Patrick Bauwen, seul à savoir… ou presque

© Arja HYYTIÄINEN / ALBIN MICHEL

Facebook et ces parfaits inconnus qui vous proposent parfois d’être votre ami sur le réseau social avaient de quoi titiller l’imagination débordante de Patrick Bauwen. Ce médecin urgentiste, écrivain à ses heures, y a rajouté sa petite touche personnelle, à savoir quelques prouesses scientifiques et des personnages attachants, pour nous offrir un thriller riche en rebondissements.

 Vous êtes sur Facebook?

«Oui! J’ai 700 amis. Ce n’est pas un site de fan, c’est ma page Facebook à moi. Ceux qui veulent être amis avec moi, sont amis avec moi et voilà! On discute. Je me suis fait beaucoup d’amis sur Facebook en discutant réellement avec eux. Ce n’est pas un site promotionnel où je fais la promo de mes livres. C’est vraiment pour discuter.»

Et si quelqu’un vous propose de jouer avec lui?

«Je serais sûrement intrigué! Est-ce que je répondrais? C’est possible. Cela dépend des arguments! Si la personne me contacte avec un appât qui me fait mordre à l’hameçon, pourquoi pas. Si quelqu’un me parle de mon passé ou de quelqu’un que j’ai connu dans le passé et à qui il est arrivé quelque chose, cela va m’interpeller c’est sûr! On est toujours très prudent quant à ce qu’on laisse traîner sur des sites internet concernant notre vie privée, etc. Et puis on rentre à la maison, on se connecte à Facebook et là toutes les barrières tombent. On oublie complètement que c’est un réseau public et on met en ligne joyeusement les photos de nos gamins, nos goûts, plein d’infos complètement personnelles. Il suffit de répondre oui à la demande d’un parfait inconnu d’être notre ami pour qu’il ait tout à coup accès à toutes ces infos. Malgré tout, j’adore ce réseau! Je trouve cela bienveillant et sympathique. Mais que se passerait-il si quelqu’un de mal intentionné y pêchait ses infos? C’est tout l’argument du livre!»

On n’y trouve rien de compromettant sur vous?

«Non, parce que je n’ai pas une vie très compromettante! J’ai une vie moins glamour que les héros de mes livres! Il n’y a pas de photos de moi sous la douche sur Facebook!»

Nathan est responsable du service des urgences, comme vous. Vous avez d’autres points communs?

«J’ai beaucoup de points communs avec les deux personnages principaux du livre puisque je mets toujours un maximum de mes émotions et de mon travail de médecin urgentiste dans les histoires. Toute la jeunesse de Marion, tout ce qu’elle fait à l’Hôtel-Dieu, c’est vraiment autobiographique puisque, en gros, j’ai vécu les mêmes moments qu’elle… sauf que je n’étais pas amoureux de ma chef à l’époque! Je trouvais intéressant de raconter un petit peu comment cela se passait. Après, tout ce qui arrive au niveau chirurgical autour de Nathan, les références scientifiques etc, c’est plutôt mon quotidien actuel, puisque je travaille dans un service de SOS main.»

La science sera réellement capable un jour de faire repousser des doigts?

«Oui, les études dont je parle sont réelles. C’est vraiment à l’ordre du jour. La régénération, c’est même quelque chose qui est étendu à l’ensemble de la médecine.»

Ce n’est pas trop difficile de se glisser dans la peau d’une héroïne féminine quand on est un homme?

«Tout ce côté féminin m’intéressait beaucoup! Cela m’a permis de critiquer ouvertement les hommes sous un tas d’aspects variés. Le fait de le faire dire à une femme n’a pas la même résonance que si c’était un homme! Je vis dans un milieu très féminin. J’ai une oreille tendue à chaque fois que j’entends des propos féminins: c’est une mine d’or pour moi! Il y a des dialogues entiers qui sont copiés collés de mes collègues secrétaires, infirmières. La vie de Marion, la trentenaire qui galère un peu avec les mecs et qui dit ‘je suis la parfaite Bridget Jones: chez moi il y a un chat et un frigo vide’, cela, c’est copyrighté directement d’une des infirmières de mon service.»

Et vos collègues se sont reconnues?

«Bien sûr! D’ailleurs, il y a un tas de personnages réels dans ce roman-ci. Je le fais toujours dans mes livres, mais là il y en a dans tous les coins! Ce sont des private joke pour eux. Quand Marion et sa copine ont un accident de voiture, elles sont emportées dans la clinique dans laquelle je travaille: le médecin avec les initiales PB sur sa blouse qui les reçoit, c’est moi! Donc même moi, j’y passe! J’ai mis aussi plein de copains. Ce n’était que justice étant donné que je leur ai copieusement volé des dialogues!».

