Philippe Lambillon, bourlingueur depuis vingt ans

Depuis 1991, Philippe Lambillon sillonne les zones les plus inhospitalières de la planète, nous livrant ses bons conseils de survie dans ses fameux «Carnets du bourlingueur » (RTBF). Pour fêter les vingt ans de l’émission -achetée par de nombreuses chaînes de télévision et diffusée dans plus d’une centaine de pays-, une BD a été créée, ainsi qu’un carnet plein de bons conseils.  Des expériences, incroyables, souvent cocasses et frisant parfois l’absurde à (re)découvrir pour être paré face à toutes les situations!

Comment est née l’idée des «Carnets du Bourlingueur»?
«L’idée des ‘Carnets’ elle-même vient d’un fait divers que j’avais lu dans la presse au sujet d’un couple de voyageurs avec enfants qui avait été retrouvé mort à quelques kilomètres d’une piste en Algérie. Ils étaient tombés en panne avec leur voiture, n’avaient pas d’eau. Ils sont partis pour trouver des secours, se sont perdus, et on les a retrouvés tous morts. Je me suis demandé comment on pouvait faire une chose pareille. Il y avait de l’eau dans le lave-glace et dans le radiateur, ils auraient dû rester près du véhicule et survivre grâce à ce qu’ils avaient sous la main. Pour le tout premier carnet, j’ai recréé la situation dans le désert, où ma jeep tombait en panne. J’ai bu l’eau du lave-glace parce qu’il n’y avait pas d’antigel avec, j’ai expliqué comment on arrivait au robinet d’un radiateur, et puis j’ai mis le feu au pneu parce qu’un pneu qui brûle, cela se voit à 30 kilomètres…»

L’émission a beaucoup évolué depuis ses débuts?
«Au départ, c’était de la survie pure. Je me suis retrouvé dans des situations extrêmes un peu partout dans le monde. Que fait-on quand un avion s’écrase en pleine jungle? Puis je me suis retrouvé perdu en mer, dans un remake avant ‘Titanic’ d’un cargo qui coule. C’est vrai que ce n’est pas le quotidien de tous les voyageurs, mais pourquoi pas! Puis, petit à petit, au bout de près de 300 numéros, c’est parti dans tous les sens. De la survie, c’est devenu un peu de l’ethno, du conseil, de la découverte. Je brasse très large. Le plus dur c’est d’être toujours original et, après 20 ans, de toujours intéresser les gens.»

Depuis le lancement de l’émission en 1991, combien d’endroits avez-vous bourlingué?
«Ce serait plus facile de vous dire les endroits où je ne suis pas encore allé! Il y a des pays où c’est très compliqué comme la Lybie, ou des pays en conflit comme le Soudan. Dans les tournages, on n’est ni accompagnés, ni financés. On entre dans le pays avec nos sacs à dos, nos caméras démontées. On fait nos petits reportages sans prévenir tout le monde. Le principe, c’est d’être assez libres, apolitiques. Il y a tellement de pays que ce serait ridicule de prendre des risques pour tourner les ‘Carnets’ dans des pays en guerre. Et puis, il y a des pays comme le Japon, les Etats-Unis, où l’on tourne très peu car c’est moins original et surtout, cela entamerait méchamment notre budget qui est très limité. On tourne dans des zones où le coût de la vie est peu élevé. On est une équipe de trois et on a très peu de moyens. On vit avec les gens, on prend les bus locaux. C’est d’ailleurs aussi un peu là que je trouve mon inspiration.»

Quelle est votre pire expérience vécue dans le cadre de cette émission?
«Ce sont les rapports avec la police ou les militaires. Les contrôles douaniers où il faut toujours monnayer son passage. L’attente avec un policier plus véreux qu’un autre qui exige des sommes qu’on ne peut pas payer. Les problèmes que je rencontre en général et qui peuvent se résoudre assez facilement sont de cet ordre-là. Il y a des problèmes de  santé évidement. Mais contrairement à ce que la plupart des gens croient, je prends très peu de risques en m’approchant de très près d’un rhinocéros ou en capturant un piton de 60 kg. C’est, d’après moi, moins  risqué que de m’aventurer en forêt avec des Pygmées, d’y vivre pendant 15 jours et d’être là à la merci des bactéries, des microbes, etc. Les risques ou les pires souvenirs que l’on encourt sont donc plutôt une malaria que j’ai ramenée. Cela, c’est pour le mauvais côté du boulot parce que pour le reste, c’est une découverte au quotidien, c’est le monde de la débrouille. Quelque part, si l’on peut parler de meilleur souvenir, c’est que dans des situations extrêmes, il y a toujours une solution. Et que l’on peut vivre avec très peu de choses quand on n’a rien.»

