Quand le surnaturel devient naturel

Pauline Alphen

copyright: Iris de Oliveira

Après l’univers des sorciers d’Harry Potter et celui des vampires de Stephenie Meyer, voici encore un nouveau monde à découvrir, celui de Pauline Alphen et de ses Eveilleurs. Cette Franco-Brésilienne de 48 ans a imaginé un univers fantastique où le surnaturel est naturel et où les personnages transitent dans des dimensions parallèles! Avec passion, elle nous parle de son univers à elle…

 

Comment avez-vous eu l’idée de ce livre?

«J’ai commencé à penser à ce roman en 2001. Cela fait un bail déjà! J’habitais Paris à l’époque. Aujourd’hui je vis à Toulouse. Je venais de déposer mon fils à la crèche. Il faisait un temps pourri. J’étais en retard pour aller travailler. Je rate le bus, je cours pour le rattraper au prochain arrêt, et en courant sous la pluie, j’ai vu l’image d’Eben dans sa tour qui regardait en bas et voyait sa fille, Claris, passer dans la cour. Et je l’ai entendu penser si on peut dire! Ce n’est pas la première scène du livre, mais celle qui vient juste après. Ces personnages sont arrivés comme cela! Puis dans le bus, bondé de gens de mauvaise humeur, j’ai noté ce début d’histoire dans un carnet. En arrivant au travail, arce que j’avais vraiment l’histoire dans la tête, j’ai tapé quelques pages et c’est comme cela  que cela a commencé!»

Vous avez donc mis près de dix ans à écrire cette histoire?

«Quand j’ai eu cette idée, j’ai très vite vu que c’était un univers assez complexe et qu’il me faudrait beaucoup de temps pour en écrire l’histoire. Or, je n’avais pas beaucoup de temps à l’époque, parce que je travaillais à temps plein. J’écrivais un peu le week-end, la nuit quand mon fils dormait. Donc j’ai pensé à cette histoire pendant près de dix ans, en prenant des notes et en écrivant d’autres livres plus courts à côté, cinq qui ont été publiés au Brésil, et un en français. Peut-être aussi que je n’étais pas encore prête pour écrire ‘Les Eveilleurs’. Je me disais que c’était un livre que j’écrirais quand je serais à la retraite! Puis ma vie est arrivée à un tournant. J’ai quitté Paris et mon travail pour suivre mon compagnon dans le Sud. Je me suis dit que c’était peut-être le bon moment.»

Vous connaissez déjà la fin ?

«Je sais où mène l’histoire, je sais ce qui va se passer, ce que je veux raconter. Mais je ne sais pas comment cela va se décliner.»

Vous savez déjà en combien de volumes vous allez raconter l’histoire?

«Non, je ne sais pas! Je n’arrive pas à y penser comme cela. C’est une longue histoire, je n’y peux rien! Au départ, j’étais partie sur une trilogie, parce que cela allait raconter une histoire de divers points de vue différents. Et puis, je me suis aperçue en cours d’écriture, que l’univers en s’installant prenait de l’ampleur, qu’il y avait des personnages qui déboulaient. Par exemple, les Borges n’étaient pas du tout prévus. Pendant quelques minutes, je me suis demandé ce que j’allais faire avec cette famille-là. Mais ils étaient là avec leur nom, leur personnalité, je ne pouvais pas juste les gommer. Et donc je me suis rendu compte que cela ne pouvait pas être une trilogie, sinon, le premier livre ferait mille pages.»

Cette fin nous laisse quand même sur notre faim, ce n’est pas sympa!

«Je suis désolée!  C’est vrai que j’aurais pu arrêter un peu avant ou après. Mais c’était la construction du livre dans ma tête. Au départ, c’était donc la première partie du livre. Après commençait la seconde partie, qui va être le second livre. Mais cela, c’est la faute des personnages!»

Vous voulez dire que vous n’arrivez pas à contrôler vos personnages?

«Non! L’écrivain ne contrôle pas tout. Même si je sais exactement où  je vais, que je fais plein de plans, de portraits, de tableaux, je réfléchis beaucoup à la façon dont les choses vont s’agencer etc.,  ce que je préfère dans tout ce travail d’écriture, c’est justement quand je perds le contrôle. Quand l’histoire prend tout à coup un chemin auquel je ne m’attendais, quand des personnages arrivent ou qu’ils font des choses qui me font me demander ce que je vais faire de cela! Cela, ce sont vraiment des moments très intéressants.» 

Vous ne vous inspirez donc pas de gens que vous connaissez pour créer vos personnages?

«Si. Après coup, je découvre qui ils sont, je réfléchis, je les construis bien sûr.  Et là, je peux découvrir qu’effectivement, ils ressemblent à quelqu’un que je connais. Ce sont souvent mes proches qui disent cela. Mais cela reste toujours des personnages de fiction.»

Et y a-t-il un personnage qui vous ressemble à vous ?

«Tous, je crois! Ma mère trouve que Claris, c’est moi. Cela m’a fait rigoler. Parce que Claris, ce n’est plus moi. Elle ressemble sûrement à la petite fille que j’ai été à douze ans. Mais je ne me décris pas moi quand je parle d’elle.»

Vous aimeriez avoir un don?