Seul à savoir, c’est aussi un peu l’écrivain juste avant d’envoyer votre manuscrit à votre éditeur. Cela fait quoi?

«C’est jubilatoire et terrifiant, les deux à la fois! Parce que je ne dis pas grand-chose à mon éditeur avant d’envoyer le manuscrit. Je donne un vague pitch de ce que je vais faire, mais pour préserver la surprise et les rebondissements, je ne dis presque rien.»

Mais vous, vous connaissez toujours  la fin de l’histoire?

«Oui, je connais toujours la fin, parce que le thriller, c’est un genre littéraire assez exigeant. C’est une promesse faite au lecteur. Si on ouvre un de mes bouquins, forcément il y aura des rebondissements régulièrement et une ou deux surprises de taille à la fin! Donc je suis obligé de calculer tout cela à l’avance.»

Vous écrivez en musique, avec les musiques suggérées en début d’ouvrage?

«Je n’écris pas en musique parce qu’au moment où j’écris, il faut vraiment que ce soit précis. Mais par contre je conçois les scènes en musique systématiquement. Je me passe les musiques en boucle. Les personnages défilent comme un film devant mes yeux et j’imagine tout un tas de situations possibles. C’est un très bon moyen pour laisser partir mon imagination dans un sens ou dans un autre. Ici, la musique de Keane a beaucoup joué. C’est une musique très romantique, elle m’a beaucoup servi pour imaginer certaines situations du livre.»

Vous travaillez déjà sur le prochain?

«Toujours. Lorsque j’ai fini un bouquin, je suis déjà dans le prochain. Très souvent, pendant que j’écris le livre, il y a un certain nombre d’idées que j’écarte parce qu’elles sont en trop. Je les mets dans un tiroir avec des feuilles empilées dans tous les sens en me disant que je pourrais peut-être exploiter cela ou cela. Et c’est souvent là que je puise la matière du suivant.»

Mais vous êtes toujours seul à savoir pour l’instant…

«C’est toujours secret. Seul à savoir!»

Le succès remporté par vos thrillers ne vous donne pas envie de vous consacrer uniquement à l’écriture?

«Non, je ne l’ai jamais envisagé. La médecine et l’écriture sont deux parties complètement différentes de ma vie. La médecine d’urgence, c’est super. Cela me permet vraiment d’être surpris tous les jours, de savoir pourquoi je me lève le matin. C’est vraiment très satisfaisant de pouvoir aider des gens au quotidien. L’écriture au contraire, c’est quelque chose de très solitaire et c’est au long cours. Ma vie c’est d’être médecin, et l’écriture, c’est la cerise sur le gâteau.»

Vos thrillers pourraient être adaptés au cinéma?

«C’est toujours possible, mais je reste assez distant par rapport à cela car c’est un peu un miroir aux alouettes. Si un jour cela se fait, je serai ravi. Mais c’est un autre métier. Si quelqu’un s’emballe et en fait quelque chose à sa sauce, très bien! Exactement comme Guillaume Canet a réussi une superbe adaptation de ‘Ne le dis à personne’ en réinterprétant complètement le livre d’Harlan Coben. C’est cela qui en a fait un super film! Donc il faut laisser les gens qui en ont envie en faire ce qu’ils veulent. C’est leur passion qui va donner un bon film, pas ma volonté à moi. Je ne travaille pas moi dans l’optique que cela soit adapté.»

Christelle

EN QUELQUES LIGNES

Il y a quinze ans, Marion, alors étudiante en médecine, a vécu une grande histoire d’amour avec un brillant chirurgien, Nathan, l’homme de sa vie. Jusqu’à ce qu’il disparaisse du jour au lendemain, sans laisser de trace. Quelle n’est donc pas sa surprise quand elle reçoit sur Facebook un message d’un certain «Troyen» qui affirme savoir ce qui est arrivé à Nathan et lui propose de «jouer avec lui». Marion accepte bien sûr et là voilà lancée dans un jeu de piste infernal avec suspense, amour et rebondissements jusqu’au coup de théâtre final, sur fond de nouvelles technologies et de recherches médicales de pointe (mais on n’en attendait pas moins de Patrick Bauwen, par ailleurs médecin urgentiste dans la région parisienne). Bref tous les ingrédients qui ont fait le succès des précédents de l’auteur thrillers («L’œil de Caine» et «Monster») sont à nouveau réunis pour empiéter sans vergogne sur notre temps de sommeil. Alors on se dépêche de tourner les pages pour être, à notre tour,  seul à savoir… ou presque!

«Seul à savoir» de Patrick Bauwen, éditions Albin Michel, 416 pages, 19 €

Cote: 4/5

www.patrickbauwen.com

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