Lakshmi Mittal kidnappé en Belgique

© Dominique Houcmant

Lakshmi Mittal a été kidnappé à Liège. Ce kidnapping, on le doit à un Belge, Nicolas Ancion. Il a en effet imaginé l’enlèvement d’une des plus grosses fortunes au monde par deux énergumènes qui vont l’obliger à réaliser des œuvres d’art contemporaines de plus en plus absurdes!

 

Lakshmi Mittal fait un bon personnage de roman ?

«C’est un personnage de fiction formidable. Il concentre à lui tout seul tous les postes. Impossible pour lui de se cacher derrière l’échelon au-dessus. Le grand patron se défent généralement en disant qu’il doit bien générer du profit pour ses actionnaires, les actionnaires, eux, disent que si ce n’est pas cela, ils vont investir dans l’armement. Mittal, lui, il est tout: le patron, le gestionnaire, l’actionnaire. Il ne peut pas se replier derrière une force au-dessus de lui. Il est très pratique pour un roman!»

Vous savez s’il a lu votre livre?

«Je sais qu’il l’a lu. Cela a été dit dans une réunion entre patrons et syndicats chez Arcelor. L’équipe dirigeante de Liège a expliqué avoir reçu une demande expresse de Londres -où vit Mittal- pour qu’on envoie un exemplaire qui, paraît-il, a été traduit en anglais en six heures… Six heures, c’est à peu près le temps de lecture du roman… Donc j’imagine qu’il y a eu plusieurs traducteurs. Je pense que Mittal voulait surtout connaître la teneur de ce qui lui était reproché et ce qu’on lui faisait faire dans le livre. Il n’y a pas eu de réaction officielle.»

Vous ne savez donc pas ce qu’il en a pensé?

«Non. Sauf que les patrons ont dit aux syndicats à ce moment-là que la sidérurgie liégeoise avait mauvaise presse à Londres à cause d’une affaire que les syndicats avaient lâchée dans la presse et… à cause du roman! Mais une semaine après, c’était oublié.»

Vous aimeriez rencontrer Mittal en vrai?

«Au début, non, mais l’idée me semble de plus en plus amusante. Maintenant qu’il a lu le livre, cela m’intéresserait quand même bien de discuter d’homme à homme, mais je ne sais pas si c’est faisable. J’ai pris, c’est vrai, de grandes libertés en faisant de lui un personnage de fiction. Je l’ai un peu malmené humainement! Pas du tout que j’ai envie de m’excuser, cela certainement pas! Mais j’aime bien rencontrer les gens d’une manière générale, alors pourquoi pas lui!»

Vous habitez aujourd’hui en France, mais vous écrivez sur Liège.

«Quand j’ai quitté Bruxelles pour habiter Madrid, j’ai écrit sur Bruxelles alors que je n’avais pas écrit sur Bruxelles en y habitant. Je suis revenu à Liège, j’ai continué à écrire sur Bruxelles. Puis j’ai quitté Liège et j’ai écrit sur Liège… J’ai besoin à la fois de bien connaître les endroits dont je parle et de m’en éloigner d’une certaine mesure pour pouvoir l’utiliser comme matériau.»

Vous réinventez le concept de notes en bas de page qui deviennent des notes de pages!

«Oui! Le narrateur est un des personnages de l’histoire. Et je me suis dit que, si c’est lui qui raconte l’histoire, l’autre personnage doit bien avoir eu le manuscrit à un moment donné entre les mains. Il ne va pas se laisser dire, il va vouloir rajouter son grain de sel. J’aimais bien l’idée qu’un des personnages puisse commenter la manière dont c’est raconté.»

Vous avez d’autres projets?

«J’ai un recueil de nouvelles en préparation. Et j’ai deux romans pour enfants qui sont terminés. L’un vient de sortir, «J’arrête quand je veux» (Jourdan). il s’agit d’un roman pour les 10-12 ans, pour parler de la dépendance à des choses qui ne sont pas des drogues mais des jeux vidéos, etc. L’autre est un roman fantastique, qui se passe à Paris et qui sortira en février.»

Christelle

L’histoire

Prétextant une interview, deux comparses parviennent à enlever Lakshmi Mittal. Un kidnapping au cours duquel ils sont bien décidés à lui faire payer ses manies de distribuer des dividendes conséquents aux actionnaires (lui en bonne partie!) tout en liquidant le personnel pour ne conserver la production que dans les pays les moins coûteux. Un livre au parfum de crise, où il est question de la fermeture d’un haut-fourneau liégeois, de la politique des gros industriels, mais aussi de chômage et de dignité… Si l’histoire -complètement surréaliste-, est bien trouvée, on regrettera malgré tout certains passages un peu trop tirés en longueur. À voir absolument: l’excellente vidéo de lancement du livre sur You Tube, clin d’oeil au précédent livre de l’auteur, un recueil de nouvelles intitulé «Nous sommes tous des playmobiles»!

«L’homme qui valait 35 milliards» par Nicolas Ancion (Luc Pire), 283 pages, 18 €

Cote: 3/5

www.nicolasancion.com

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