Six femmes, six personnalités

© Pascal Gascuel

Le dernier livre de Macha Méril prend comme prétexte un festival de film au Maroc pour raconter un huis clos entre six femmes que tout oppose. Entre roman et récit, il y est question de femmes bien sûr mais aussi de différences culturelles, d’amour… et un petit peu de cinéma!

Vous avez publié plusieurs autobiographies. Ce livre-ci est étiqueté roman. Pourtant, il relate aussi un épisode de votre vie.

«Cela a été l’objet d’une discussion avec mon éditeur. C’est lui qui a pensé qu’il fallait qu’on le mette dans la catégorie des romans parce que si c’est effectivement un événement réel -une semaine de festival au Maroc- mais les événements qui s’y passent sont romancés. J’ai modifié beaucoup de choses. Les noms notamment. La chronologie des certains événements. Mais je crois que c’est surtout le roman qui a évolué. Un roman, ce sont des faits interprétés par un auteur et rendus de manière à ce que ce soit de la littérature. Ce n’est pas la même chose qu’un récit. Si j’avais écrit un récit, j’aurais donné un compte-rendu de ce festival. Cela aurait pu être très intéressant mais cela ne faisait pas le livre. La façon dont tout cela est digéré, ou pas digéré (rires), c’est de la littérature. Donc je crois qu’il faut élargir la notion de roman et qu’on accepte cette nouvelle forme littéraire qu’est le roman autobiographique. Je raconte les faits, pour qu’on ait les éléments, mais j’essaie d’en tirer la leçon. J’essaie moi de vivre mieux après.»

Vous avez changé le nom des jurés, mais vous dévoilez tous les petits secrets des délibérations. C’est permis?

«Ce ne sont pas vraiment des secrets. C’était un huis clos, mais il y avait des espions quand même! Beaucoup de gens qui ont raconté ce que nous avions dit. Il se trouve que c’est un petit festival. Et puis il me semble que je rends hommage à ce festival car, comme je le dis dans le livre, les films étaient excellents. Il y avait de quoi discuter. Ce qui était intéressant, c’était les différences entre nous. Ces femmes et moi n’avions absolument rien en commun et nous nous demandions sur quel plan on allait bien pouvoir délibérer, batailler. Chacun défend ses opinions, ses convictions, sa culture, son pays. C’est la confrontation entre toutes sortes de partialités. Ce à quoi je tenais, c’est que ce soit démocratique et donc, qu’à la fin, le palmarès ressemble à ce que nous étions, qu’il soit accepté par tout le monde.»

Vous avez vécu un vrai choc des cultures durant cette semaine!

«Pff! C’était poilant. J’ai essayé d’être assez factuelle, de raconter par la façon dont elles étaient habillées, dont elles mangeaient, parlaient, plutôt que de dire leur opinion, car je voulais que le lecteur se fasse une idée lui-même, comme moi en voyant ces femmes ahurissantes. L’Égyptienne, par exemple, était indescriptible. Elle changeait de tenue deux fois par jour. Des choses extraordinaires, que jamais on oserait mettre. Mais sur elle, cela avait de la gueule! Bref, je continue à aimer Mozart et à préférer Courrèges aux robes marocaines. Mais quand même, je les ai dans l’œil maintenant. Je ne serai plus aussi intolérante.»

Vous avez gardé contact avec certaines?

«Absolument. Avec deux d’entre elles. L’Italienne et la Portugaise surtout. Elle est une grande cinéaste. J’ai changé son nom, mais elle s’est reconnue malgré tout.»

Vous aviez accepté de participer à ce festival pour retourner à Rabat sur les lieux de votre enfance.