Les méthodes que vous présentez, notamment dans le livre, ont toutes été réellement été testées?
«Oui. Mais sauf si on est dans une situation vraiment extrême, il vaut mieux pour certaines choses, ne pas les mettre en pratique! Je mets en garde au début du livre. J’ai vu plusieurs fois mon fils capturer des faucheuses, des bourdons et les mettre en bouche quand il était gamin parce qu’il m’avait vu faire! Même si cela paraît invraisemblable parfois, c’est cela qui est drôle! On a tendance à exagérer juste un peu parce que l’on est à l’image. C’est sûr que même si je ne suis pas vraiment mordu par un serpent, les gens en ont l’impression. Mais j’ai recoupé mes informations avec des gens sur place. Je prends des notes, je fais des photos, je filme. Les trucs que je donne figurent dans les us et coutumes en Asie ou en Afrique.»

Le cactus, les blattes, les araignées… C’est bon?
«Oui, le cactus, c’est bon! Au Mexique, c’est considéré un peu comme une pastèque ou du melon. J’en ai mangé souvent, ce n’est pas mauvais, même cru. Les blattes, c’est évidemment un autre rayon. Mais sur les marchés en Asie, on vend de tout: des scorpions grillés, des blattes, des punaises, des abeilles.»

Et il y a les araignées aussi…
«J’ai eu un problème un jour sur un tournage avec une mygale que j’ai voulu manger! Le soleil baissait, il fallait boucler la scène. Je prends donc la mygale qui était morte, la met dans une espèce de sandwich. J’avais bien fait sortir les pattes pour voir ce que je devais croquer. Mais face caméra, je l’ai visiblement mal dirigé, j’ai croqué dans l’abdomen de l’araignée, et choppé une flopée de poil urticant dans la langue. Ma langue a triplé de volume! J’en ai fait une séquence après d’ailleurs. On était isolés. Le caméraman était mort de rire parce qu’il a cru que je plaisantais. Et là, il m’est revenu dans la tête tous mes conseils. Enfoncer un bambou dans la gorge… Qu’ensuite j’ai un peu adapté en disant qu’on pouvait aussi se servir d’un stylo parce qu’on n’a pas toujours de bambou sous la main. Heureusement j’avais des antihistaminiques, car on se déplace quand même avec une pharmacie complète!»

Vous avez une formation de secouristes quand même?
«Même pas! Pour ce qui est des médicaments, j’ai quand même une certaine connaissance. Je fais les vaccins de base parce que c’est obligatoire, mais à part cela, je ne prends rien de préventif. Sinon, je serais toute l’année sous médicaments!»

Et les feuilles de chou permettent vraiment de soigner la gueule de bois?
«Oui, la migraine et la gueule de bois, c’est surprenant! Je l’ai découvert dans un village, où il y avait des types couchés avec tous une feuille de chou sur le visage. J’ai d’abord cru que c’était une tradition. Mais en fait, ils avaient fêté un enterrement. Ils étaient tous ivres morts. Et les femmes avaient déposé une feuille de chou sur leur visage. J’ai pensé que c’était en signe de deuil. Elles m’ont expliqué que c’était parce qu’ils étaient bourrés et que le contact du chou avec le crâne avait un effet bénéfique. Par contre, cela n’a aucune incidence sur l’alcool-test! Pas sûre qu’une feuille de chou dans la boîte à gant puisse grand-chose pour vous!»

Christelle

«365 jours avec le bourlingueur», de Philippe Lambillon, éditions Racine, 224 pages, 14,95 €

Cote: 4/5

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