Une belle leçon d’histoire

© HANNAH

Fouad Laroui se joue une fois de plus des préjugés et des petites incompréhensions entre cultures. Dans son dernier roman, il donne une bonne leçon à ses deux héros, un couple de Français qui, sans s’intéresser à l’histoire du Maroc, achète un riad à Marrakech… et y découvre une vieille dame indélogeable dans une des chambres. Ambiance! 

Dans ce nouveau roman, vous vous jouez une fois de plus des préjugés.

«Oui. Cette fois, c’est vraiment spectaculaire parce que cela démarre sur une incompréhension totale. Un couple de Français décide sur un coup de tête d’acheter un riad à Marrakech, mais sans se demander ce que c’est que ce pays, cette ville ou qui sont ces gens. C’est donc le début de leurs problèmes. Je ne dirais pas que c’est un roman initiatique, parce qu’ils ont peut-être passé l’âge d’être initiés, ils ont la cinquantaine. Mais d’une certaine façon, c’est le cas quand même. C’est valable dans les deux sens. On ne peut pas non plus débarquer en Belgique, s’y installer sans prétendre savoir qui sont les Belges, quelle est leur histoire.»

C’est donc une petite leçon d’histoire que vous vouliez donner à vos deux héros et à vos lecteurs?

«Oui. C’est une leçon dans les deux sens du terme. Une leçon parce qu’ils ont été un peu «vilains» de prétendre s’installer dans un endroit sans savoir qui sont ces gens. Et c’est une vraie leçon au sens pédagogique. J’espère qu’elle n’est pas pesante, mais c’est vrai que c’est une leçon d’histoire parce que je me suis énormément documenté. Je suis passionné par l’histoire du Maroc. Et tout ce que je raconte, même si parfois ce sont des détails historiques très étonnants, est authentique. Par exemple, savoir que la conquête du Maroc a coûté plus à la France que toute la guerre d’Algérie, c’est quelque chose que pratiquement personne ne sait.»

Comment vous est venue l’idée?

«Le thème général –faire un livre qui montrerait la richesse, l’histoire du Maroc-, je l’ai toujours eu. Et puis un jour, j’ai eu cette idée -mais je suis incapable de vous dire quand, comment et où- d’un couple, qui achèterait une maison et qui trouverait une dame dans la chambre du fond. La dame étant le symbole de l’âme de la maison, et par extension de la ville et du pays. Et quand j’ai eu ce point de départ, le reste est venu très facilement.»

Et vos personnages?

«Ils sont inventés, mais inspirés des dizaines si pas des centaines de personnes rencontrées qui, quand je leur dis que je suis Marocain, me répondent ‘ah oui, je connais le Maroc, j’ai fait Agadir’ ou ‘c’est très beau j’ai vu Warzazat’. Ce n’est pas méchant. Mais on a envie de leur dire qu’il n’y a pas que cela. Il y a une histoire, des gens. Ce n’est pas parce qu’on ‘a fait Agadir’ –je n’aime pas cette expression!- qu’on connaît le Maroc. Donc, ils sont inspirés de centaines de personnes.»

Croyez-vous aux fantômes, aux maisons hantées?

«J’ai un gros défaut, c’est que je suis à 100% rationaliste. Je ne crois à rien, mais vraiment à rien d’autre que ce que me disent mes cinq sens. Pour des raisons poétiques, j’aurais bien aimé croire aux fantômes. J’aime beaucoup l’Ecosse. Quand j’habitais en Angleterre, j’allais souvent y faire un tour et en promenant dans des châteaux écossais, j’aimais bien faire semblant de croire.»

La fin du livre est un peu ambiguë…

«La fin de tous mes livres est ambiguë. D’une façon générale, je ne donne jamais une vraie fin. J’essaie de mettre le lecteur dans la fin. Généralement dans tous mes romans, le lecteur peut choisir de croire ce qu’il veut. Effectivement, la fin est tendue parce qu’on ne sait pas qui raconte la fin. Mais quelque part, la fin clôt symboliquement le livre. La promesse a été remplie sans que quiconque ne s’en aperçoive. Le seul qui le sait, c’est le lecteur.»

Vous avez déjà une idée pour votre prochain roman?

«Oui et c’est un scoop: le prochain roman se passera entièrement à Bruxelles. C’est une journée, du matin jusqu’au soir, à Bruxelles. Pour l’instant c’est l’idée. Il y a un tracé que je suis en train de reconnaître, une promenade… Mon premier roman bruxellois!»

Christelle

EN QUELQUES LIGNES

François et Cécile décident sur un coup de tête d’acheter un riad à Marrakech. Mais quel n’est pas leur étonnement d’y découvrir, dans une des chambres, une vieille dame chenue et… indélogeable. Ni les anciens propriétaires, ni l’agent immobilier ne semblent en mesure d’expliquer sa présence. Et même la police se révèle incapable de lui faire quitter les lieux. Ce que veut la vieille dame? Que «ces chrétiens lui ramènent son fils Tayeb». C’est du moins ce qu’elle semble avoir murmuré à Mansour, le voisin du couple. Mais à travers l’histoire de Tayeb, c’est toute l’histoire du Maroc que nous conte Fouad Laroui qui, comme dans «La femme la plus riche du Yorkshire», «Le jour où Malika ne s’est pas mariée» ou «Une année chez les Français» prend un malin plaisir à se jouer des préjugés.

«La vieille dame du riad», de Fouad Laroui, éditions Julliard, 234 pages, 18 €

Cote 3/5

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