«Oui. Et je n’ai rien retrouvé! Je n’ai même pas retrouvé les sensations de mon enfance. Pour moi, le Maroc était très lié à des odeurs, des couleurs. La maison dans laquelle on vivait me paraissait alors immense. Je l’ai revue: c’était une petite bicoque. Je pense que c’est toujours décevant. Je crois que c’est inévitable de retourner sur les lieux de notre enfance. On a besoin de cela. C’est mettre un couvercle sur quelque chose. C’est forcément un petit peu douloureux. Et j’ai trouvé que cela allait avec ce que j’étais en train de vivre. C’est au fond, l’histoire d’une perte. La perte de ce souvenir d’enfance, de mes racines, de mes parents puisque ni mon père ni ma mère ne sont encore de ce monde. La perte d’un amour puisque je me suis fait plaquer par l’homme que j’aimais. Et aussi la perte d’un certain cinéma, le cinéma que j’ai aimé et pour lequel j’ai un peu donné ma vie.»

La rupture que vous racontez s’est donc réellement passée.

«Oui, mais non pas durant ce festival, mais sur un tournage en Argentine, au bout du monde. Mon compagnon de l’époque a fait tout le voyage et est resté 48h uniquement pour me dire qu’il me quittait. Et je l’ai compris parce qu’on ne peut rien contre le destin de chacun. C’est cela qui est terrible en amour. On voudrait que ce qui est bien pour nous soit bien pour l’autre aussi. Mais ce n’est pas forcément le cas.»

Vous savez s’il a lu votre livre?

«Non, je ne sais pas. J’espère qu’il le lira. Je le pense. Au moins je peux me dire que tous mes amours ont fini. Mais je ne pense pas que les hommes que j’ai aimés m’aient oubliée. Je pense que je suis inoubliable!»

Vous dévoilez beaucoup de votre vie sentimentale dans ce livre. Vous ne craignez pas de la livrer ainsi au public?

«Non, je pense que c’est mon devoir. Je pense que ce que je vis n’est pas unique et que si d’autres femmes se reconnaissent, je peux être utile. Je pense que quand on mène une vie publique, c’est justement parce qu’on accepte cela. On accepte d’être un modèle. Etre parmi les femmes qu’on observe, qu’on regarde, qu’on écoute, cela vous confère des responsabilités et des obligations. Et ce qui pourrait paraître comme de l’exhibitionnisme, c’est en réalité uniquement ce que l’on attend de moi. Je me suis mise en vitrine. C’est comme la politique. On accepte d’être jugé sur ses actes.»

Vous venez aussi de sortir un livre de cuisine.

«Ah, un chef-d’œuvre! Autant ce roman a été écrit en trois mois, autant le livre de cuisine, cela faisait deux ans que j’y travaillais. Ce livre s’appelle ‘C’est près dans un quart d’heure’ (Robert Laffont). J’ai travaillé avec un chronomètre sur la table de la cuisine. Et j’ai tout mesuré, à la seconde près. J’ai réalisé les 60 menus en question. C’est vraiment quinze minutes depuis le moment où l’on rentre dans la cuisine jusqu’au moment où  l’on appelle à table. Y compris le temps de mettre la table !»

Vos petits secrets pour aller vite alors?

«Il faut d’abord que la cuisine soit aménagée de faction fonctionnelle. Et que l’on sache exactement où trouver les choses. Que personne donc ne range à votre place! Ensuite, il  faut avoir de bons instruments. Et prévoir. Ce qui est au cœur de mon dispositif, ce sont les prévisions. Par exemple, quand je fais de la sauce tomate, je la fais en grande quantité et je congèle des barquettes. Le congélateur, c’est ma boîte à malice, ma caverne d’Ali Baba!»

 Christelle 

En quelques lignes

Macha Méril s’est inspirée de sa propre vie pour son dernier livre. Elle y romance son expérience en tant que présidente du jury d’un festival du cinéma au Maroc. L’occasion de réunir six femmes d’horizons totalement différents, dans un huis clos. L’occasion aussi pour elle de retourner sur les traces de son enfance, passée à Rabat. L’occasion surtout de s’offrir des vacances au soleil avec son homme… pense-t-elle. Mais la comédienne et écrivain n’est pas au bout de ses surprises! Cette petite semaine va rapidement virer au cauchemar. Heureusement que philosophe, Macha Méril prend toujours la vie du bon côté !

«Jury», de Macha Méril, éditions Albin Michel, 240 pages, 17 €

Cote: 3/5

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