y a quinze ans

Si elle n’était plus appliquée depuis 1863 pour les crimes de droit commun, la peine de mort n’a été abolie chez nous qu’il y a quinze ans, en juin 1996. Jérôme de Brouwer, auteur d’une thèse de doctorat sur le sujet, vient de publier huit récits sur les «Têtes coupées» qui roulèrent de l’échafaud de Bruxelles à l’heure où la guillotine s’élevait toujours sur les places publiques.

A quand remonte la dernière décapitation en Belgique?

«La dernière décapitation date de mars 1918. Mais c’était un événement particulier. Pendant la guerre de 14-18, exceptionnellement, on a exécuté un militaire, par la guillotine, parce qu’il avait tué sa fiancée. Dès la fin du 19e siècle, à partir de 1863, on n’exécute plus par la guillotine.»

Qui alors est le dernier à avoir été guillotiné en 1863?

«Il s’appelle Charles Kestelijn. C’est un grand voleur, un chef de bande. Ce n’est pas le genre de type qui a assassiné toute sa famille, découpé une femme en morceaux… A l’époque, ce ne sont pas forcément ces crimes-là qui sont suivis d’exécution mais bien des vols accompagnés d’homicide. Parce que ce sont ces crimes-là qui font peur à la société bourgeoise: des bandes de voleurs susceptibles de tuer ceux qu’ils veulent voler.»

Pourtant, au lendemain de l’indépendance de la Belgique, en 1830, les condamnés à mort de droit commun étaient systématiquement graciés.

«Oui. Les bourreaux ont de nouveau du travail à partir de 1835, date à laquelle un homme est exécuté à Courtrai pour avoir volé et tué.»

Etre bourreau, c’était une histoire de famille?

«Exactement. Un peu à l’image de la France et sa célèbre dynastie de bourreaux, les Sanson, on a chez nous depuis le 18e siècle les Boutquin, d’abord bourreaux en Flandre avant de devenir aussi bourreaux à Bruxelles. De père en fils, ils sont bourreaux. Et ils se marient avec des filles de bourreaux d’autres provinces. C’est propre à l’Europe entière ce genre de choses.»

Comment se déroulait une exécution?

«Quand on songe à la guillotine, on pense à la Révolution française et à ces foules rassemblées au pied de l’échafaud. En Belgique, cela a été comme cela aussi. Les Français sont venus avec la guillotine en 1795, et la foule se rassemblait sur la Grand-Place. Les exécutions avaient toujours lieu au milieu du jour, au su et au vu de tout le monde. Après 1830, quand les exécutions reprennent, on souhaite qu’elles soient plus discrètes. C’est ce qui va expliquer que l’exécution va être déplacée de la Grand-Place vers la Porte de Hal, comme on le voit dans mon livre.»

La peine de mort n’était plus appliquée depuis longtemps. Alors pourquoi avoir attendu jusqu’à il y a quinze ans pour l’abolir?

«Il y a plusieurs raisons. L’une des raisons essentielles est que, lorsqu’on s’est dit vers 1860 qu’on n’utilisera plus la peine de mort, on pensa que la conserver dans le code permettrait toujours de l’appliquer au besoin, si vraiment c’est nécessaire. On pensa que cela ferait peur aux criminels. C’était dire aux criminels, attention, si vous faites quelque chose de très mal, on pourra toujours l’appliquer. A coté de l’aspect dissuasif, il y a aussi un aspect symbolique. La personne qui a tué voit, au bout de son procès, une peine symboliquement très forte qui est prononcée, la peine de mort. Même si elle sait qu’elle ne fera que trente ans de prison. Cela signifie que la personne condamnée est retranchée de la société des hommes. Au moment où on l’a abolie dans les années 90, certains d’ailleurs étaient toujours partisans de conserver cette peine à titre de symbole.»

Lors de grosses affaires criminelles en Belgique, on entend souvent réclamer le retour de la peine de mort…

«Depuis 1863, il y a toujours eu des événements qui ont conduit l’opinion publique à souhaiter le retour de la peine de mort. J’appelle cela des stimuli: l’opinion publique est piquée et réagit aussitôt de manière impulsive, dans l’excès. C’est normal. C’est aux intellectuels, aux politiques, aux acteurs sociaux, d’expliquer pourquoi ce n’est pas une bonne solution. Fondamentalement, c’est un instrument qui n’est pas très constructif. Il ne répare rien. Il assouvit une forme de sentiment de vengeance, mais qui n’a pas vraiment d’efficacité. Parce que la peine de mort, c’est la violence montrée en exemple. C’est réagir à la violence par la violence. C’est encourager une société violente que d’infliger la mort à quelqu’un au mon de la société. Par ailleurs, tout le monde sait que ce n’est pas dissuasif. Ce n’est pas parce que l’on exécute qu’il n’y a plus de criminel.»

Les histoires que vous racontez dans votre livre sont donc vraies?

«Oui. J’ai construit mes histoires sur bases de dossiers d’assise, qui se trouvent aux archives générales du royaume. Il y a une part de fiction, dans la manière de raconter, mais tout est vrai.»

Christelle

«Têtes coupées» de Jérôme de Brouwer, éditions Le Cri, 218 pages, 19 €

Cote: 3/5


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