Didier van Cauwelaert sur tous les fronts

 

© Denis Félix

Actuellement sur tous les fronts, Didier van Cauwelaert a fait une pause entre deux épisodes de sa série pour ados «Thomas Drimm» pour publier une très belle histoire d’amitié et écrire une pièce de théâtre, tandis que s’achève tout doucement l’adaptation cinématographique de son roman «Hors de moi»…

Comment vous est venue l’idée de votre dernier livre, «Les témoins de la mariée»?

«Le point de départ, c’est une histoire vraie qui s’est passée il y a une dizaine d’années. C’est l’histoire d’un homme qui fait la surprise à ses amis de se marier et qui meurt juste avant le mariage. C’est le photographe Jeanloup Sieff qui m’a raconté cette histoire en me disant que c’était un sujet pour moi. Avant de mourir lui-même quelque temps après.»

Et comment le personnage de Yun est-il né?

«Il est né par un autre biais. Cette histoire me travaillait dans la tête depuis dix ans. Mais pour pouvoir l’écrire, il fallait que je sache qui était cette Chinoise. Puis, lorsque mes romans ont été traduits en chinois,  j’ai reçu une lettre chez Albin Michel d’une étudiante chinoise qui avait lu ‘LEvangile de Jimmy’ en chinois, et me demandait si elle pouvait en avoir un exemplaire en français car là-bas, il était introuvable. Elle m’a écrit dans un français un peu bizarre: ‘J’aimerais apprendre le français dans vous’. (Rires) Comment voulez-vous résister? J’ai donc fait en sorte qu’elle apprenne le français dans moi, en lui faisant parvenir le livre. Elle m’a écrit peu de temps après. Ce qui m’a fasciné, c’est la vitesse à laquelle elle a assimilé la langue, mais à travers mon style. J’avais l’impression de lire des lettres écrites par l’un de mes personnages. Et je me suis dit que cela ferait un beau personnage à confronter avec nos cultures vieillissantes et un peu sclérosées. Ces deux idées se sont mariées.»

Vous connaissez bien la culture chinoise.

«Oui. Je l’ai encore approfondie dès le moment où il y a eu l’envie d’écrire ce livre, parce que je ne connais bien que les choses parce que j’écris dessus. L’énergie, la curiosité que je déploie, c’est parce que je suis en train d’écrire une histoire, que les personnages parlent à travers moi et que j’ai envie d’en savoir plus. »

L’amitié est au cœur de ce roman. Vous avez des meilleurs amis comme ceux de Marc qui vous ont inspiré pour ce livre?

«C’est la première fois que je raconte une amitié de groupe. En général mes personnages sont plus des solitaires ou des gens exclus d’un groupe. Cette histoire-ci m’a ramené à une amitié que j’ai vécue, issue du théâtre, un moment très important de ma vie au collège. Je ne peux pas dire que j’ai conservé comme dans le livre quatre relations de cette époque-là, mais il y a au moins encore une personne de cette époque-là présente dans ma vie . Le reste, c’est le travail du romancier! »

C’est un roman à quatre voix.  Dans la peau duquel de ces personnages avez-vous préféré vous glisser ?

«Marlène évidemment! (Rires) Mais au de-là de la notion de plaisir, c’est la notion de distance: essayer de comprendre une femme de l’intérieur, dans son regard sur les hommes. C’est un safari gourmand pour un homme, quelque chose d’important! C’est une rencontre comme on en fait dans la vie, avec en plus le fait d’essayer de voir le monde, les gens avec ses yeux. En même temps, ce n’est pas un hasard si c’est elle qui est le pivot du suspense, entre le lecteur et Yun. C’est la première qui a des doutes, l’intuition. Pour moi, cela ne pouvait venir que d’une femme, parce que les hommes sont trop aveuglés!»

C’est vous qui le dites!

«Oui! Vous pouvez me citer!»

Et vous, jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour vos amis ?

 «Il est évident qu’il y a un questionnement dans le livre qui me concerne. Est-ce qu’on peut et est-ce que l’on doit essayer de faire le bien des autres malgré eux? Est-ce que quand on décide que leur vrai talent est là, il faut les bousculer, les obliger à sortir d’eux-mêmes, est-ce qu’on a raison? C’est vrai que je me suis retrouvé moi-même souvent dans cette situation. Plus les gens que j’aime sont heureux et épanoui, plus je suis heureux. Donc parfois, j’essaie de vaincre chez les autres leurs blocages avant d’en venir à me demander si j’ai raison ou pas.»

L’idée du livre, c’est «c’est quand on a tout perdu qu’on se retrouve»?

«Oui, c’est une phrase importante pour moi, dans les deux sens d’ailleurs. On se retrouve dans le groupe, entre amis mais on se retrouve aussi soi-même. L’ambiguïté est intéressante dans la formulation. Je pense que tant qu’on n’a pas perdu l’essentiel, on a toujours peur de le perdre.»

