Un thriller sur la folie

 

© Maurizio Bacci

Après un premier thriller sur les dérives de la génétique paru il y a deux ans, l’auteur franco-belge Gilles Haumont nous emmène à travers son deuxième roman dans une course folle sur le thème de la folie.

Où allez-vous chercher de telles idées?

«Je pense qu’il y a un lien avec le premier livre. D’abord parce que c’est aussi une trame de thriller. Ensuite, parce qu’il y a de nouveau une interrogation philosophique et scientifique mélangée. Mais il y a aussi dans celui-ci peut-être quelque chose de plus personnel. Le thème de la folie m’interpelle depuis très longtemps. J’y ai été confronté moi-même avec des proches. La folie, c’est quelque chose de très particulier. Le rapport que l’on a avec son cerveau est un rapport différent de ce que l’on a avec tout le reste. Donc c’est le problème de l’identité, de qui on est…»

 Vos romans sont un peu votre façon d’attirer l’attention sur les dérives scientifiques possibles?

«Tout à fait. Depuis mon premier livre, on a enfin synthétisé la première bactérie par un séquençage. Donc on peut désormais pianoter sur un ordinateur, écrire un code génétique… Il y a deux ans, je disais que ce serait possible très vite. C’est aujourd’hui chose faite. Et c’est évident que la recherche sur le contrôle des cerveaux, de ce que pensent les gens, est lancée à toute vitesse en ce moment. Or si on se met à tripatouiller dans la manière dont le cerveau fonctionne, on change notre identité humaine. Notre identité, c’est notre identité génétique, c’est qui on est et on est effectivement le résultat de 4 milliards d’années d’évolution, mais on est aussi la manière dont notre cerveau fonctionne. C’est sûr qu’il y a des dérives évidentes.»

Où trouvez-vous ces personnages? Un détective kabbaliste, une psy excentrique…

«Ce sont des gens que je croise! Le monsieur qui m’a inspiré le détective ne faisait pas ce métier-là, mais il en faisait un autre qui était proche. Aux États-Unis vous en voyez énormément des gens comme cela, ces sortes d’énormes personnes obèses et très sympathiques. J’aimais bien l’idée du détective complètement raté qui va arriver à trouver ce que personne n’est arrivé à trouver. J’aime bien aussi le personnage de la psychiatre, héritière un peu fantasque, un peu instable.»

Vergevecht, le nom de famille de votre narrateur, a une consonance un peu belge…

«Si je ne me suis pas trompé dans mon néerlandais qui n’est pas très bon car même si je suis Belge je n’ai jamais vécu vraiment en Belgique, pour moi, cela veut dire un combat lointain. Comme j’avais ce thème d’Ulysse, que le fils d’Ulysse, c’est Télémaque, et qu’en grec, telemachos, c’est un combat lointain, je trouvais que Vergevecht cela sonnait bien. Donc Vergevecht, c’est un peu Télémaque qui part non pas à la recherche de son père, mais de son fils. J’aime bien cette idée qu’on a tous une odyssée intérieure où on peut arriver aux rivages proches de la folie, puis après il faut revenir au port.»

Vous avez des attaches belges et françaises. Qu’est-ce qui vous a donné envie de situer l’intrigue aux USA?

«J’y ai vécu. Et je pense que c’est l’épicentre de la tentative de contrôle des pensées. L’exigence de normalité des Américains est quelque chose qui m’a énormément inquiété. J’ai l’impression qu’ils sont devenus un peu robotisés. La moindre déviance est inquiétante. Tout le monde doit être conforme, et si cela ne marche pas comme cela, il faut donner des pilules. Je trouve que la société américaine telle qu’elle se développe est très inquiétante. Donc situer un livre sur la folie aux États-Unis, je trouvais que cela avait du sens.»

Comment expliquez-vous ce titre?

«Le personnage principal du livre, c’est le narrateur, qui est coincé entre son propre père, fou, et son fils, dont il se demande s’il est fou. C’est donc la confrontation à la folie chez l’autre, à la différence. Finalement, on a tous une part d’irrationalité, de mystère, d’insondable qu’on a peur de réveiller. C’est pour cela que la société nous contrôle de plus en plus. C’est pour cela qu’il y a un marché absolument gigantesque des contrôleurs de toutes les humeurs. 10% des enfants en Amérique sont sous Rétiline pour soigner leur hyperactivité. Or les enfants sont hyperactifs par nature. Donc le fils du fou, c’est ce personnage perdu dans tout cela, qui est finalement normal, mais pas plus qu’un autre, qui a sa part de folie intérieure, qui est confronté à la folie du monde extérieur et qui doit se définir par rapport à cela.»

La dernière phrase du livre, c’est une fin ouverte ou bien va-t-il y avoir une suite?

«Non, il n’y aura pas de suite. J’aime bien les fins en ellipse, qui laissent la liberté au lecteur de fantasmer, de réfléchir. Dans le premier aussi, il y avait une pirouette. J’aime effectivement bien cette idée de deuxième chance, cette idée qu’on loupe une porte mais que parfois, il y en a une deuxième qui s’ouvre. Ceci dit, je me suis rendu compte qu’il y avait peut-être matière à une trilogie. Cela m’a fait penser en effet à la théorie de Freud, selon laquelle l’homme a eu trois blessures qui ont touché son ego de manière profonde. La première, c’était Copernic qui a démontré que la Terre n’était pas le centre du monde. La deuxième, c’était Darwin qui a expliqué que l’homme n’était pas une création divine, mais le résultat de l’évolution naturelle. Et c’est lui, Freud -car il n’était pas très modeste!- qui a apporté la troisième avec le fait que l’homme n’est même pas le maître de son propre esprit. J’ai déjà traité Darwin et Freud et je serais ravi de faire une histoire sur Copernic…»

Christelle  

En quelques lignes

Jean, neuf ans, s’est enfui de l’hôpital psychiatrique où il recevait un traitement expérimental contre la schizophrénie, sans que personne ne comprenne comment il a bien pu s’y prendre. Son père, Jonas Vergevecht, rendu soupçonneux par l’attitude du FBI, décide de mener sa propre enquête , épaulé par un détective privé kabbaliste obèse et une psychiatre excentrique. Lancé à sa poursuite de Jean à travers les États-Unis, ils s’aperçoivent que Jean paraît suivre une trajectoire précise et qu’il n’est pas le seul à avoir pris la route.

«Le fils du fou », de Gilles Haumont, éditions Anne Carrière, 336 pages, 20 €

Cote : 3/5

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