Amour et abandon

Dolor, une superbe femme de 38 ans, collectionne les amants et mène sa carrière de journaliste à tambours battants. Cette force de la nature cache une blessure profonde qui ne tarde pas à se rouvrir. Au décès de son père Paco qui l’a abandonnée alors qu’elle n’était qu’une enfant, une mystérieuse enveloppe lui est remise. Dolor part alors sur les traces de son père. Elle découvre un homme au passé trouble dont la vie entière a été affectée par l’amour fou voué à une vamp du cinéma français d’avant-guerre, Mireille Balin, jugée à la Libération pour sa collaboration avec l’occupant… L’amour excuse-t-il tout? «Pour moi, c’est oui», martèle le scénariste Philippe Paringaux. «En tout cas, l’amour nous fait faire tout et n’importe quoi, ça, c’est sûr», ajoute la dessinatrice Catel. La question est posée. La réponse finale est laissée au lecteur.

«Dolor» mélange fiction et réalité. La fiction est-elle prétexte à la réalité, ou inversement, la réalité est-elle prétexte à la fiction?
«Le projet s’est développé autour d’un synopsis de documentaire que j’avais écrit et qui était consacré à la vie de Mireille Balin, figure du cinéma français des années 1930. Catel a trouvé que ce ne serait pas mal d’intégrer un personnage réel dans une fiction. On est donc parti de l’histoire de l’actrice française et la fiction est venue se greffer autour de cela. L’importance de la réalité est pour moi très minime dans l’histoire.»
Catel: «C’est le prétexte, qui est fondamental. La réalité est le prétexte de l’histoire.»

© Charles-Louis Detournay - ActuaBD.com

Philippe Paringaux:

L’histoire navigue entre introspection et polar. Mais elle semble plus tenir du second…
Philippe Paringaux:
«Disons que «Dolor» se rapproche plus du polar psychanalytique que du polar réellement policier. Il s’agit d’une enquête très intime. L’histoire tourne autour de questionnements relatifs au père. Qu’a-t-il fait? Pourquoi m’a-t-il abandonné? Catel dit que c’est mon histoire que j’ai racontée…»
Catel: «… Mais oui. Sachant Philippe a aussi été abandonné par son père… Il ne s’agit évidemment pas de sa vraie vie. Mais l’histoire livre une réflexion autour du sujet de l’abandon.»

Le personnage principal est pourtant féminin…
Catel:
«J’avais besoin que Philippe m’écrive une histoire de femme pour que je puisse plus facilement m’y référer. L’univers de la bande dessinée ne compte déjà pas beaucoup d’héroïnes féminines… C’est un peu évident que je dessine des femmes. Je ne vais pas dessiner un héros masculin dans lequel je n’aurais pas pu nécessairement me projeter. Le personnage féminin a par ailleurs permis à Philippe d’avoir de la distance par rapport à sa propre histoire.»

Le portrait de femme est une constante dans votre bibliographie («Kiki de Montparnasse», «Quatuor»), Catel…
Catel:
«Pour moi, il y a une évidence à dessiner des femmes. Parce que j’en suis une tout simplement. Les hommes dessinent suffisamment d’hommes! Nous, les femmes, ne représentons que 10% des auteurs de BD. J’ai la chance de pouvoir vivre de la BD et d’être libre dans ce que je fais. J’ai l’envie de rendre hommage à certaines femmes qui se sont battues, qui ont une vie incroyable ou un destin brisé. J’ai envie d’utiliser ce support qu’est la BD pour parler d’elles.»

Anne-Sophie Chevalier

«Dolor», de Catel et Paringaux, éditions Casterman, 80 pages, 16 €

Cote : 3/5

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