Il sera une fois… Bernard Werber

werber 3Ses histoires, Bernard Werber ne les commence pas par «il était une fois» mais bien par il sera une fois! Et de fait: son dernier roman, «Le miroir de Cassandre», raconte la vie d’une visionnaire, Cassandre Katzenberg. Cette jeune fille de 17 ans a en effet hérité de son antique homonyme du don d’entrevoir le futur mais aussi de la malédiction de ne pas être écoutée. Difficile de sauver le monde dans ces cas-là!

Avec vous, les histoires ne commencent pas par il était une fois mais bien par il sera une fois…

« Oui. C’est vrai!» 

Le don d’entrevoir le futur comme celui de Cassandre, cela vous plairait?

«Je crois que tout le monde voit le futur. On sent plus ou moins où l’on va. Le problème ensuite, c’est de savoir ce qu’on en fait. Les gens n’ont pas envie de voir le futur parce qu’après ils vont tourner devant cette idée : qu’est-ce que je peux faire pour arranger les choses ? Et vu qu’ils n’ont pas de solutions, ils ont coupé leur capacité à voir le futur. En fait, les politiciens, les scientifiques et les philosophes n’osent pas parler du futur.  Donc c’est aux auteurs de science-fiction de s’autoriser à faire ce travail. Parce qu’il faut qu’il y a ait actuellement des gens qui pensent au futur et qui ait envie de le changer. Tout ce que nous avons de bien actuellement a été pensé par nos ancêtres. Tout ce que nos petits enfants auront de bien a été pensé maintenant.»

Si, comme Cassandre, vous découvrez en rêve qu’un attentat se prépare, que feriez-vous?werber 4

«J’essaierais d’avertir mon entourage, voire les autorités, voire d’agir. Nous sommes actuellement une société où la plupart des gens sont rentrés dans une sorte de lâcheté confortable. Des gens peuvent se faire agresser autour de nous sans qu’on ne réagisse. C’est un peu comme cela que fonctionne notre système. Même quand il y a un attentat terroriste, tout le monde dit que c’est affreux, mais personne ne fait rien. Tant qu’ils n’ont pas été victimes eux-mêmes, les gens ne se rendent pas compte qu’il y a une sorte de retour de la barbarie et de la sauvagerie et qu’il faut au moins être clair dans ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas.»

Vous aimeriez une montre qui indique la probabilité de mourir dans les cinq minutes, comme celle de Cassandre ?

«Oui, beaucoup!»

«Ce sont nos rêves d’aujourd’hui qui vont créer les réalités de demain » concluent vos personnages dans le livre. Et vous, la société de demain vous la voyez comment?

«Il y a le positif et le négatif. Je vois une chance de réussir et une chance d’échouer. Pour ce qui est d’échouer, c’est annoncé tous les jours aux actualités. On nous annonce le réchauffement climatique, la pollution, la guerre nucléaire. Maintenant, il faut imaginer le positif. Pour moi, c’est arrêter la croissance économique, la croissance financière, la croissance démographique. On s’arrête et on réfléchit. Et on cherche à établir une meilleure répartition des richesses, une meilleure communication entre les individus.»

Vous pensez qu’on peut influencer le futur ?

«Ah oui! Je crois qu’une goute d’eau fait déborder l’océan. N’importe quel individu qui décide de faire quelque chose agit sur le monde.»  

Ce livre, c’est un peu une manière de remettre en question la société d’aujourd’hui ?

«C’est une manière de se poser de nouvelles questions et d’essayer de changer les choses dans le bon sens. J’ai l’impression que le drame de notre époque, c’est que les gens sont résignés. Tout le monde à l’impression d’être trop petit, que ce sont des enjeux qui nous dépassent. Du coup, les gens sont démobilisés. ‘Le Miroir de Cassandre’ est fait pour redonner envie aux gens de se prendre en main et de se reconnecter à eux-mêmes.»  

L’avenir de la planète vous préoccupe. Déjà dans «Paradis su mesure», vous envisagiez différents scénarios.

