Un amour incestueux

Après l’infanticide dans «Le cimetière des poupées», Mazarine Pingeot s’attaque à l’inceste. Son dernier roman, «Mara», du nom de son héroïne, raconte l’histoire d’amour entre un frère et une sœur. Mais c’est aussi le récit d’une quête des origines, le tout sur fond de guerre d’Algérie. Un récit romanesque captivant qui prouve à ceux qui en douteraient encore que Mazarine Pingeot n’est pas seulement la fille cachée de François Mitterrand, mais aussi une auteure pas du tout en manque d’imagination!

Comment est née l’idée de ce roman?

«On ne sait jamais comment naît une idée. Mais je pense que je portais le début de l’histoire en moi depuis assez longtemps. Lors d’un voyage au Maroc, on m’avait raconté des histoires de gens qui se cachaient dans les villes. Je trouvais cette idée de venir se cacher au vu de tout le monde vachement romanesque. Mais je n’en avais rien fait. Et puis l’idée a mûri. J’avais aussi une vraie volonté d’aller vers un roman beaucoup plus ample, qui prend en charge d’autres dimensions que la pure dimension intime. C’est vrai que dans le précédent, j’étais allée au bout d’un travail qui était celui de l’introspection. Là je voulais prendre un peu le contre-pied et aller vers le monde, faire à la fois un voyage géographique et historique.»

Après avoir abordé l’infanticide dans «Le cimetières des poupées», vous vous penchez ici sur un autre sujet tabou: l’inceste.

«J’ai une sorte de fascination pour ce qui relève de la transgression! Parce que je trouve que la transgression et le tabou, c’est toujours le lieu de rencontre entre les problématiques individuelles et les problématiques sociales. Donc forcément, c’est une richesse incroyable pour un écrivain. Du fait que c’était un inceste, il y avait aussi cette idée de vivre quelque chose d’interdit et donc d’être dans l’obligation de le vivre en dehors du monde, de se cacher. Et enfin, il y a cet aspect d’amour passionnel. Je pense que tout amour passionnel est un amour fusionnel, encore plus quand c’est incestueux. Cette idée d’un amour absolu coupé du monde est l’illusion de croire qu’on peut ne vivre que de cela. On est tellement pris par son sentiment amoureux que finalement, le reste du monde n’a plus d’importance. Et croire que l’on peut vivre dans cet absolu est forcément une illusion. C’était cela aussi que je voulais interroger.»

«J’ai une sorte de fascination pour ce qui relève de la transgression!»

C’est la démonstration qu’on ne peut pas vivre que d’amour et d’eau fraîche?

«Oui! Je pense en effet que ce n’est pas possible.»

L’un des thèmes est cette quête des origines, cette thématique de la filiation, il y a des échos de votre propre histoire?

«Oui et non. Je pense que cela vient toujours de soi ce qu’on écrit, mais c’est quand même très, très transposé. Moi pour le coup, je n’ai pas eu à faire cette quête des origines parce que je savais très clairement d’où je venais! En revanche, ce qui est plus transposé, c’est l’idée de vivre dans une forme de réclusion, caché du monde, et puis de faire le travail inverse, de s’ouvrir au monde, d’aller à la rencontre des autres, et donc de soi-même aussi. Quand à la quête identitaire, je pense qu’elle est propre à tout le monde, moi comme les autres.»

Il s’agit d’un triangle amoureux entre Mara, Manuel et Hisham?

«Oui. À un moment donné, le troisième personnage devient fondamental. C’est lui qui va faire exploser cette bulle, même si elle explose aussi parce que ce n’est pas viable. C’est aussi lui qui va permettre à Mara de sortir de cette fusion totale, qui va l’amener vers le monde et l’obliger d’une certaine manière à réaliser sa quête des origines. Je pense que le troisième personnage est toujours fondamental pour casser la fusion.»

Pourquoi avoir choisi de parler de la guerre civile algérienne?

«Je trouvais notamment intéressant cette mise en parallèle avec l’histoire de France et son rapport à l’Algérie qui est aussi une relation incestueuse, très forte, très charnelle. Il y a un parallèle entre la grande Histoire et la petite.»

Christelle

«Mara», de Mazarine Pingeot, éditons Julliard, 512 pages, 21 €

Cote: 4/5

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