Yasmina Khadra met l’Afrique en équation

® E Robert-Espalieu

Personne n’est tout noir ou tout blanc. Dans son dernier roman, Yasmina Khadra pose l’équation africaine, celle qui repose sur l’espoir.

 

L’Afrique serait donc une équation?

«Oui. Quand on entend l’addition de la guerre et de la misère, de l’exode, de tout ce qui est désespérant, on oublie l’autre Afrique, celle qui se bat, qui essaie de survivre. C’est cela l’équation africaine. C’est un peu l’équation de tout ce qui peut construire un espoir.»

Comment vous est venue l’idée de votre dernier roman?

«J’ai vu ma petite sœur très malade. Elle se battait tous les jours avec une vaillance extraordinaire contre la maladie. D’un autre côté, je voyais des gens qui se suicidaient pour un travail, des petites choses de rien du tout. Et je ne comprenais pas. Donc j’ai écris un livre pour essayer de réfléchir à la notion de la vie et de la mort, en Occident et en Afrique. Pourquoi les gens qui ont tout sont tellement fragiles et prêt à renoncer à tout ce qu’ils ont construits quand d’autres qui n’ont absolument rien s’accrochent à la vie? Cela m’a beaucoup interpellé.»

L’histoire commence par la perte d’un être cher. La pire douleur qui existe, écrivez-vous.

«Absolument. Il n’y en a pas d’autre.»

Les personnages sont nés comment?

«Dans tous mes livres, je choisis des êtres ordinaires. Mes personnages principaux ne sont pas des héros. Ce sont des gens ordinaires qui sont brusquement confrontés à des situations exceptionnelles et qui essaient de réagir de façon ordinaire. Et c’est par leur vaillance, par leur renoncement ou leur défaite qu’ils se singularisent.»

C’est à la fois un hymne à l’Afrique et une critique.

«Oui. On ne peut pas encenser quelque chose qui semble complètement dévasté. L’Afrique est un continent qui semble ravagé. Mais il y a des hommes, des femmes, tout un combat qui refusent d’abdiquer. C’est là où se rejoignent l’espoir et le désespoir. Soit on est dans la désespérance et on baisse les bras, soit on est dans l’espoir et on refuse carrément de céder. J’ai essayé d’écrire un livre antidépressif, un livre qui réinstalle les gens dans leur détermination à se relever quand la société est déjà par terre. Notre époque est complètement disloquée à travers des violences et des malentendus, des amalgames, des incompréhensions. Dans cette confusion, à travers ce livre, j’essaie de garder une lueur d’espoir.»

Victime ou tortionnaire, personne n’est tout noir ou tout blanc, c’est un peu cela le message?

«Cela ne vaut pas seulement pour l’Afrique. C’est un constat général. Pour moi, la vie est un choix: que choisit-on de faire de sa vie? On peut passer sa vie à être utile comme tous ces gens qui se donnent à des causes, qui se battent pour l’honneur et pour l’espoir. C’est à nous de choisir ce que nous voulons faire de notre vie.»

Christelle

En quelques lignes

Le docteur Kurt Krausmann aime éperdument sa femme Jessica. Aussi, lorsque celle-ci se suicide, il ne pense pas pouvoir s’en remettre. Pour l’aider à surmonter son chagrin, son ami Hans Makkenroth, veuf comme lui, lui propose de l’accompagner dans une mission humanitaire. Mais en chemin, leur voilier est attaqué par des pirates aux larges des côtes somaliennes et les deux hommes sont pris en otages. Ils atterrissent avec un autre otage français, Bruno, entre les mains d’un groupe de dangereux mercenaires. L’occasion pour l’écrivain qui s’est choisi pour pseudonyme les deux prénoms de son épouse -Yasmina Khadra– de peindre tour à tour une Afrique tour à tour sauvage, irrationnelle, fière, digne et courageuse. Entre hymne et critique, une belle leçon, tout simplement.

«L’équation africaine», de Yasmina Khadra, éditions Julliard, 336 pages,    19 €

Cote: 4/5

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