D’où vous vient cet esprit machiavélique ?

«Vous me trouvez machiavélique ? Non.  Je suis tout simple… »

Marc en tout cas, l’est…

«Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le machiavélisme pervers du pouvoir, de l’ego, etc. C’est cette espèce de machiavélisme amoureux ou amical, du metteur en scène. Cette notion de metteur en scène est très importante: ce n’est pas seulement mettre en scène un personnage de fiction, c’est aussi savoir que demander à un être réel pour qu’il puisse incarner le mieux possible le personnage qu’il porte au fond de lui ou la situation pour laquelle il est fait. Donc pour cela, il faut connaître la personne de l’intérieur. Connaître ce qu’il pourrait être et qu’il n’ose pas être. Pour moi, ce n’est pas du tout du machiavélisme péjoratif, c’est un machiavélisme nécessaire, lorsque les gens sont enfermés dans des timidités, des blocages… ou le pire dans de l’orgueil qui empêche de faire quoi que ce soit par peur d’être jugé.»

Où en est le deuxième tome de Thomas Drimm?

«Il est en cours. Il paraîtra en novembre, si tout va bien.»

Comment est né ce personnage?

«Lui aussi, cela fait longtemps que je le portais. Il y a une part de moi quand j’étais enfant, adolescent. Ce côté à la fois très solitaire et très axé sur les autres, sur les jeunes femmes, les adultes pour comprendre comment ils fonctionnent, et sur le monde tel qu’on n’a pas envie qu’il devienne.»

Vous en connaissez déjà la fin?

«Oui. Mais je risque d’avoir des surprises d’ici là. (Rires) Cela peut être une autre fin. Cela arrive souvent dans mes livres. J’ai toujours un plan, une trajectoire. Et souvent, elle évolue!»

Ces aventures sont prévues en cinq tomes?

«Oui, si je tiens le coup!»

Vous avez aussi une nouvelle pièce de théâtre, «Le rattachement», qui sera jouée prochainement à Nice?

«Voilà! On l’a créé à Nice où elle sera jouée du 12 au 20 juin, avec Alexandra Lamy, Mélanie Doutey et Samuel Labarthe. On la reprendra sans doute à Paris la saison suivante.»

Et puis en Belgique?

«C’est très possible!»

Au centre de cette pièce, un personnage controversé de l’histoire, Napoléon III…

«Les personnages controversés m’intéressent. Parce que d’où vient la controverse ? Souvent, ce sont des gens très bien qui gênent des gens moins bien et qu’on charge de tous les péchés et tares du monde. C’est le cas de Napoléon III, dont le bilan est absolument incroyable, et à qui je fais dire dans la pièce: ‘Est-on obligé d’être un grand homme, pour faire de grandes choses?’.»

Et où en est l’adaptation de « Hors de Moi »?

«Ça y est, c’est tourné, avec Liam Neeson et Diane Krueger. Ils ont fini le tournage et ils en sont au montage. Il devrait être sur les écrans en septembre, du moins aux Etats-Unis. Et en septembre ou octobre chez nous.»

Et « L’Evangile de Jimmy »?

«Lui a pris un peu de retard, parce qu’Alexandre Aja, le réalisateur, avait signé d’autres projets entre-temps. Mais on a bon espoir… »

Christelle

En quelques lignes

Telle n’est pas la surprise d’Hermann, Marlène, Jean-Claude et Lucas quand leur meilleur ami, Marc, pourtant séducteur insatiable, leur annonce qu’il va se marier. Mais leur étonnement est encore plus grand quand ils découvrent sur un cliché pris par leur ami, par ailleurs célèbre photographe, que la future mariée est une jeune Chinoise plutôt insipide.  Les quatre acceptent malgré tout de jouer les témoins pour ce mariage qui doit avoir lieu cinq jours plus tard. Oui mais voilà: avant que le mariage n’ait été prononcé, Marc meurt dans un tragique accident de voiture. Il ne reste donc plus à ses meilleurs amis qu’à attendre la fiancée, Yun,  à l’aéroport et lui apprendre la triste nouvelle. Mais alors qu’ils s’apprêtent à briser son rêve, ils s’aperçoivent que c’est elle qui va bouleverser leur vie. Et si Yun n’était pas vraiment la femme qu’elle semblait être? Didier Van Cauwelaert nous livre ici une belle histoire d’amitié bourrée de sensualité, racontée à tour de rôle par les témoins. Bouleversant, l’auteur de “L’évangile de Jimmy” et de “L’éducation d’une fée” fait une pause dans sa série pour ados Thomas Drimm et nous entraîne dans un récit plein de suspense et de machiavélisme. Un très bon cru!

“Les témoins de la mariée” de Didier Van Cauwelaert, éditions Albin Michel, 250 pages, 19 €

Cote: 4/5

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