Insolente et… pleine de punch !

Insolente, Chékéba Hachemi? Disons plutôt que cette femme ne se laisse pas faire! Son combat? Améliorer le sort des femmes en Afghanistan.

Vous êtes insolente, vous, alors?
«Voilà! (rires) Être insolente, du point de vue occidental, cela peut avoir une connotation positive, mais du point de vue des hommes afghans, je ne sais pas s’ils ont beaucoup aimé!»

Qu’est-ce qui vous a poussé à raconter votre histoire?
«Ce qui m’a vraiment décidé, c’est que nous sommes aujourd’hui à un moment très charnière pour l’Afghanistan. On parle du départ de la communauté internationale dans deux ans sans vraiment de stratégie pour la suite. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangés. Je n’essaye pas de faire l’apologie de tout ce que j’ai fait. Je fais un constat d’échec sur le plan diplomatique et un constat de réussite pour les petites gouttes d’eau de mes actions humanitaires pour les femmes. Je trouvais aussi important de montrer l’autre visage de l’Afghanistan, que ce pays regorge d’humour et de rire alors qu’on est dans une situation catastrophique.»

De votre enfance, jusqu’à votre fuite de l’Afghanistan, quels souvenirs gardez-vous?
«Un souvenir merveilleux, même si je suis née avec la guerre. Les tirs de roquettes, les bombardements, les coupures de courant cela faisait partie de la vie de presque tous les jours. Mais j’étais avec une maman très aimante. Elle avait déjà eu douze enfants, j’étais sa petite dernière.»

Vous dites avoir grandi d’un coup avec ce départ de Kaboul.
«Quand, à 11 ans, vous vous retrouvez subitement séparée de votre maman à qui vous avez vécu collée jusque-là, que vous êtes avec un passeur pour qui vous ne représentez qu’un montant d’argent, que vous traversez des villages entiers bombardés par l’armée russe, vous réalisez ce que c’est la guerre, l’envahisseur, et cela vous fait tout à coup une éducation accélérée!»

Cela ressemble à quoi aujourd’hui l’Afghanistan, dix ans
après la mort de Massoud?
«Il y a dix ans, la communauté internationale a pris conscience qu’il fallait combattre le terrorisme en allant en Afghanistan, son QG. En dix ans, il y a eu énormément de promesses, notamment d’aide à la reconstruction du pays. Et vous voyez qu’aujourd’hui, sur le plan de la sécurité, les talibans reviennent par les zones frontalières du Pakistan, où ils œuvrent officiellement. Ils commencent à incendier les écoles, à brûler les jeunes filles qui vont à l’école en leur jetant
de l’acide, à lapider, à assassiner les femmes qui travaillent. Du coup, les ONG quittent la province. Donc, à nouveau, ils pratiquent l’horreur, avec en plus cette fois un côté vengeance pour la population qui a collaboré avec la communauté internationale. À Kaboul, qui est quand même la capitale, vous n’avez toujours pas d’eau courante, d’électricité. Dans les rapports des Nations Unies, le pays est le plus mal côté en ce qui concerne les femmes, alors que tout le monde y œuvre. Et cela, pour moi, c’est un constat d’échec.»

Le sort des femmes ne s’est donc pas amélioré?
«Si. Il y a toujours le verre à moitié plein et à moitié vide! Une Constitution a été mise en place en 2004, dans laquelle les droits des femmes sont reconnus au même titre que les droits des hommes. Il y a 27% de femmes au Parlement. C’est bien! Sauf que dans un pays avec un taux d’analphabètes de 90%, si on ne les forme pas, cela ne sert à rien. Il y a des petites touches positives, des petites filles qui vont à l’école dans la plupart des provinces d’Afghanistan, mais si on ne suit pas comme il faut, si on ne forme pas les instits, les employés du ministère, les femmes députées, on reste à peu près au même niveau.»

Vous savez ce qu’est devenue la femme de Massoud aujourd’hui?
«On a gardé contact. Elle est en Iran, elle élève ses filles. Son fils est parti faire des études à l’étranger. C’est une femme meurtrie qui n’a qu’une seule raison de vivre: ses enfants.»

Vous avez été la première femme diplomate en Afghanistan.
«Oui, personne n’est parfait! Fin 2001, quand le gouvernement Karzaï a été mis en place, j’ai été la première femme à être nommée diplomate, ici à Bruxelles d’ailleurs. J’en garde un souvenir merveilleux. J’y ai vécu trois ans, je travaillais auprès de l’Union européenne. Puis je suis rentrée à Kaboul, avant d’être nommée à Paris. C’est là qu’a été mon dernier poste. J’ai démissionné.»

Aujourd’hui, vous seriez tentée de vous relancer dans la politique.
«Non. L’ambassadeur que j’ai dénoncé pour vol à mon
dernier poste est toujours là. Donc avec le paysage diplomatique actuel pas du tout. Des gens sont parachutés sans même connaître leur pays. Moi, au moment où j’ai pris la parole, j’avais quand même fait mes preuves sur le terrain. Les écoles, mon association Afghanistan-Libre.»

Christelle

http://www.afghanistan-libre.org

En quelques lignes

A 11 ans, Chékéba Hachemi a traversé une montagne avec un passeur pour fuir l’Afghanistan en guerre. Aujourd’hui, ce sont des montagnes que cette femme qui n’a pas sa langue en poche soulève pour tenter d’améliorer le sort des femmes dans son pays. Son livre est entre témoignage et récit d’aventures et nous fait découvrir un autre visage de l’Afghanistan.
"L’insolente de Kaboul», de Chékéba Hachemi, éditions AnneCarrière, 278 pages, 18,50 €

Cote: 4/5

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