«J’ai la sensation qu’on a tous des dons. Et les dons des jumeaux ne sont pas encore très clairs. Ce qu’on sait, c’est qu’ils ont le don de la télépathie. Mais en même temps ce sont des jumeaux et les jumeaux vous diront que cela arrive. Beaucoup de gens font l’expérience d’avoir comme cela une communication non verbale avec des gens qu’ils aiment. Moi, cela m’est arrivé. Cela arrive aussi avec des animaux domestiques. Ce n’est pas comme la communication que Blaise peut avoir avec Athena. Mais les dons pour moi, ce ne sont pas des dons surnaturels. Pour moi, tout est un peu naturel! Alors est-ce que j’aimerais avoir un don surnaturel, je ne sais pas. Je crois qu’on a toute une partie du cerveau qu’on n’exploite pas et qui sûrement possède des trésors de capacité.»

Dans votre livre, le surnaturel est en fait quelque chose de tout à fait naturel !

«Voilà! Mais je crois que c’est comme cela! C’est peut-être dû à mon côté brésilien. C’est vrai qu’au Brésil on a avec ce qui est appelé surnaturel un contact plus familier.»

Dans quelles catégories se classe votre roman?

«Je ne m’embarrasse pas trop de ces catégories. Ce sont des mots tout cela. Je m’en fiche un peu qu’on dise que mon livre c’est de la fantaisie, de la science-fiction, du fantastique ou du merveilleux. C’est une fiction. De même, pour les tranches d’âge: est-ce un livre pour enfants, ado, adulte? Pourquoi cela ne pourrait pas être un livre pour tout le monde?» 

Harry Potter a le Quidditch. A Salicande, on a le jeu des milles chemins?

«Oui, c’est vrai! Le livre joue un peu avec tout cela. Je suis une grande lectrice de fantaisie, de littérature de l’imaginaire. C’est vrai qu’il y a des clins d’œil à des auteurs, à des livres, à des standards de la fantaisie. Il y a aussi un peu une liberté de jouer avec ces éléments qu’on attend dans ce genre de livres et de les utiliser un petit peu autrement.»

L’environnement, c’est une question qui vous préoccupe? Vous parlez beaucoup de la nature dans votre livre.

«C’est vrai. C’est curieux comme cela s’est passé, parce qu’il y a dix ans, quand j’ai commencé à penser ce livre, ce n’était pas inscrit dans ce contexte-là. Peut-être tout simplement parce qu’il y a dix ans, les choses n’en étaient pas où elles sont maintenant et que moi-même, je ne me sentais pas autant concernée. Et puis aussi, il y a dix ans, je vivais à Paris. On ne peut pas dire que c’était un environnement naturel! Je vis aujourd’hui plus proche de la nature. Tout cela à fait que, quand j’ai commencé à écrire vraiment le livre, je me suis rendu compte que l’histoire était venue se nicher dans ce contexte-là. Mais La Grande Catastrophe existait déjà tout au début.»

Et cette Grande catastrophe, vous pensez qu’elle pourrait se produire ?

«Oui, je le pense. Sûrement pas celle-là, avec ces caractéristiques-là. Je trouve que ce qui se passe maintenant, c’est déjà un peu une Grande Catastrophe. Je pense que ce n’est pas pour rien non plus que ce livre s’appelle ‘Les Eveilleurs’. Je crois qu’il faut éveiller à un certain nombre de choses.» 

Oui, pourquoi ce titre?

«Il y a plusieurs choses dans ce mot-là. Je pense que l’on est des éveilleurs dans la vie des uns des autres. Il y a une chose à laquelle je crois vraiment dans la vie, ce sont les rencontres. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que dans ma vie, beaucoup de choses se sont passées grâce à des rencontres. Par exemple, j’ai commencé à écrire parce qu’il y a eu une rencontre avec un prof en CM1. Je pense que les rencontres, c’est ce qui tisse vraiment notre vie et on ne s’en rend pas toujours compte. Donc ‘Les Eveilleurs’, c’est un peu cela. Chacun peut être dans la vie l’éveilleur de l’autre. Pareil pour les personnages du livre.  Il n’y en a pas un qui fait tout, qui est plus sage que les autres ou qui n’a pas de doutes. Parce que dans la vie c’est comme cela, on apprend les uns des autres.»

L’histoire en quelques lignesles éveilleurs

Au centre du récit, des faux jumeaux, Claris et Jad. Leur mère, Sierra, a mystérieusement disparu le jour de leur troisième anniversaire. Ou plus exactement de leur troisième lunée puisque c’est ainsi que l’on compte désormais dans le royaume de Salicande, fondé par le grand-père des jumeaux, Jors. En s’installant à Salicande après La Grande Catastrophe de 2189, Jors a en effet établi un nouveau calendrier et interdit a quiconque d’encore faire usage de ses dons. Car dans le monde des Eveilleurs, la magie se pratique sans baguette. Certains parlent avec les animaux. D’autres vivent à l’intérieur des couleurs ou même parmi les arbres. Et on dirait bien que les dons des jumeaux, âgés de 12 lunées au début du récit, sont prêts à se réveiller à leur tour…  Après s’être familiarisé avec la ribambelle de personnages, on se laisse entraîner pour un drôle de voyage dans un monde dont on découvre au fil des pages l’étendue. Un roman à la fois magique et écolo. Une nouvelle série pour nous faire rêver.

Christelle

“Les  Eveilleurs – livre 1. Salicande”, de Pauline Alphen, aux éditions Hachette, 526 pages, 14,90 €

Cote : 4/5

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