Paternité et séparation

© Philippe Matsas

Attention, il ne faut pas confondre «rupture» et «séparation». Le premier roman du journaliste Xavier de Moulins nous entraîne dans le quotidien d’un père célibataire qui découvre les réalités de sa paternité, lui qui a voulu rompre avec sa femme… mais sans vraiment être prêt à s’en séparer!

C’est votre premier roman. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous y mettre?
«Deux choses. C’est un roman qui parle de la paternité et de la séparation. Et je pense que la séparation, c’est le mal du siècle. La paternité, la question du siècle. Il y avait donc matière à s’interroger dessus humblement. J’ai moi-même été père célibataire à un moment dans ma vie.»

Il y a une part d’autobiographie dans ce roman?
«On part toujours de soi. L’idée, c’est de pouvoir sortir de soi. Et écrire aide à sortir de soi. L’histoire parle d’un père qui a eu des difficultés à assumer sa paternité du temps où il était marié et va finir par la découvrir après sa séparation. Moi, j’ai eu la chance d’assumer ma paternité bien avant ma séparation. Donc, ce n’est pas plus que cela une autofiction. C’est simplement que j’ai vécu cette situation comme des milliers de gens, et que je me suis rendu compte qu’on avait banalisé tout cela, que c’était rentré dans les mœurs. C’est donc aussi un livre que j’ai voulu écrire comme un manifeste pour militer pour la vie de famille qui me semble quand même essentielle aujourd’hui. Si on peut préserver sa vie de famille, éviter de partir pour des conneries et tout gâcher pour des bêtises, c’est quand même mieux.»

Pourquoi ce titre?
«L’histoire part d’Antoine qui élève seul ses filles, un week-end sur deux, et c’est donc un coup à prendre quand on a jamais fait cela. Il faut arriver à chopper une technique. Et puis, il a quitté sa femme un peu vite et il se rend compte un peu trop tard qu’il l’aime toujours. Et là, il va prendre un vrai coup sur la tête.»

Un coup, c’est aussi sûrement ce que pas mal de femmes auront envie de donner à votre héros… Il est assez tête-à-claque quand même.
«Il a des côtés effrayants et des côtés touchants aussi. Moi, je m’intéresse à la figure de l’antihéros. C’est vrai qu’au début, on a envie de le frapper, de lui dire d’arrêter. Il a parfois une vision du monde assez particulière et provocante. Il le reconnaît d’ailleurs. Mais à la fin, il devient touchant parce qu’il grandit. Et si les femmes on parfois ce jugement-là, c’est justement parce qu’il leur rappelle des hommes qu’elles ont fréquenté ou des hommes qu’elles veulent éviter. Souvent, en littérature, les personnages rejettent la faute sur les autres. Or lui, il fait quand même son autocritique. Plutôt que dire que tout est la faute de sa femme, il commence par balayer devant sa porte.»

L’amour éternel, vous y croyez?
«Pour moi, l’amour éternel, c’est uniquement celui qu’on porte à ses enfants. C’est le seul qui dure toute la vie.»

Vous faites aussi la différence entre «rompre» et «se séparer».
«C’est une nuance qui est hyper importante. Antoine rompt, et puis sa femme, elle, se sépare. Les hommes sont très forts pour rompre. C’est facile: c’est se dire que c’est fini. Mais pas pour en assumer les conséquences. On est des quiches pour cela. Même quand on vous quitte, on vous aime toujours, c’est cela qui est dingue. Se séparer, c’est avoir accepté et intégré et digéré la rupture. Il y a beaucoup de gens qui rompent mais en réalité ne sont jamais séparés complètement. Quand on a des enfants, c’est dur de se séparer, car ils reviennent toutes les semaines rappeler l’histoire qu’on a vécue ensemble.»

Vous avez déjà des idées pour un autre roman?
«J’ai beaucoup d’idées, mais moi ce que j’aime dans l’écriture, c’est de pouvoir prendre mon temps. J’ai attendu presque 40 ans pour écrire le premier. Je vais continuer à prendre mon temps.»

Christelle

En quelques lignes
Antoine Duhamel, trentenaire parisien, aura eu besoin de quitter sa femme et se retrouver seul pour réaliser qu’il était père. Lui qui s’était toujours reposé sur son épouse pour tout, va devoir se prendre en main et assumer son rôle de père, un week-end sur deux. «J’ai attendu pour être Père de ne plus vivre avec ma femme et ça m’a pris du temps parce que comme beaucoup d’homme, j’ai du mal à faire deux choses en même temps», avoue le héros, qui tient d’ailleurs plus de l’antihéros tant certains de ses commentaires et de ses comportements sont insupportables. Même s’il faut bien lui reconnaître parfois aussi une certaine lucidité. Pour son premier roman, le journaliste français Xavier  de Moulins se livre en effet à l’observation d’un homme d’aujourd’hui passant progressivement «de la rupture à la séparation».

«Un coup à prendre», de Xavier de Moulins, éditions Au Diable Vauvert, 196 pages, 17 €

Cote: 2/5

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