Un roman qui sort de l’ordinaire

 
 

Copyright : Tess Steinkolkjpg

Fin du suspense pour les fans de Marc Levy, impatients de connaître la fin des aventures de Keira et Adrian. La suite du «Premier jour» est enfin sortie! Rencontre avec l’auteur français le plus lu au monde, qui prend une nouvelle fois beaucoup plaisir à nous sortir de l’ordinaire.

La fameuse marque au-dessus de la lèvre, vous l’avez?
«Vous aussi! Nous l’avons tous. Mais je ne suis pas l’inventeur de cette légende. C’est une légende qu’on trouve dans l’Ancien Testament, dans le Coran…»
 
Vous saviez dès le départ que l’histoire comporterait deux tomes?
«Non. Je me suis fait prendre par l’ampleur du sujet et par les personnages. Quand j’ai commencé à écrire le roman, j’avais beaucoup de doutes, et je pensais que l’histoire serait terminée en 200 ou 300 pages. Puis à 450 pages, je le suis aperçu que j’en étais à peine à la moitié. Et encore, sur la totalité, j’en ai coupé une bonne centaine! Si j’avais su au départ que l’histoire ferait mille pages dans sa globalité, je crois que  je ne l’aurais jamais écrite.»
 
Et maintenant, l’histoire est-elle terminée?
«J’ai envie de vous dire oui, car dans ma tête, elle est finie. Et en même temps, j’ai beaucoup de mal à me défaire des personnages. J’ai passé tellement de temps avec Adrian, Keira et Walter qu’ils me manquent beaucoup. Mais oui, l’histoire est finie.»
 
Vous connaissiez la fin de l’histoire quand vous vous êtes arrêté à la fin du «Premier jour»?
«Oui, je la connaissais.»
 
Comment vous est venue l’idée de ces livres?
«Je crois qu’elle est venue parce que j’avais envie d’écrire un roman d’aventure. Parce que j’avais envie d’écrire un roman où je me sente extrêmement libre, un roman avec des grands espaces…»
 
Mais pourquoi cette histoire en particulier?
«Parce que cela fait partie des rêves d’adolescents qui sont devenus des rêves d’adultes et qui sont restés des rêves d’adultes.»
 
Votre héros se demandait enfant où commence l’aube. C’est une question qui vous a turlupiné vous aussi?
«Oui. Je continue d’ailleurs à me la poser. Je pense que, insidieusement, on se la pose tous d’une façon ou d’une autre. C’est difficile de se lever tous les matins, de se coucher tous les soirs, de voir la vie autour de nous se faire et se défaire et de ne pas se demander à un moment donné si tout cela à un sens, le pourquoi on est là…»
 
En prenant comme personnage une archéologue et un astronome, vous vouliez confronter le d’où on vient dans l’espace et ce que l’on fait sur terre?
«Je crois que ce qui m’amusait vraiment, c’était de prendre l’un qui regarde en bas, l’autre qui regarde en haut. Les deux qui cherchent et qui finalement ne vont trouver que l’autre. Parce que c’est cela finalement la parabole de Keira et d’Adrian, c’est que l’un cherche l’infiniment petit, l’autre l’infiniment grand, et ils vont se rencontrer dans l’infiniment humain.»
 
Cette histoire de fragments de pierres vous est venue comment?
«L’histoire du fragment est venue d’une vraie discussion métaphysique sur le temps réel et le temps imaginaire. Ce qui est fascinant, c’est que lorsque vous enregistrez un film sur un DVD, le déroulement qui est sur ce DVD est réel, mais le temps dans lequel il s’inscrit est imaginaire, puisqu’il suffit que vous mettiez le DVD dans un appareil pour en faire la lecture, et le faire passer du temps imaginaire au temps réel. Cette dimension entre le temps imaginaire et le temps réel m’a absolument fasciné. Quand vous regardez un film qui est une fiction, c’est une chose, mais quand vous regardez un film sur lequel vous vous revoyez enfant, et que vous vous posez cette question du rapport entre le temps imaginaire et le temps réel, c’est terriblement intriguant. Le temps est une dimension que l’on subit et que l’on ne comprend pas du tout.Cela fait partie des choses qui, dans mon enfance, me faisaient plus peur que les fantômes.»
 
Vous donnez plein de descriptions d’endroits. Vous les avez visités?
«Ils existent tous. Je ne suis pas allé dans tous, parce qu’il y en a qui sont absolument interdits et que, si vous y allez, vous ne pouvez pas revenir pour écrire le roman.»
 
Ce roman sort aussi sous format numérique.
«Oui. Pour trois raisons. La première, c’est que cela fait très longtemps que je reçois du courrier de personnes malvoyantes et c’est un sujet qui me touche énormément. Le support numérique est un miracle pour ces gens-là car on peut augmenter la taille des caractères. Et je me fous de savoir si c’est sur iPhone ou autre, du moment que l’on peut grossir le caractère. La deuxième raison, c’est que je suis très préoccupé par la planète. Mais il faut être cohérent. Je ne peux pas entendre un écologiste me dire qu’il faut jeter les voitures à la poubelle et en même le temps, qu’il aime le papier et ne veut pas qu’on lui enlève son livre. Donc je voulais laisser le choix aux gens. Et enfin, la troisième raison, c’est que le livre numérique va sauver la lecture. On commence à lire quand on est jeune. Or aujourd’hui, les jeunes ont ces supports numériques. Dessus, il y a du jeu vidéo, du feuilleton télévisé, du podcast. S’il n’y a pas de livres, c’en est fini de la lecture.»
 
