Petits bijoux littéraires à déguster

 

© Jean-Luc Lossignol

Amoureux de Bruxelles, Jacques De Decker nous sert ici un recueil de nouvelles dédiées à la capitale. Un bel écrin pour ces petits bijoux littéraires qui nous emmènent aux quatre coins de la ville, de la grotte miraculeuse d’Evère au tunnel du Cinquantenaire. Mais le secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique s’est aussi lancé un défi: écrire une biographie de Wagner. Un pari tenu!

Pourquoi ce titre, « Modèles réduits »?
«Le titre provisoire était ‘Modèles en tout genre’. Et puis c’est devenu ‘Modèles réduits’ simplement en regardant le tableau reproduit sur le coffret. On dirait quatre petites Dickie Toys là-bas. C’est un peu un titre parfait pour un recueil de nouvelles. Ce sont des modèles réduits de différentes dimensions.»

Et cette image sur la couverture, d’où vient-elle?
«L’image elle-même est un tableau d’une artiste belge, Monique Schaar, réalisé en illustration d’une des nouvelles il y a une trentaine d’années, pour un volume qui s’appelait ‘La Belgique vue par les peintres naïfs’. On avait demandé à des écrivains d’écrire des nouvelles dont les peintres se serviraient. C’est ainsi que j’ai écrit l’histoire intitulée ‘Troubles circulatoires’. Et c’est en lisant la nouvelle qu’elle a eu l’idée du tableau. J’ai beaucoup aimé cette illustration. J’ai d’ailleurs acquis le tableau. C’est une sorte de retour à l’envoyeur puisque le tableau est ici fort mis en évidence.»

Vos nouvelles rassemblées ici datent d’époques différentes. Comment les avez-vous sélectionnées?
«Les nouvelles s’étalent sur 25 ans. Ce sont tous des textes qui ont eu des destinées diverses. J’avais envie de les rassembler. J’ai rencontré l’éditeur de La Muette, Bruno Wajskop, et c’est lui qui a fait l’assemblage, les a sélectionnées, mises dans un ordre qui lui paraissait tenir. Aujourd’hui si, on a l’impression que c’est un livre conçu tel quel, pourquoi pas! Mon premier contact avec la littérature, quand j’étais petit, c’était ‘Les lettres de mon moulin’ d’Alphonse Daudet. Cela m’a toujours semblé le symbole du bon recueil de nouvelles. Parce que si on veut donner une cohérence à des histoires très diverses, la façon la plus simple, c’est de les faire se dérouler dans un espace commun. Ici, tout se passe grosso modo à Bruxelles, ou par rapport à Bruxelles.» 

Ce recueil est en effet une balade dans Bruxelles…
«J’adore Bruxelles. Beaucoup de Bruxellois aiment Bruxelles. Je pense même qu’aujourd’hui, elle n’est plus seulement aimée des Bruxellois. Je crois que ceux qui aiment le moins Bruxelles, ce sont les navetteurs. Parce que par leur comportement, ils indiquent bien que la ville pour eux, c’est simplement le lieu où l’on travaille. A côté de cela, il y a énormément de ce qu’on appelle des ‘expats’, qui ne rentrent pas dans leur pays une fois pensionnés. C’est pour cela que j’ai fait une nouvelle ‘Bruxelles, capitale érotique’.»

Vos nouvelles ont aussi en commun ces petits riens qui font l’existence. Un thème qui vous est cher?
«Oui, je crois que c’est un thème qui m’est consubstantiel. C’est l’idée de petite cause, grands effets. C’est l’intérêt pour le détail. L’idée que la vie est tellement liée à des détails.»

Ces petites histoires vous viennent comment?
«D’abord d’une occasion. Pour moi, il y a une stimulation qui est à chaque fois liée à une occasion, une conjoncture. Par exemple, la nouvelle du type qui oublie ses lunettes dans le train est née d’un projet foire du libre- SNCB où on m’a demandé de raconter une histoire de train. Et j’ai composé cela. »

Vous venez aussi de sortir une biographie de Wagner. Pourquoi lui?
«C’est un coup de folie. Un soir, à la Monnaie, en voyant ‘Tristan et Yseut’, j’ai eu un choc. Je me suis dit qu’il fallait que je comprenne, que je sache qui avait fait cela et pourquoi. Je ne suis pas du tout un spécialiste de la musique. Mais je me suis demandé comment un homme comme les autres -car tous les hommes se ressemblent-, peut être amené à créer cela. Je me suis donc documenté. Et cela m’a pris beaucoup plus de temps que prévu! Si je n’avais pas eu une obligation de clore, j’y serais encore occupé tant c’est vertigineux, immense.»

Comment avez-vous procédé?

«Je devais tenir compte de mes impératifs matériels: 300 pages. Tout au long du travail de conception, je pensais donc en termes d’économies: comment faire tenir tant d’informations en un si petit volume? Je me suis rendu compte que ce qui caractérise le livre, c’est l’utilisation des détails. Les détails aident la lecture, parce que à chaque fois, le lecteur peut s’appuyer sur quelque chose qu’il reconnait. Je devais donc à la fois garder les grandes lignes et rebondir sur les détails. C’est un peu la méthode que j’ai utilisée pour me sortir de ce piège dans lequel je m’étais mis moi-même!»

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans sa vie?
«Son côté aventureux. Le fait que c’est un personnage que beaucoup de gens n’aiment pas. Il n’a pas une très bonne réputation. On dit qu’il est terriblement égocentrique, ambitieux jusqu’au tremblement nerveux. Tout cela est vrai. Mais ce qui m’a le plus excité en cours de travail, c’est l’énergie, la fidélité à lui-même, l’obstination. Il a traversé des tas de déboires, et il a gardé ce cap qui était un rêve de jeunesse, à savoir, de faire le plus grand opéra du monde. Et il a fini par le réaliser en se servant des épreuves qu’il devait traverser comme d’atouts. C’est une grande leçon de la vie que de rebondir sur ses échecs.»

Vous écrivez des romans, des pièces de théâtre, des biographies. Comment savez-vous avant de commencer le format que l’histoire va prendre ?
«C’est une question fondamentale, à laquelle je n’ai pas de réponse moi-même. Je me la suis posée aussi à propos d’autres arts. Comment un peintre sait qu’il va faire un tableau de 80 cm sur 50 cm ou 8 m sur 2? Comment un musicien décide qu’il va composer une symphonie ou une sonate? C’est le mystère même de la création. L’art, c’est d’abord une forme. On considère l’auteur du point de vue du résultat. Mais le désir d’une telle forme, si ce n’est pas le résultat d’une demande, c’est arbitraire et c’est étrange. Je pense que c’est lié aussi à une connaissance de soi. On sait à peu près quelle endurance on a. C’est comme les sportifs. Il y a les sprinters et puis les marathoniens…»

Christelle

« Modèles réduits » de Jacques De Decker, éditions Le bord de l’eau, collection La Muette, 208 pages, 18 €

« Wagner », de Jacques De Decker, éditions Gallimard, collection Folio biographie, 280 pages, 8,20 €

Cote: 3/5

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