«Je crois que tout être humain doit se préoccuper de l’avenir de la planète. Le contraire de cela, c’est se préoccuper juste de soi-même, mais c’est très limité. On étouffe au bout d’un moment. Aller vers les autres et se préoccuper des autres me semble nécessaire à la survie.  En tout cas d’un esprit sain.»

Vos personnages sont attachants. Comment sont-ils nés?

«Pour Cassandre, il y avait un défi: essayer de ressentir ce que peut ressentir une jeune fille de 17 ans, autiste et orpheline. C’est un vrai challenge pour un écrivain de ressentir d’abord ce que peut ressentir une femme, et ensuite, une femme jeune et qui souffre d’un problème de communication. Mais au bout d’un moment j’enfilais ce personnage comme on enfile un vêtement. Pour me mettre à écrire, je devenais elle. Je devenais Cassandre Katzenberg et j’essayais de ressentir ce qu’elle pouvait ressentir en permanence. Pour les autres personnages, c’était pareil. Il fallait se mettre dans la peau d’un marabout africain, d’une ex-mannequin italienne. Ces personnages m’amusaient beaucoup et je les retrouvais avec plaisir.»

werber 2 Vous mettez parfois des gens que vous connaissez dans vos livres?

«Non, je m’inspire d’une personne pour créer une sorte de base, sur laquelle je vais ajouter d’autres éléments de personnes que je connais, puis après je vais ajouter de l’imaginaire ».

Cassandre décrit chaque personnage qu’elle rencontre comme ressemblant à tel ou tel acteur. Cela pourrait devenir un film ?

«Quand vous devez transmettre l’image d’un personnage au lecteur, il y a plusieurs manières. Soit vous dites qu’il a de grands yeux, un long menton, un nez pointu… Mais cela demande beaucoup de travail de la part du lecteur. Par contre, si vous dites qu’il ressemble à Harrison Ford, l’image arrive plus précisément, plus vite. Donc je me suis amusé à utiliser directement les stars pour pouvoir nourrir le livre.»

On y retrouve aussi des grands livres de science-fiction, comme ‘Le papillon des étoiles’, ‘L’arbre des possibles’…

«Oui, j’ai essayé de faire que tous mes livres soient connectés et que, pour les lecteurs qui me suivent, il y ait un plaisir supplémentaire, de retrouver les noms et des liens de familles.»

On sent que vous étiez journaliste et que vous aimez les mots. Je pense au passage sur l’étymologie des mots, les oxymores…

«Les mots, c’est mon métier. Ce sont les briques avec lesquelles je construits mon édifice. Donc le minimum c’est de s’intéresser à eux!»

Vous êtes l’un des auteurs français les plus lus au monde. Cela vous fait quoi ?

«Cela me fait très plaisir! Cela montre que le public est le vrai lecteur. J’adore l’idée que les livres vivent avec le temps. Le temps révèle les bons livres des mauvais livres.  Les livres qui sont à la mode ne résistent pas au temps. Au bout d’un moment, on les oublie.  Alors que les bons livres, eux, restent. Et ils vivent en poche, ils vivent du bouche à oreille. Je compte beaucoup là-dessus: faire des livres qui résistent au temps.»

 

DIX VERSIONS D’UN MEME ROMAN

Pour rédiger une histoire, l’auteur des «Fourmis», du cycle des anges et de la trilogie des dieux commence toujours par une petite nouvelle. De cette nouvelle, il extrait le début, le milieu et la fin. «Autour de cela, je vais progressivement créer les personnages que je vais introduire dans la nouvelle», confie-t-il. «Et au fur et à mesure, j’écris une sorte de premier jet, qui est une sorte d’expérience du livre, une exquise». Ce premier jet, il va l’observer, l’oublier et tout de suite en faire un deuxième jet. «Je vais en fait réécrire le même livre une dizaine de fois avec dix histoires différentes pour trouver le bon ton.»

