Estelle Nollet, les yeux dans les yeux

© Clémence René-Bazin

Qui n’a jamais rêvé d’être une petite souris pour entendre les secrets que les autres ont à cacher? Estelle Nollet nous prouve pourtant dans son dernier roman que ce ne serait finalement pas si chouette que cela!

Comment vous est venue l’idée du livre?

«C’est rigolo mais je me souviens exactement du moment où c’est arrivé! J’étais avec un ami. On discutait de l’actualité. Je lui disais que cela devait être génial d’être une petite souris dans le bureau des grands de ce monde. Et puis juste après je lui ai dit que finalement non, cela devait être horrible. Et encore la seconde d’après je lui ai dit peut-être que je pourrais en faire un bouquin! Je m’y suis mise le lendemain. Mon personnage principal est arrivé très vite. Ensuite restait à trouver comment il était au courant des secrets. J’ai choisi le regard, parce que c’est le miroir de l’âme, le regard qui tue… Le regard revolver un petit peu aussi puisqu’il s’appelle Bang! Mais tout a commencé lors d’une conversation. D’ailleurs, mon ami est remercié à la fin.»

Et le personnage de Nao est arrivé comment?

«Je me suis rendue compte très vite que je ne pouvais pas tenir tout un livre un personnage tel que Bang, -qui se met au ban de la société, un type avec une morale excessive, qui a lâché prise- parce que sinon, cela allait devenir aussi déprimant que lui ne l’est! Il lui fallait donc un pendant très, très fort, qui l’emmène très, très loin, contre son gré. J’ai donc créé Nao pour qu’elle soit à la fois le faire-valoir du héros, mais aussi son complet opposé. Je voulais qu’elle lui fasse ressentir suffisamment d’amour pour qu’il ait envie d’aller plus loin, et qu’elle le maltraite suffisamment pour qu’il n’ait pas si peur de la perdre. Nao a donc été construite pour le faire vivre lui.»

Vous mettez un peu de vous dans vos personnages?

«J’en mets toujours un peu. Mais j’essaie de ne pas en mettre trop. Il y a des réflexions qu’ils font auxquelles je ne crois pas, mais que je trouve intéressantes pour leur caractère. Je suis fascinée par le règne animal, même si ce n’est pas du tout de la même façon que Nao. Et puis, il y a quelques petits détails aussi. Par exemple, Nao s’est cassé deux fois le gros orteil, tout comme moi.»

Vos héros se lancent dans un road trip. Vous aimez les voyages?

«Oui, je ne conçois pas la vie sans les voyages et de plus en plus. Tout ce qui se passe par exemple au Mexique dans le livre, ce sont des paysages que j’ai vus. Parce que j’ai envie que les voyageurs qui ont visité cet endroit le retrouvent tel qu’il est. Mon premier roman était un huis clos, mais j’avais cette fois envie en tant qu’auteure de me balader, même si cela reste une initiation pour le personnage, un petit peu à l’instar du premier.»

Dans le titre, qui est le bon, la brute, etc..

«Déjà dans le film de Sergio Leone, qui est vraiment le bon, la brute et le truand? On pourrait se dire ici que c’est Bong le bon, Nao la brute et que le reste du monde, ce sont des truands, mais je ne pense pas que ce soit aussi facile que cela. Et j’ai essayé que mes personnages soient un petit peu de tout à la fois.»

Si vous aviez les pouvoirs de votre héros, qu’en feriez-vous?

«Mon dieu! Je ne voudrais pas les avoirs. Mais si je les avais pour une journée, je crois que je choisirais très bien qui j’irais voir durant cette journée et je révélerais au monde entier quelques grosses entourloupes du monde contemporain!»

De quelles personnalités justement aimeriez-vous percer les petits secrets?

«En premier, j’irais voir notre président de la République. Quelques personnalités politiques françaises ensuite. Internationales aussi. Et puis après, juste pour le plaisir, j’irais voir des artistes pour découvrir quelle est leur faille.»

Vos héros se sont choisis des surnoms. Et vous, si vous deviez vous en choisir un, ce serait quoi?

«Ah, Je n’en sais rien du tout. Mais mes amis me donnent un surnom quand je passe de l’autre côté de la force, c’est-à-dire que je deviens vraiment débile, ou alors que j’ai un peu trop bu: au lieu de m’appeler Estelle Nollet, ils m’appellent Christelle Mollet. C’est mon double maléfique! Mais je ne sais pas quel surnom je me donnerais moi… Tortulut? Ou Tursiop?»

C’est votre deuxième roman. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire?

«Je me suis libérée du temps. Je faisais un boulot créatif qui me prenait énormément de temps. Je n’avais pas le temps d’écrire. Puis j’ai décidé de devenir monitrice de plongée sous-marine. Cela m’a fait beaucoup voyager et cela m’a libéré du temps. J’avais écrit une petite nouvelle sur mon blog. Quand je l’ai reprise deux mois après, j’ai voulu savoir comment les personnages allaient s’en sortir. Cela a fait le premier roman. Puis quand il a été accepté, publié etc., j’ai choppé le virus!»

Vous avez déjà commencé votre prochain roman?

«Oui. Je l’ai complètement dans la tête, complètement dans le cœur. Mais j’ai besoin de partir en Afrique pour l’écrire. J’ai besoin des odeurs, de voir comment mon corps pourrait écrire là-bas. J’espère partir six mois l’an prochain pour écrire.»

Christelle 

 

EN QUELQUES LIGNES

Après un premier roman («On ne boit pas les rats kangourous») sortis en 2009 et couronné de nombreux prix, Estelle Nollet nous revient avec un nouveau livre qui devrait lui aussi faire parler de lui tant l’idée est, cette fois encore, originale et rafraichissante en cette rentrée. Cette professeure de plongée sous-marine a en effet imaginé un héros -Bang- qui parvient à percer les secrets de tous ceux dont il croise le regard. Un don pas si génial que cela en réalité puisque des gens qu’il ne connait pas se mettent à lui déballer leurs plus sombres secrets. Seule Nao, à qui l’on vient de diagnostiquer une tumeur au cerveau, résiste à son regard. Et elle entend bien passer les mois qui lui restent à vivre à profiter du don de Bang.

«Le bon, la brute, etc.» d’Estelle Nollet, éditions Albin Michel, 346 pages, 20 €

 

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