Les révélations du mari d’Ingrid Betancourt

Après ses codétenus américains, son ancienne amie Clara Rojas ou encore l’émissaire français Noël Saez, c’est au tour du mari colombien d’Ingrid Betancourt de publier ses confidences dans un livre. Juan Carlos Lecompte, qui avait quitté son boulot et vendu son appart pour se consacrer pleinement à la libération de sa femme, y explique avoir cessé de l’aimer le jour où elle lui a envoyé ses avocats au chevet de son père mourant pour accélérer la procédure de divorce…

Pourquoi avoir écrit ce livre?

«J’ai écrit ce livre pour me faire du bien, pas pour faire du mal à quiconque. Écrire ce livre m’a beaucoup aidé à tourner la page. Mais j’ai aussi écrit ce livre pour donner ma version des faits. Nous, les familles, sommes aussi quelque part des otages, parce que notre vie est mise entre parenthèses pendant la captivité de nos êtres chers. Et enfin, je voulais écrire ce livre pour donner plus de visibilité à la lutte pour la libération des otages aujourd’hui. Parce que depuis la libération d’Ingrid et des otages américains, les médias n’en parlent plus.»

Vous savez si Ingrid Betancourt a lu votre livre?

«Non, je ne sais pas. Elle n’a pas réagi.»

Qu’est-ce qui vous avait séduit chez Ingrid?

«Elle était jolie, elle avait de belles jambes! Après cela, je suis tombé amoureux de son discours aussi. Il était très spontané. Elle disait des choses très vraies. Elle avait une intégrité qui m’étonnait.»

Et aujourd’hui, quand vous pensez à elle, que vous vient-il à l’esprit?

«Quand je pense à Ingrid, je pense à l’Ingrid que j’ai vue pour la dernière fois après sa libération. Je l’ai ressentie très distante, très froide, très calculatrice. Une Ingrid que je ne reconnaissais pas. Ce qui me vient en tête maintenant, c’est que peut-être à l’époque où elle m’a rencontré, j’étais utile pour elle et ses projets. Elle avait énormément d’ambition politique. Elle voulait lancer une campagne. À l’époque, j’étais un publiciste assez réputé. J’avais des idées créatives. C’est moi qui ai créé son logo, qui l’ai aidée à lancer son parti. Aujourd’hui, tout le monde la connaît. Elle n’a plus besoin de moi. Peut-être qu’elle m’a utilisé comme un mouchoir. Maintenant, elle n’en a plus besoin, c’est tout.»

Votre psy vous avait prévenu que ce ne serait plus comme avant?

«C’est vrai que mon psychologue m’avait dit que je pouvais attendre un peu tout et n’importe quoi d’elle. Et c’est vrai qu’étant donné la situation, je me suis dit qu’elle aurait pu sortir de cette expérience beaucoup plus affectée.»

Comment avez-vous vécu vos retrouvailles?

«J’avais reçu un coup de fil de sa part alors qu’elle était toujours dans l’avion. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que ses sentiments envers moi avaient énormément changé. Grâce à ce coup de fil, j’ai eu quinze minutes pour me préparer au pire. Je ne me souviens plus de ce qu’elle m’a dit quand on s’est revus, mais je me souviens très bien de son geste, son attitude. Elle était très froide, très distante. Moi, cela faisait six ans et demi que je rêvais de ce moment.»

Elle ne vous a jamais dit merci de vous être battu pour sa libération?

«Non, jamais.»

Vous croyez au scénario de sa libération?

«Je ne crois pas à la version officielle. L’opération Jaque a été assez réussie parce que finalement, on a réussi à libérer 15 otages sans verser de sang. Mais je pense que c’était moyennant argent.»

Ingrid était pressée de divorcer? Vous écrivez qu’elle vous a harcelé alors que vous étiez au chevet de votre père mourant.

«C’était assez bizarre…»

Vous savez ce qu’elle vous reproche?

«Non. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir un tête-à-tête avec elle et lui poser mes questions. Lors des quatre preuves de vie reçues pendant sa captivité, elle me disait qu’elle m’aimait. Peut-être s’est-il passé quelque chose entre sa dernière preuve de vie en novembre 2007 et sa libération en juillet 2008.»

