Les passagers ne sont pas des poissons

 

© Delphine Jouandeau

Après «Mort aux cons», Carl Aderhold est de retour avec un nouveau roman. L’occasion pour l’auteur de s’attaquer cette fois aux malentendus liés au culte des apparences.

Les poissons ne connaissent pas l’adultère… Mais les humains bien!
«Il semblerait, oui!»

Comme quoi, une petite robe rouge et une décoloration peuvent vous changer une vie?
«Cela peut en effet changer une vie si on en attend un changement important. Les femmes qui se lancent dans le relooking attendent souvent énormément de choses de ce changement d’apparence. De fait, mon héroïne, Julia, se retrouve tout d’un coup plongée dans un monde totalement nouveau. Avant ce relooking, elle était transparente, personne ne la remarquait. Puis tout d’un coup, tous les regards se tournent vers elle. Les hommes essaient de la séduire, ce à quoi elle n’était plus habituée. Et là pour le coup, cela peut changer une vie!»

Vous prenez souvent le train?
«Très souvent. À la sortie de mon premier roman, ‘Mort aux cons’, je suis allé faire pas mal de signature en province. Pendant un an, j’ai donc pris le train très souvent. C’est comme cela que m’est venue l’idée de ce roman. D’ailleurs, plusieurs dialogues de passagers sont des choses que j’ai entendues.»

Comment sont nés tous ces personnages?
«J’en ai croisé certains. Par exemple, la chorale dans le train, qui est peut-être ce qui est le plus abracadabrant, je l’ai pourtant subi pendant trois heures dans un train. Pour le reste, c’est la combinaison de plusieurs personnes que j’ai pu rencontrer. C’est parfois aussi une idée. J’avais envie de mettre des personnages qu’on ne trouve pas habituellement dans un roman. Une vieille dame, un contrôleur. Parce que forcément, quand on est dans un train, un personnage s’impose, celui du contrôleur. Il fallait que je trouve une contradiction sur lequel il repose qui, au contact de Julia, allait le faire changer complètement. D’où l’idée de faire d’un contrôleur maniaque du règlement une sorte d’anarchiste qui laisse tout filer.»

Duquel êtes-vous le plus proche?
«La question piège! Il y en a plusieurs. Il y a beaucoup de choses de moi dans Vincent. Mais dans Germinal, le contrôleur, aussi, qui est à la fois respectueux de l’ordre et a en même temps envie de tout enfreindre.»

Le personnage central est celui de Julia. Ce n’est pas trop compliqué de se glisser dans la peau d’une héroïne quand on est un homme?
«C’est d’autant plus compliqué qu’au départ, mon idée était de mettre en place des héros qui ne sont pas des héros de romans. Mais petit à petit en écrivant, Julia a pris toute la place. Du coup, il a fallu que je me plonge à la fois dans une psychologie mais aussi dans une gestuelle physique féminine, qui n’était pas du tout mon univers!»

Vous êtes fan de Julia Roberts?
«Je le suis devenu! Ce qui est très intéressant chez Julia Robert, c’est qu’elle a un statut un petit peu à part des autres stars d’Hollywood, parce qu’elle joue très souvent des rôles de femmes simples qui vont devenir petit à petit, soit par leur combat, soit par leur séduction, des femmes remarquables. Il y a ‘Pretty woman’ bien sûr, mais aussi ’Erin Brockovich’. C’était un peu un modèle pour mon héroïne qui avait jusqu’alors l’impression de ne pas exister et qui est devenue à ses propres yeux une star.»

Dans «Mort aux cons», vous vous attaquez aux différentes formes d’imposture. Aujourd’hui, c’est aux malentendus liés au culte des apparences.
«Oui. Ce qui m’a intéressé, c’est de voir comment une femme, vraiment dans l’artifice -parce que c’est assez difficile de vivre au quotidien avec une robe rouge, des talons hauts et un décolleté- va devenir petit à petit elle-même, découvrir sa vérité. Normalement, cet artifice, c’est comme un costume de scène. On le garde quelques heures, on a joué un rôle et puis on redevient ce qu’on était avant. Là, grâce à cet artifice, elle va enfin découvrir qui elle est. Évidemment pas une star, mais une femme qui existe, qui est belle et qui a envie de vivre.»

Vous avez déjà une idée pour votre prochain roman?
«Oui. Je vais encore changer de registre puisque ce sera une histoire autour de ce qui semble être une spécialité française, à savoir la séquestration de patron.»

Christelle

L’histoire…
Une petite robe rouge au décolleté affriolant et une teinture blonde peuvent parfois chambouler toute une vie! Pour fêter ses 40 ans, Valérie se voit ainsi offrir une séance de relooking par ses meilleures amies. Le lendemain, plutôt que de se rendre à son boulot de caissière, Valérie  décide de plaquer sa vie actuelle -son mari Djamel et leur ado ingrate, Laura – et saute dans le premier train. Dans la foulée, elle change de prénom et devient Julia, comme Julia Roberts, l’héroïne de «Pretty Woman» et de «Erin Brockovich». Débute alors, entre Paris et Toulouse, un huis clos complètement loufoque de personnages improbables. Colette, cette vieille dame amoureuse de deux hommes. Germinal, le contrôleur anarchiste. Gheorje, le Roumain «sourd et muet», qui est là malgré lui. Dick et son groupe de choristes. Jean-Pierre, l’éternel dragueur, embarqué avec sa femme et leurs enfants. Et puis surtout les deux chercheurs, Nicolas et Vincent, qui se rendent à un colloque accompagnés de leurs épouses respectives,  Aude, la silencieuse, et Muriel, l’éternelle insatisfaite. «Les poissons qui peuplent les océans sont innombrables, même si Pline l’ancien n’en compte que 144 variétés. Mais aucune espèce ne peut s’unir avec une autre, à la différence du cheval avec l’ânesse. Les poissons ne connaissent pas l’adultère», écrit l’un des auteurs qu’étudie Vincent. Mais une chose est sûre, les passagers du train ne sont pas des poissons!

«Les poissons ne connaissent pas l’adultère» de Carl Aderhold, éditions JC Lattès, 322 pages, 18 €

Cote: 3/5

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