Une vie de chat

De l’observation à la bande dessinée, il n’y a qu’un pas… que Frank Le Gall («Théodore Poussin») n’a pas hésité à franchir. Celui qui nous avait habitués à des albums flairant bon l’aventure se lance cette fois dans un récit nettement plus proche du quotidien. Dans «Miss Annie», il met en scène une petite chatte malicieuse, intelligente et pas très obéissante. L’animal suit sa nature et se montre prêt à braver tous les interdits pour découvrir le vaste monde autour de la maison familiale. L’originalité de l’album? L’histoire est placée à hauteur de chat. Le lecteur ne découvrira donc que les jolies gambettes des maîtres de «Miss Annie», pas plus. Un album frais qui ravira petits et grands pour lequel Frank Le Gall s’est adjoint une jeune dessinatrice prometteuse, Flore Balthazar, sa compagne.  Une suite est déjà en préparation.

Comment est née «Miss Annie»?

Frank Le Gall (scénariste): «Il y a un peu moins de deux ans, Flore et moi avons acquis une petite chatte. Et cette petite coquine m’a directement refilé la toxoplasmose! Nous avons fait connaissance de cette manière. J’étais cloué dans un fauteuil et, pendant ce temps, je voyais la miss prendre possession de la maison, faire ses petites bêtises et découvrir de nouvelles cachettes. Je l’observais. M’est alors rapidement venue l’idée de raconter l’histoire de cette petite chatte vue… à sa hauteur, à niveau de genoux d’homme. J’ai tout de suite pensé à Flore pour le dessin. Elle est plongée dans le monde des félins depuis sa plus tendre enfance. Il y a eu jusqu’à cinq chats chez elle. Elle est capable de les dessiner de mémoire et leur attribuer des mouvements très réels sans les regarder.»

Tout est observation dans cet album?

 «La plupart des choses, oui. Mais pas tout, évidemment. Notre miss à nous n’est pas copine avec une souris. Heureusement! Je ne voudrais pas avoir de muridés à la maison! (rires) Tout ce qui se passe quand elle découvre le monde extérieur est du domaine de l’extrapolation. On a tous vu nos chats sortir dans le jardin, flairer les arbres, faire des trucs puis disparaître de notre vue. On ne sait pas ce qu’ils font, on ne peut qu’imaginer… surtout quand ils reviennent avec une oreille déchirée et le pif de travers…»

 Les hommes semblent avoir encore plus de mal à décerner la psychologie animale que féminine…

«(rires) Oui, je me demande si je n’ai pas fait un amalgame… (rires) C’est peut-être plutôt une autocritique. Je me suis permis de critiquer les hommes, en disant voilà nous on croit toujours tout savoir et avoir tout compris des femmes et des animaux. Mais, bien souvent, l’homme fait le coq et la femme arrange les trucs derrière son dos. C’est la vision que j’ai du couple en général. Le père (le maître de Miss Annie, ndlr) est un peu ridicule quand il imagine tout régenter.»

 Bonne idée que ce découpage en chapitres qui donne un certain rythme au récit et relance l’intérêt du lecteur…

«Ce n’était pas du tout une idée de départ. Elle nous est venue lors de l’écriture du scénario. Cette structure en chapitres renforce le côté ‘roman’. Le format du livre s’y prête d’ailleurs fort bien. Et comme le récit évoque une petite quête initiatique, ce n’est pas plus mal d’y mettre des jalons, pour que l’on sente mieux les différents passages.»

Flore Balthazar publie avec «Miss Annie» son premier album et voilà qu’elle bénéficie déjà d’un tirage limité en noir et blanc pour accompagner la sortie de l’album couleur…

«Flore rêvait d’avoir une édition en noir et blanc. Je lui disais de ne pas y croire. Les éditeurs ne proposent un tirage de tête qu’aux auteurs dont ils sont certains du succès commercial. Et puis voilà que notre éditeur chez Dupuis, José-Louis Bocquet, nous appelle pour nous proposer l’édition noir et blanc! Le noir et blanc met très bien en valeur le travail de Flore, notamment tout son travail sur le pelage du chat. La couleur a tendance à aplatir le travail dans le trait très grisé.»

Travailler en couple, un avantage ou un inconvénient?

«On travaille ensemble dans la même pièce, face à face. L’avantage c’est que, pour «Miss Annie», j’écrivais une page ou deux puis je les présentais à Flore et lui demandais ce qu’elle en pensait. La réaction était immédiate, ce qui me permettait de rectifier le tir aussitôt. Idem du point de vue du dessin, je pouvais me pencher sur son dessin et lui souffler mes commentaires. Etant un couple, la relation n’est absolument pas la même. Il n’y a pas de problème d’ego.»

Anne-Sophie

 «Miss Annie», de Flore Bathazar et Frank Le Gall, éditions Dupuis, 78 pages, 13,50 €

Il existe également un tirage de tête noir et blanc numéroté et signé par les auteurs.

 Cote : 3/5

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