Une reine sans couronne

 

© Charles Dolfi-Michels

Yann Kerlau nous plonge en plein cœur du 17e siècle et ressuscite la reine Christine de Suède, une reine sans royaume, mais non sans panache…

Pourquoi avoir choisi d’écrire sur la reine Christine de Suède?
«Parce que c’est un personnage extraordinairement moderne. Même si l’action se situe au 17e siècle, elle pourrait tout aussi bien se situer maintenant. C’est une femme d’avant-garde, qui détestait les contraintes et qui, en décidant d’abjurer sa foi, a perdu son trône mais a acquis parallèlement toutes les libertés. C’est pour cela que je la trouve très proche de nos contemporains dans cette extraordinaire faculté de vivre en avance sur son temps.»

Ce livre est un roman raconté comme des mémoires. Quelle est la part de vérité?
«Ce qui était très important pour moi, c’est qu’il y a cette toile de fond de l’histoire, d’être juste dans les événements qui ont marqué l’époque. Là, je ne me suis pas autorisé de liberté particulière. Par contre, je m’en suis autorisé dans l’analyse de son caractère, des hommes, des femmes qu’elle a rencontrés. Certains sont réels, d’autres fictifs. Elle était l’amie et la familière des princes qui, eux, ont tous existé. Elle a rencontré Mazarin, Louis XIV, le roi d’Espagne. Elle a connu un certain nombre de papes. Et puis il y a eu sa vie, presque d’aventurière, pour laquelle, je me suis aussi permis un certain nombre de libertés.»

Qu’en est-il de ses histoires d’amour?
«Même si certaines ont été un peu enjolivées, c’était une femme qui voulait absolument tout connaître. Aussi bien les passions avec les hommes, que les passions avec les femmes. Et surtout, elle voulait connaître l’amour, qu’elle a poursuivi tout au long de sa vie. Elle a aimé beaucoup et été peu aimée. C’est donc un destin assez cruel. Comme quoi on peut avoir l’intelligence et le manque de chance en amour, ce qui était un petit peu son cas. Mais ce qui est important, c’est qu’elle est allée jusqu’au bout de ses histoires d’amour. Quelques fois tragiquement.»

Cela lui a valu quelques ennuis…
«Oui, parce que quand vous faites assassiner un de vos amants dans une résidence qui appartient au roi de France, cela fait quelque peu mauvais effet! Je crois que les femmes se vengent mieux que les hommes. Nous, les hommes, sommes plus immédiats. Je pense que la vengeance des femmes est une chose que nous devons craindre. Parce qu’une femme est déterminée à aller jusqu’au bout. Et on le verra dans ce que va faire Christine de Suède tout au long de sa vie. Quand elle est trahie, elle se venge. Et sa vengeance est à la fois empreinte de panache et mais aussi méticuleuse dans les détails.»

A travers Christine de Suède, c’est aussi le portrait d’une époque que vous dressez.
«Disons que j’ai essayé de donner du corps à ce 17e siècle. Mais ce n’est pas un livre qui nous parle d’histoire. C’est un livre qui parle des sentiments d’une femme, de nos croyances, de nos doutes. Pour moi, c’est un roman contemporain sur un fond d’histoire.»

Vous avez fait beaucoup de recherches?
«Oui, mais c’était passionnant! J’avais lu environ 4.000 ou 5.000 pages sur elle et son époque, et cela m’a donné la liberté d’écrire. Une fois que l’on connaît bien la toile de fond de l’histoire, cela vous permet d’avoir toute latitude pour écrire le fruit de votre imagination et faire une vraie histoire.»

Quelle morale peut-on en retirer?
«Je n’aime pas du tout les morales de l’histoire, mais si on devait en retirer une, ce serait vivre sa vie jusqu’au bout, sans jamais faire de concession.»

Christelle

En quelques lignes
Très jeune, la reine Christine de Suède renonce à sa couronne et à la voie qui lui était toute tracée pour se convertir au catholicisme. Elle quitte donc la cour de Stockholm pour s’installer à Rome, où elle vit entourée de savants et d’artistes. Sous la plume  de Yann Kerlau, qui donne à son roman des allures d’autobiographie, cette reine sans royaume se positionne sur l’échiquier politique européen du 17e siècle. Courtisée par les personnages les plus influents de son temps, elle mène une vie dépensière et tapageuse, presque d’aventurière, et n’hésite pas à faire assassiner ses amants… Un portrait de femme hors du commun assurément.

«L’échiquier de la reine», de Yann Kerlau, éditions Plon, 607 pages, 23,90 :€

Cote: 3/5

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