La Belgique, version féministe

© Jeremy Stigter

Après deux recueils de nouvelles couronnés par de nombreux prix, l’auteur belge Bernard Quiriny nous livre un premier roman qui risque fort bien de vous donner envie de fuir la Belgique au plus vite! Pas qu’il y soit question de querelles communautaires (ce qui, finalement, semble de la gnognote par rapport à ce que l’esprit inventif de l’auteur est capable de nous concocter). Il a en effet imaginé une Belgique théâtre d’une révolution inédite, d’inspiration prétendument féministe.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer au roman?
«Le sujet détermine la forme. Les nouvelles que j’avais écrites étaient des histoires fantastiques et le fantastique se coule naturellement dans le moule de la nouvelle. Donc du coup, les histoires que j’écrivais avant étant des histoires fantastiques, elles sont devenues des nouvelles. Celle-ci n’étant pas une, cela aurait été beaucoup trop court d’en faire une nouvelle. Je n’ai donc pas voulu faire un roman, j’ai voulu parler d’un sujet qui nécessitait qu’on en fasse un roman.»

Comment vous est venue l’idée de ce livre?
«Cela faisait longtemps que je voulais parler des régimes totalitaires au 20e siècle, un sujet qui m’a toujours intéressé. Mais je ne voulais pas écrire un roman historique. Il fallait donc que je prenne la chose d’une manière un peu décalée. C’est pourquoi j’ai tout translaté par l’absurde. Au lieu d’avoir un gros état totalitaire, moi j’en ai créé un tout petit situé juste à côté. Et au lieu que ce soient des bolcheviks ou des maoïstes, ce sont des féministes. Cela aurait pu être n’importe quoi d’autre. Cela aurait marché aussi.»

Pour créer cet état féministe totalitaire, vous vous êtes inspiré d’un pays en particulier?
«Il ressemble beaucoup à la Corée du Nord fatalement parce que c’est le seul Etat totalitaire qui nous reste. C’est en tout cas le seul vrai Etat totalitaire à l’ancienne. C’est un peu le conservatoire du totalitarisme, il faut en prendre soin! Mais si la Corée du Nord est un des modèles, on peut aussi penser à la Chine pendant la révolution culturelle, au Cambodge quand les Khmers rouges ont pris le pouvoir. Ils sont tous un peu dedans.»

L’histoire se passe en Belgique. Pas question pourtant de frontière linguistique, mais plutôt d’une séparation des genres.
«Cela aurait pu marcher avec n’importe quel pays. Mais il fallait que cela se passe près de Paris puisque je mettais en scène des intellectuels français. La Chine et l’URSS, on pouvait en dire n’importe quoi parce que c’était très loin. Personne n’allait aller vérifier. Par contre, si c’est de l’autre côté de la frontière française, cela devient beaucoup plus amusant. J’aurais pu du coup choisir aussi la Suisse, l’Espagne ou Monaco. Mais comme je suis Belge, cela me paraissait plus marrant de faire cela en Belgique.»

Vous trouviez que la situation n’était pas assez compliquée comme cela?
«Non! C’est vrai qu’il y avait aussi le fait que la Belgique semble apprécier les solutions politiques étranges. »

Êtes-vous féministe?
«Ni plus ni moins que la moyenne des gens. Je ne suis pas aussi féministe et aussi fanatique que les féministes du roman.»

Christelle

En quelques lignes
Pour son premier roman, Bernard Quiriny imagine une Belgique devenue un régime totalitaire, sorte d’apartheid excluant les hommes de toute vie sociale, quand ils ne sont pas tout bonnement castrés! L’histoire est un récit croisé, raconté tantôt par un groupe d’intellectuels français «féministes», tantôt par une sujette du régime, Astrid. Premiers étrangers à qui ce pays ouvre ses portes depuis des années, le groupe de Français se laisse aveuglément guider par des brigadières soucieuses de leur donner une image positive du pays. De son côté, Astrid livre à son journal sa vie dans cet Empire. Résultat: un premier roman à la fois terrifiant et drôle, enivrant et affolant.

«Les assoiffées» de Bernard Quiriny, éditions du Seuil, 396 pages, 21 €

Cote: 5/5

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