Rachida Dati livre sa vérité

Souvent attaquée dans la presse, Rachida Dati a décidé de rétablir sa vérité dans un livre. L’ex-ministre de la Justice française, aujourd’hui maire du VIIe arrondissement de Paris et députée européenne, nous livre au fil des pages ses souvenirs et son parcours.

Comment est née l’idée de ce livre?
«Je n’ai jamais eu la volonté d’écrire un livre un jour. Ce livre n’a donc pas du tout la prétention d’être mes mémoires. Mais quand je suis devenue garde des Sceaux, j’ai pris des notes sur les réformes que j’engageais. La réforme de la carte judiciaire, la réforme pénale avec la création de peines-plancher pour les multirécidivistes, la réforme de l’irresponsabilité pénale. (…) Ce ministère ne s’est jamais autant réformé et je prenais des notes sur la manière dont j’engageais ces réformes, sur la manière d’exercer le pouvoir. Puis deux ans et demi plus tard, j’ai eu une petite fille. Et beaucoup d’attaques, de polémiques. Avec la personne qui m’a aidé à structurer ce livre, Lionel Duroy, on s’est rendu compte que j’avais eu droit quasiment à une polémique par jour, du jour où j’ai été nommée à ma sortie. J’ai laissé écrire des livres, des articles, d’une violence extrême, s’attaquant à ma famille, à mon intimité, sans jamais y répondre. Mais la naissance de ma fille a été un déclencheur. Je me suis dit que peut-être, j’avais avancé trop vite, sans vraiment m’arrêter sur ce que j’étais, sur ce que je faisais et comment je le faisais. Cela m’a permis d’écrire pour rétablir ma vérité, en citant des choses précises, en mettant des noms sur des situations, sur les personnes, et évitant comme cela les ragots, les témoignages anonymes. Maintenant je mets au défi quiconque de pouvoir réécrire ces mêmes choses, absolument inacceptables.»

Qu’est-ce qui vous a le plus blessé dans ce qui a été dit sur vous?
«J’ai accepté la contrepartie de ma vie publique, qui est celle des attaques et des critiques. Mais j’ai moins accepté qu’on s’attaque à ma famille. C’est extrêmement blessant, parce qu’eux n’ont rien demandé. Et j’ai moins accepté aussi qu’on fouille dans ma vie. Ma vie privée n’est pas ma vie publique, donc je n’avais pas à dire quoi que ce soit la concernant.»

Vous pensez qu’un homme ou une femme politique doit avoir une vie privée séparée de sa vie publique?
«Cela a toujours été mon cas et je continuerai. Je considère qu’à partir du moment où votre vie privée n’impacte pas votre vie publique et vos engagements, il n’y a pas de raison qu’elle soit mise à jour.»

Pourtant, vous révélez beaucoup de choses de votre vie privée dans ce livre. Toute votre enfance…
«On m’a fait tellement de procès en illégitimité. On dit qu’il faut travailler, être courageux, et qu’ainsi le mérite sera reconnu. Vous faites tout cela, et au moment où vous y arrivez, on vous dit que non, que ces responsabilités-là ne sont finalement pas pour vous, comme si c’était réservé uniquement à une caste et aux enfants de cette caste. La République ce n’est pas cela! Ce que je décris dans ce livre, c’est d’où me viennent mes convictions. Depuis très jeune, je mène le combat contre les violences faites aux femmes. Cela ne date pas d’il y a deux ans ou six mois. Je me suis beaucoup investie aussi dans la lutte contre des addictions des jeunes et des adolescents. Vous mêlez ensuite vos convictions avec votre action. Dans ce livre, je décris comment dans le cadre de ma vie se sont construites mes idées, mes actions. Je ne raconte pas ma vie intime, si je suis amoureuse, etc.»

Vous travaillez le week-end, beaucoup, depuis toute jeune. Vous avez des loisirs?
«J’aime le foot! Mais c’est vrai que cela a été un choix de vie. Après, je le reconnais, vous le payez sur le plan personnel.»

Votre fille, vous l’élevez seule?
«Je ne détaille pas ma vie personnelle dans le livre. Je n’ai jamais dit si j’élevais ma fille seule ou pas, ce n’est pas le sujet.»

Mais vous y évoquez votre frère. Est-ce que le fait que vous n’êtes plus ministre de la Justice vous a permis de vous rapprocher de lui?
«Vous savez, on est une famille unie. Mon frère restera mon frère, quoi qu’il se passe.»

