Les tribulations d’un jeune Africain

© Laurent Guiraud

Derrière un titre un brin provocateur, «L’amour nègre» -couronné du Prix Interallié 2010- raconte les tribulations d’un ado africain sur les cinq continents. Au travers de ses yeux candides, on redécouvre le monde qui nous entoure dans toute son opulence et ses excès. L’auteur, le Suisse Jean-Michel Olivier, nous parle avec affection de son héros et de sa manière bien à lui de propager l’amour… l’amour nègre évidemment!

 Comment vous est venue l’idée de ce livre?

«C’est une assez vieille histoire au fond, parce que l’idée même du livre, je l’ai eue il y a quinze ans. J’avais imaginé l’histoire d’un enfant africain, qui était sacrifié dans sa tribu dans une sorte de rite séculaire. Assistaient à ce sacrifice, des touristes européens qui ne pouvaient pas supporter cela, l’enlevaient et s’enfuyaient vers l’Europe avec l’enfant pour le sauver. Puis j’ai abandonné ce projet. J’ai écrit d’autres livres. J’y suis revenu il y a environ huit mois. J’ai continué l’histoire de ce petit Africain, mais dans des conditions un petit peu différentes. Je me suis dit qu’aujourd’hui, il ne serait probablement pas enlevé mais adopté par des stars de cinéma. Et les choses se sont enchaînées.»

L’amour nègre,  c’est un peu provocateur comme titre…

«Il y a un zeste de provocation, j’avoue. J’aime les mots tabous, qu’on n’emploie plus. Dans cette époque du politiquement correct, il y a une foule de mots qui sont tombés dans l’anonymat, que l’on n’ose plus utiliser, dont le mot nègre. Cela m’intéressait de le reprendre et de lui donner un sens un tout petit peu nouveau. On connaît l’art nègre qui est au fond l’art premier, la musique nègre qui était la manière de décrire le jazz à l’origine. Là je voulais l’associer à l’amour parce que ce personnage a une sorte d’amour universel, une sorte d’amour total, impulsif, généreux, qui le porte à s’ouvrir aux autres et aux femmes en particulier.»

Le personnage d’Adam, c’est votre façon de faire une critique du monde moderne et de ses excès.

«Tout à fait. C’était l’idée du livre de promener un regard neuf et naïf, qui est celui d’un enfant de 11 ans au début du livre, à travers cet univers un peu invraisemblable auquel on s’habitue plus ou moins bien. L’univers du luxe, du superflu, de l’obsession technologique, de l’obsession de l’apparence. C’était important que cette critique passe par le regard de quelqu’un qui est étranger à tout cela et qui découvre avec effarement que ce monde blanc, occidentalisé, mondialisé, a pris le pouvoir sur pratiquement toute la planète. Que ce soit aux USA où c’est le plus évident bien sûr, mais aussi en Océanie, en Asie, et puis dans la dernière partie en Europe. C’est une manière de critiquer les obsessions du monde contemporain.»

Dans quel genre classeriez-vous ce livre?

«Pour moi, c’est une sorte de conte philosophique. C’est-à-dire qu’il y a à la fois l’aspect ludique, léger, farfelu avec quand même pas mal d’humour, des scènes invraisemblables, les événements qui n’arrêtent pas de défiler. Et puis on peut le lire à un deuxième degré, où l’on trouve à la fois une vision du monde contemporain et une critique de ce mode de vie à l’américaine qu’on a tous plus ou moins adopté en Occident. C’est le rire jaune au fond. On passe de l’amour nègre à l’humour jaune!» 

Vous êtes très people?

«Avec ce livre, j’ai fait une cure, un séjour prolongé dans l’univers impitoyables des people. Je voulais faire une sorte de satire assez amicale de ce monde du paraître. Et puis comprendre aussi les dangers d’appartenir à ce monde-là, qui signifie être sans cesse en représentation, sous les projecteurs, et découvrir quelle part de sa personnalité on peut garder en soi.» 

Même si vous changez les noms, on reconnaît Brad Pitt, George Clooney,…

«Oui, c’est pour gagner du temps en quelque sorte. Je voulais que le lecteur fasse tout de suite la connexion avec des personnages réels. Après, je détoure un tout petit peu ces personnages, car je leur fais évidemment vivre des aventures qu’ils n’ont pas vécues. C’est un peu comme un film. On fait le casting et puis on déroule le scénario.»

C’est aussi une balade musicale… Vous y citez de nombreux morceaux.

«La musique est vraiment une part importante de ma vie. J’adore cela. Pour ce livre-ci, je voulais qu’il y ait une sorte de bande-son comme au cinéma, et qu’à chaque scène ou presque, un morceau y soit associé.»

Votre roman a été couronné du prix Interallié. Cela vous fait quoi?

«De l’étonnement parce que je n’étais pas le favori: ce livre était un peu l’outsider et finalement, il a réussi à se faufiler! Du bonheur aussi parce qu’évidemment, c’est un peu le rêve de tout écrivain d’avoir un livre qui reçoit sur lui les projecteurs de la critique. Et puis aussi une certaine responsabilité, se dire qu’il faudra enchaîner, que cela va vous poursuivre toute la vie. Mais cela, c’est un peu tôt pour y penser.»

Vous pensez que cela va changer quelque chose dans votre manière d’écrire vos prochains romans?

«Oui, je pense. Il y a des écrivains qui écrivent toujours plus ou moins le même livre, même peut-être inconsciemment. Moi, je n’arrive pas à écrire deux fois la même chose. J’ai besoin de changer d’univers à chaque livre. Probablement que le prochain sera différent de celui-ci, et évidement, quand le précédent a eu beaucoup de succès, il faut enchaîner, essayer de ne pas décevoir les lecteurs… Cela met une certaine pression. Mais j’essaie de voir cela comme une pression positive!»   

Christelle

En quelques lignes
Échangé par son père contre une TV à écran plat, Moussa, un jeune Africain de 11 ans, est emmené par un couple de stars adoptant des enfants à tour de bras. Désormais, il s’appelle Adam et passe ses journées à glander dans l’immense propriété de ses nouveaux parents à Hollywood. Désœuvré, il multiplie les bêtises et ses nouveaux parents finissent par l’envoyer vivre sur une île d’Océanie, auprès d’un vieil ami à eux, un autre acteur célèbre qui vante les mérites de capsules de café… Mais une fois encore, Adam parvient à s’attirer des ennuis et est forcé de s’enfuir. Il atterrit en Asie où il fait la connaissance d’une riche femme Suisse qui l’adopte en quelque sorte à son tour et le ramène en Suisse avec elle dans ses bagages… avant de le jeter une fois sur place après utilisation. Jamais en manque de ressources, Adam fait alors la connaissance d’un drôle de marabout africain, bouclant d’une certaine façon, la boucle de son parcours…

 «L’amour nègre», de Jean-Michel Olivier, éditions de Fallois/l’Age d’Homme, 350 pages, 18,50 €

Cote: 4/5

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