L’évasion par l’imagination

Musicien de son état, Damien Luce signe avec «Le Chambrioleur» un premier roman doux et poétique. Il nous conte l’histoire de Jeanne, une enfant de 8 ans délaissée par ses parents et moquée par ses camarades de classe. Solitude et silence emplissent son morne univers jusqu’à cette nuit fatidique où Paulin s’introduit dans l’appartement. Le récit glisse alors dans l’imaginaire. Les pistes sont brouillées. Le lecteur désorienté s’interroge. Les élucubrations de Jeanne sont-elles le fruit de ses fantasmes ou sont-elles réelles? Damien Luce, lui-même, serait bien en peine de répondre à la question. Rencontre avec ce jeune auteur fort prometteur.

Comment d’une vocation de pianiste-compositeur passe-t-on à l’écriture?
Damien Luce:
«Je ne pense pas que l’écriture a découlé de mon travail de musicien. C’est plutôt le goût de lire qui m’a donné petit à petit l’envie d’écrire. Au début, j’ai commencé à écrire de la poésie surtout. Petit à petit, j’ai écrit des nouvelles. Tout cela a abouti aussi à une pièce de théâtre, «Presque trop sérieux», que j’ai jouée il y a deux ans. Ensuite, j’ai écrit «Le Chambrioleur» qui était au départ une nouvelle. Je l’ai peu à peu transformé en roman.»

Vous nous livrez ici la photographie d’une famille moderne qui a réussi socialement. Une certaine forme de critique sociale?
«Pas du tout! Le cas de Jeanne est une exception. En tout cas, j’ose l’espérer! Ses parents sont occupés et ne se rendent pas compte qu’ils la délaissent et la privent d’amour.»

Jeanne, qui recherche désespérément une affection qui lui est refusée, n’est pas pour autant présentée comme une pauvre petite fille…
«Je n’aime pas du tout ce qui est larmoyant. Jeanne a un côté cruel, très dur. Ce qui n’empêche pas pour autant le lecteur de s’y attacher. Cet attachement se crée au fur et à mesure de la lecture. On comprend que sa cruauté est causée par de profondes blessures, par le manque d’amour, l’abandon, les moqueries de ses camarades de classe. Toutes petites souffrances mises bout à bout l’endurcissent. Jeanne se crée une espèce d’armure. Petit à petit, le lecteur est amené à voir à travers cette armure-là.»

Les enfants peuvent être très cruels. Vous portez cette cruauté à son paroxysme…
«Les enfants ne se rendent pas compte de leur méchanceté, de la portée de certaines de leurs paroles ou de leurs actes. Est-ce que l’on peut appeler cela de la cruauté? C’est une cruauté à l’état brut. On ne peut pas non plus leur en vouloir.»

Ici on parle tout de même de meurtre…
«Meurtre ou pas meurtre… Pour certains lecteurs, tout n’est que le fruit de l’imagination de Jeanne. Certains estiment que rien n’est vrai dans ce roman. Ils n’arrivent pas à croire que tout cela soit possible, qu’une petite fille puisse s’évader, vivre plusieurs semaines dans la rue, pousser les gamins dans la Seine. D’autres au contraire pensent que tout est vrai, du début à la fin. C’est un peu comme ça que j’ai construit le roman. Moi-même, je n’ai pas envie de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. Ce qui m’intéressait justement c’est de broder autour de la réalité, de voyager entre réalité et fiction.»

Imagination ou schizophrénie?
«Bonne question! Quelle est la frontière entre ce que l’on appelle l’imagination qui a très bonne presse et la folie qui a nettement moins bonne presse? Oui, parler de schizophrénie, c’est employer des gros mots. Mais à partir de quel moment peut-on dire de quelqu’un qu’il est fou? Il invente des tas de choses, mais est-il simplement fantasque? C’est un point crucial du livre.»

Anne-Sophie

«Le Chambrioleur», de Damien Luce, éditions Héloïse d’Ormesson, 202 pages, 15 €

Cote: 4/5

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