Ingrid a eu vent des rumeurs concernant une aventure que vous auriez eu pendant sa captivité?

«Je ne saurais pas vous dire. C’était infondé. Mais même si sa mère lui a communiqué la rumeur par la radio, je pense qu’Ingrid est assez intelligente pour comprendre, de la même manière que moi, je comprendrais si elle avait eu une histoire dans la jungle.»

Son combat pour la libération des otages est terminé?

«D’après ce que je sais, elle ne fait rien du tout. Elle avait promis à sa libération qu’elle allait lutter pour les otages toujours dans la jungle. Après sa libération, beaucoup de familles d’otages m’appelaient pour que j’intercède auprès d’Ingrid. J’étais obligé de leur expliquer que je n’avais pas du tout de contact avec elle.»

Christelle

«Ingrid et moi. Une liberté douce-amère», de Juan Carlos Lecompte, éditions Alphée, 214 pages, 21,90 €
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2 réflexions sur “Les révélations du mari d’Ingrid Betancourt

  1. Ingrid Betancourt, ce qu’elle n’a pas dit !
    Une famille Colombienne dans les rouages de la politique française
    Les Français voient la Colombie et ses habitants à travers le prisme qu’Ingrid Betancourt a eu l’audace d’imposer par son livre « La Rage au Cœur » et à travers les différentes émissions auxquelles elle a participé. Sa famille et les comités Ingrid Betancourt ont amplifié le message et les médias ont suivi sans oser s’écarter de cette vision. Cette vision correspondait parfaitement à l’idée de liberté pour laquelle les Français se sont battus. Les médias n’ont pas osé vérifier si ce qu’Ingrid racontait correspondait à la réalité. Elle, avec son air fragile, parlant parfaitement le français, a compris comment rédiger son livre pour les émouvoir. Eux qui ont toujours rêvé d’une héroïne, d’une femme demi-déesse, sont tombés sous son charme. Ingrid montre qu’elle s’est battue seule contre le monstre colombien à multiples têtes : la corruption, la drogue, les gouvernements, la mafia… une femme hyper menacée qui devait se déplacer avec des gardes de corps. Les Français se sont émus de l’honnêteté qu’elle dégageait sur les plateaux de télévision.
    Sans sa séquestration, Ingrid serait passée inaperçue, son livre aurait été oublié rapidement. Peu à peu, de femme fragile, elle est devenu héroïne. Sa libération a constitué une « affaire d’Etat » pour le gouvernement de Chirac et celui de Sarkozy. Pour ce dernier, la libération d’Ingrid était une affaire de « vie ou de mort », une priorité, presque la priorité des priorités, qui devait passer devant toutes les affaires de la France.
    Au point de vue politique, économique et social, la séquestration d’Ingrid a été fatale pour la Colombie. Ses relations avec l’Europe ont été perturbées.
    A la parution des livres « Out of Captivity » des trois Américains et « La Captive » de Clara Rojas, les gens doutent du traitement peu élogieux fait à l’égard de l’Icône français. On se rend compte que l’histoire d’Ingrid a commencé en France seulement à la parution de son livre en février 2001. De sa vraie vie politique ou de son caractère, les gens connaissent peu ou rien. Les auteurs français qui ont écrit des livres sur elle se montrent réticents à croire qu’elle ait un côté sombre. Ils n’aiment pas que l’on casse l’image qu’ils ont construite.
    L’auteur a consulté plus de 4.000 documents et a décortiqué pas à pas la vie politique d’Ingrid Betancourt, sa séquestration et sa libération. Il montre les implications politiques de la France pour sauver une femme colombienne et l’ingérence de sa famille dans les affaires de ce pays.
    http://www.hermes-editorial.com
    info@hermes-editorial.com
    ISBN : 978-2-9600889-0-8

    • Merci pour cet excellent quatrième de couverture du livre de Mario Torres « Ingrid Betancourt, ce qu’elle n’a pas dit! » !

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