Comment se fait-il qu’il a été si fragile alors qu’il a eu la même éducation que vous?
«Vous avez des enfants? Est-ce que tous les enfants sont les mêmes? Pourquoi certains arrivent à faire des études et d’autres pas? Pourquoi certains ont de la créativité et pas d’autres? On est douze enfants. Douze individualités très différentes. La force de cette famille est que mes parents nous ont traités individuellement. Jamais ils ne nous ont traités en masse. Plus vous êtes une famille nombreuse, plus vous avez de chance ou de risques d’avoir des personnalités très différentes. Cet enfant était plus fragile. Il a commencé à être toxicomane à 16 ans. On ne s’en est pas rendu compte. Parce qu’on n’était pas formés. On a cru qu’il faisait des coups de fatigue. Et quand on s’en est rendu compte, on a été débordé.»

Vous vous décrivez dans le livre comme une enfant intransigeante, combative. C’est aussi ce que l’on vous a reproché en tant que ministre.
«On vous reproche peut-être votre tempérament, mais ne faut-il pas en avoir pour devenir ce que je suis devenue? C’est vrai que je ne me suis jamais résignée, en tout cas très peu. Je n’ai jamais eu peur de rien, en tout cas de pas grand-chose. Cela fait beaucoup. Je crois que l’on reproche beaucoup aux femmes: dès lors que vous avez de l’autorité, on vous considère autoritaire. Moi, on m’a même reproché ma féminité, alors que cela fait partie de mon identité. Je n’ai jamais renoncé à ce que j’étais. Pour autant, cela n’a pas ni atténué, ni altéré mes combats.»

Si vous aviez été un homme, un Français pure souche, vous pensez que vous auriez été nommée aussi?
«Regardez tous mes prédécesseurs!»

Mais vous représentiez un symbole…
«La politique, c’est deux choses. La compétence, parce que sinon, vous écœurez vite vos concitoyens. Et le symbole. En me nommant ministre de la Justice, Nicolas Sarkozy a voulu allier les deux, me donnant une obligation de résultat. C’est pour cela que je décris mon bilan par le menu. Mais aussi symboliquement, c’était important de dire que la France est multiple aujourd’hui. Et donc cela a permis de faire sauter un tabou.»

Et que s’est-il passé? Pourquoi aujourd’hui n’êtes-vous plus ministre?
«D’abord, on n’est pas ministre à vie et je le savais. Et puis, deuxième chose, et je le décris dans le livre, quand j’ai accouché, j’ai voulu arrêter la politique. Et c’est le président de la République qui m’en a empêché. Il m’a proposé d’aller au parlement européen. Il me l’a demandé en tant qu’ami, pas comme président. Et j’ai accepté, aussi par loyauté. Mais si ce mandat m’avait déplu, croyez-moi, je vous invite à relire mon livre, je ne serais pas restée! On ne me force pas à grand-chose!»

Votre prochain but?
«Que ma famille politique gagne les présidentielles de 2012!»

Vous espérez récupérer un ministère?
«C’est curieux parce qu’on me pose toujours cette question-là. D’abord, on n’est pas ministre à vie. Je l’ai été, au regard de combien qui ne l’ont pas été et qui ne le seront jamais. Je ne vais pas commencer à dire que j’ai envie d’y retourner. J’ai été beaucoup plus émue et honorée d’avoir été élue que d’avoir été nommée. Parce que je trouve que quand vous êtes élue, vous êtes encore plus enracinée dans votre patrie: c’est que l’on vous a voulu. Et donc vous avez une vraie liberté d’action. Beaucoup plus que quand vous êtes ministre. Donc moi, ce que je vise, c’est l’élection.»

La présidence de la République alors?
«Et pourquoi pas la présidence de l’Europe tant qu’on y est!»

Christelle 

En quelques lignes
Rachida Dati a décidé de se confier dans un livre. Vous n’y apprendrez toutefois pas qui est le père de son enfant. Tout au plus que sa fille Zohra a des frères et sœurs. Mais vous découvrirez par contre le parcours de cette femme, fille d’un ouvrier et d’une femme au foyer, deuxième enfant d’une famille d’immigrés de douze enfants. Comment, déjà toute petite, elle avait un caractère bien trempé, à tel point qu’on lui avait mis un banc à part en classe, personne ne voulant s’asseoir à côté d’elle. Comment elle est arrivée là où elle est, à force de volonté et d’obstination. Les lettres qu’elle a écrites et qui lui ont ouvert des portes. Et bien sûr toutes les réformes de la justice qu’elle a menées. Par ce livre, l’ex-garde des Sceaux française, aujourd’hui maire du VIIe arrondissement de Paris et députée européenne, entend rétablir la vérité. Sa vérité. Sans victimisation ni misérabilisme il est vrai. Pour montrer comment sont nées ses convictions et répondre enfin aux nombreuses attaques dont elle a été la cible.

«Fille de M’Barek et de Fatim-Zohra – Ministre de la Justice », de Rachida Dati, éditions XO, 272 pages, 19,90 €

cote: 3/5

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