L’histoire pourrait être adaptée au cinéma?
«C’est une question que je ne me pose jamais. D’abord parce que ce n’est jamais l’auteur d’un roman qui décide si son roman va être adapté ou pas. Ensuite, parce que le roman est un espace de liberté, justement parce qu’écrire ne génère aucune contrainte. Lorsque vous écrivez dans un roman ‘mille cavaliers descendaient la colline’, vous faites ce que vous voulez. Si vous écrivez cela dans un scénario, vous avez perdu votre producteur dès la première ligne. Si j’avais pensé à l’adaptation, jamais je n’aurais écrit ‘Le premier jour’ et ‘La première nuit’. Vous imaginez le budget? Mais c’est cela la liberté du roman. Il y a eu une telle prépondérance du nouveau roman, qu’on en est venu à oublier que la fonction première du roman, c’était de fabriquer des images dans la tête avec des mots. Quand je lisais ‘Les trois mousquetaires’, je voyais un film. Pourtant, le cinéma n’existait pas à l’époque de Dumas. Aujourd’hui, quand un romancier revient à un récit qui provoque des images, on lui dit qu’il a une écriture très cinématographique. Mais c’est le métier du romancier. C’est d’ailleurs ce qui fait que le lecteur qui va voir un film adapté d’un roman est souvent déçu de l’adaptation, parce qu’il ne voit pas le film que lui s’est fait dans sa propre tête.»
 
Comment cela se passe dans votre tête: vous prenez plaisir à mettre la vie de vos personnages en danger?
«En réalité, je vis l’histoire avec eux. Le narrateur, c’est une petite marionnette sur l’épaule du personnage qui se balade avec lui. Donc non, je n’y ai pas pris de plaisir! Il y a même des nuits de travail où c’est très fatiguant. J’étais crevé à la fin du roman!»
 
Sans en dire trop, ce que Keira et Adrian découvrent à la fin, c’est votre pensée à vous?
«Disons que je pourrais y croire. Je suis comme Adrien. Je n’ai aucune certitude. Qui en a? Je me dis ‘pourquoi pas’?»
 
C’est votre 10e roman. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru?
«Chaque roman est plus difficile à écrire que le précédent. Le doute est de plus en plus grand. Il y a une volonté de corriger ses propres tics d’écriture. Et en même temps, il y a beaucoup de bonheur. C’est un métier que je vis dans un esprit de liberté. Je ne me regarde pas écrire moi, je regarde ce que j’écris. Et c’est cela qui m’amuse. Je suis trop parti avec mes personnages pour me prendre le chou. C’est un métier qui me passionne et que je fais le plus sérieusement possible. Je sais que, si un jour je me rends compte que je le fais en me prenant au sérieux, j’arrêterai immédiatement. Parce que se prendre au sérieux quand on fait quelque chose, c’est le début d’une petite mort.»
 
Vos détracteurs vous accusent de créer un univers irréel.
«Mais ce n’est pas de l’irréel. Quand j’étais adolescent, ceux qui m’ont le plus traumatisé, ce sont les gens qui vous disent à tout bout de champ que ce n’est pas possible. Et parce que j’ai toujours été très épris de liberté, il y avait un défi à imaginer que ce soit possible. Pas pour avoir raison, mais parce que le fait que cela devienne possible, c’était repousser les barrières de la liberté. Quand Jules Verne a écrit ‘De la Terre à la Lune’, les gens disaient que ce n’était pas possible. Et pourtant, c’est devenu possible. La vraie question qui est passionnante, c’est combien de types qui ont travaillé à la NASA pour faire en sorte que cela soit possible étaient les mômes qui avaient lu ‘De la Terre à la Lune’? Ce qui m’a toujours amusé dans le fait d’utiliser des ingrédients ‘extra-ordinaires’, c’était la liberté qu’apportait la possibilité de sortir de l’ordinaire. L’irréel, ce n’est pas un filon que j’exploite. Cela m’amuse de mettre les personnages dans un postulat qui sort de l’ordinaire, mais je n’ai jamais écrit de roman avec un superman.»
 
Christelle

L’HISTOIRE EN QUELQUES LIGNES
On avait cru Keira morte à la fin du «Premier jour». Mais une photo d’elle envoyée de Chine à Adrian semble remettre cette mort en question. Suite du «Premier jour» qui nous laissait quelque peu sur notre faim, on retrouve ici avec beaucoup de plaisir Keira et Adrian pour tenter de percer avec eux le mystère des origines de l’humanité. Au total, près de mille pages qui nous livrent une belle histoire d’amour et un roman d’aventure palpitant.
 
«La première nuit», de Marc Levy, éditions Robert Laffont, 494 pages, 21 €

Cote: 4/5

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