Pour lui, avoir été journaliste scientifique est un atout. Cela lui a permis de faire des reportages sur l’autisme, les probabilités, et sur les dépotoirs, des choses qui lui ont servi pour faire ce livre. Sans oublier qu’il raconte aussi, à la fin du livre, avoir lui-même vécu «une expérience involontaire de clochardisation» à l’âge de 18 ans, après s’être fait détrousser de toutes ses économies à New York. De quoi l’aider quelque peu à imaginer la vie de Cassandre et de ses nouveaux amis.

 

UN SITE INTERNET TRES LUDIQUE

Après le plaisir de la lecture, ne manquez pas non plus de passer faire un petit tour sur le très réussi site de l’auteur. Plus qu’une simple biographie et bibliographie de Bernard Werber, on y trouve des petits jeux interactifs sur ses livres. Un rapide petit quiz révèle si l’on peut, nous aussi, sauver le monde. On y découvre également un «arbre des possibles», du nom d’un de ces précédents recueils de nouvelles dont on retrouve une connexion dans «Le miroir de Cassandre». Sur le site comme dans le livre, «c’est un endroit où tous les gens qui ont envie de parler du futur et de réfléchir sur le futur peuvent venir déposer leur scénario», explique Bernard Werber. «C’est le livre dans le livre. J’aime bien cette idée.»

L’an dernier, après la sortie de ‘Paradis sur mesure’, Bernard Werber avait également lancé sur son site un sondage qui permettait de voter pour sa nouvelle du livre préférée. En fonction des réactions des gens, il avait promis de développer un thème ou l’autre en roman. «J’aime bien cela», confie-t-il. «C’est comme si les gens pouvaient choisir un tout petit peu le prochain livre». Celle qui a le mieux marché, confie-t-il, c’est ‘Demain les femmes’. ‘Le maître du cinéma’ et ‘Un amour en Atlantide’ ont bien fonctionné aussi. Son prochain roman sera d’ailleurs lié à l’une des nouvelles… 

www.bernardwerber.com

www.arbredespossibles.com

 

L’HISTOIRE

Miroir de CassandreSi Cassandre n’a aucun souvenir de son passé avant ses treize ans et l’attentat qui a tué ses parents, elle peut par contre voir le futur. Ses pouvoirs visionnaires se concentrent surtout sur les attentats terroristes qu’elle voit en songes avant qu’ils ne se produisent. Mais encore lui faut-il parvenir à convaincre d’autres personnes de l’aider pour pouvoir agir. Cette aide, elle va la trouver auprès de drôles d’énergumènes vivant à l’écart du monde, dans un gigantesque dépotoir. Outre Cassandre, on fait  donc la connaissance d’un ancien légionnaire baptisé d’un nom bien belge, Orlando Van de Putte, d’un marabout africain, Fetnat, d’une ex-mannequin italienne, Esméralda, et de Kim Ye Bin, un jeune Coréen, as de l’informatique et fan de proverbes. Autour de son poignet, Cassandre porte une montre, qui a la particularité de ne pas donner l’heure, mais la probabilité de mourir dans les 5 secondes…

L’auteur des “Fourmis”, du cycle des anges et de la trilogie des dieux nous emmène cette fois dans un Paris futuriste. Il y sera question de terrorisme, d’autisme et des lois de probabilités, tout en cherchant un remède pour sauver la planète. Plus encore peut-être que dans ses précédents livres, Bernard Werber, l’un des auteurs français les plus lus au monde avec Marc Levy, insiste sur le côté réaliste et psychologique.

Résultat: une grosse brique de 631 pages qui pourtant se dévore, pour l’histoire qu’elle nous conte bien sûr, mais aussi pour la beauté des mots et les digressions sur leur étymologie, les oxymores, etc.  A tel point qu’on en apprendrait presque certains passages par cœur!

Christelle

«Le miroir de Cassandre», de Bernard Werber, éditions Albin Michel, 631 pages, 22,90 €

Cote: 5/5

2 réactions sur “Il sera une fois… Bernard Werber

  1. Pingback: Il sera une fois… « Clair de Plume

  2. Je termine ce livre que j’ai bien apprécié et poursuis en venant découvrir l’interview de Bernard Werber qui apporte incontestablement un plus!
    Merci aussi pour le tuyau d’aller sur le site de l’auteur…

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