Thriller sentimental

© léonard-anthony-versilio

Entre deux épisodes de sa série pour ados «Oscar Pill» (publiée sous le pseudonyme d’Eli Anderson et en passe d’ailleurs d’être adaptée par Hollywood), Thierry Serfaty nous prouve qu’il n’a pas perdu la main non plus pour titiller nos nerfs. Dans son dernier roman, le héros, victime d’un accident de voiture, se réveille dans sa vie rêvée. Avant que son cauchemar ne le rattrape! Palpitations cardiaques garanties!

 Vous revenez à vos premières amours: les thrillers. Vous aviez envie de faire une pause avec Oscar et les Médicus?

«En réalité, j’ai écrit ‘Demain est une autre vie’ entre le tome 1 et le tome 2 d’Oscar. C’est une idée que j’avais depuis longtemps. J’avais très envie d’un thriller moins sombre que ce que je faisais auparavant. Un thriller qui serait aussi une quête du bonheur. Un thriller entre rêves et réalité, avec des manipulations et en même temps des sentiments. Mais je n’arrivais pas à concrétiser cette idée. Et je crois qu’Oscar a vraiment débloqué quelque chose. Des héros se sont mis à flotter. Oscar m’a vraiment donné un souffle de liberté dans l’écriture, parce que c’est de la magie, de l’émotion, de l’aventure. Et cela m’a permis de traiter le thriller autrement, d’écrire quelque chose qui me correspond plus.»

Auriez-vous peur des voitures? Comme dans «Le sang des sirènes», il est question ici d’un accident de voiture…

«C’est drôle, je n’avais pas pensé à cela, mais vous ne devez pas être loin de la vérité car j’ai quand même vendu ma voiture il y a quelques années et depuis, je suis en transport en commun ou en scooter… Ce qui n’est pas beaucoup moins dangereux, mais je me sens mieux: au moins, on n’est pas enfermé! Disons que tant que ce n’est pas moi au volant, cela va bien en voiture!»

Vous aimeriez vous réveiller dans une autre vie ou bien la vôtre vous plaît-elle?

«La vie que je mène, je l’aime, je n’ai vraiment pas de regrets à la vivre. Mais je crois qu’on a tous en nous, même si on aime la vie que l’on vit, une existence un peu secrète, remplie de choses que l’on rêverait de faire. Et on rêve tous au moins une fois de ce qui se passerait si on se réveillait dans cette vie-là. Je ne pense pas pour autant qu’il faille forcément concrétiser sa vie de rêve. En revanche, le jour où vous vous réveillez et que vous êtes face à cette vie idéale, alors je comprends qu’on se batte pour la préserver.»

Et comment serait-elle alors, votre vie rêvée?

«(rires) Je ne vais pas tout vous dire! C’est un jardin secret. Et c’est cela qui est chouette d’ailleurs. C’est comme certains fantasmes: on dit qu’il faut les cultiver, sans forcément les réaliser! Ma vie rêvée, c’est donc celle que j’aimerais vivre, mais qu’il ne faudrait peut-être pas que je vive! Mais elle n’est pas en médecine. Je ne reviendrai pas à ma vie précédente, j’aime bien changer. Rien de très transgressif: disons que j’aimerais bien passer la moitié de mon temps à écrire. Et l’autre à être… chanteur d’opéra! Voilà!»

Comment vous est venue l’idée du livre?

«D’un événement assez étrange. J’ai rencontré un type qui s’est réveillé un matin pour se rendre compte, lui, que sa vraie vie n’était pas du tout aussi belle que celle dont il venait de rêver. Cela l’a fait plonger dans une dépression dont je ne l’ai jamais vu sortir. Cela m’a vraiment troublé. Et puis un jour, ce type a disparu. On ne l’a pas revu. On ne sait pas ce qu’il est devenu. Peut-être a-t-il décidé de partir pour créer une nouvelle vie? Je ne sais donc pas ce qui lui est arrivé, mais j’ai eu envie de le venger, de faire un peu l’inverse en imaginant ce type qui fait un cauchemar, qui va se réveiller et se rendre compte qu’il est dans sa vie idéale, mais qui finalement est rattrapé progressivement par son cauchemar.»

Comment est né le personnage de Jamie?

«Avec un peu de recul, j’ai pour la première fois l’impression qu’il y a un peu de moi dans ce personnage. C’est un type qui peut, comme j’ai pu le faire, revêtir une blouse blanche, être cartésien, et se consacrer aux autres. Et en même temps, le jour où la vie bascule, que l’on passe du rêve au cauchemar, il peut se détacher complètement du rationnel pour fonctionner avec son cœur et ses tripes. Et cela, c’est assez moi! Dans les situations de crises, j’oublie mon côté logique, rationnel pour fonctionner à l’instinct, aux sentiments. Je vais bouger, courir, me démener et surtout, comme lui, me battre. Je suis prêt à tout pour la vie et les gens que j’aime.»

On ne retrouve pas les personnages d’Erick et Laura Flamand comme dans vos derniers thrillers. Ils reviendront un jour?

«C’est un couple auquel je suis très attaché et que j’ai envie de faire revenir, mais ils auront droit eux aussi à cette nouvelle touche, pour les rendre encore plus humains. Je n’ai pas du tout envie de les laisser mourir. Même si je crois que les personnages ne meurent jamais parce que les lecteurs prennent le relais et les font vivre à travers leur lecture.»

Vous connaissez bien New York?

«Oui. J’adore cette ville, parce que c’est la ville de tous les possibles. Et de tous les impossibles aussi! Tout peut s’y produire, même l’inconcevable. Cela peut être une ville géniale, et en deux secondes, basculer dans l’enfer. C’est exactement ce qui se passe pour Jamie, c’est pourquoi, j’avais très envie que cela se passe là-bas. On lui offre sur un plateau une vie fabuleuse, dont il a toujours rêvé. Il la saisit parce que l’occasion est trop belle. Mais ensuite, son passé le rattrape, son cauchemar le rappelle et tout bascule. Je vois un peu ce livre comme une poupée russe: vous ouvrez une vie, il en y a une autre dedans, et ainsi de suite. Je trouve cela très propre à New York aussi: vous soulevez quelque chose et il y a autre chose derrière. Il y a plein d’existences et de possibles cachés dans cette ville.»

Sur quoi travaillez-vous en ce moment?

«Sur le tome 4 d’Oscar. Il sortira en novembre…»

Peut-on déjà en savoir un peu plus?

«(rires) Que puis-je vous dire? Qu’Oscar est un peu entre deux chaises. Il a grandi: il a 16 ans. Il va découvrir le 4e univers, celui de la génétique, des gènes, avec toutes les questions qui vont avec: qu’est-ce qu’on transmet de parents à enfants, qu’est-ce qu’il a de son père, qui est absent? Et puis surtout Oscar a été banni de Cumides circle dans le dernier tome. Il va donc voir ses amis partir à la conquête d’un quatrième trophée alors que lui ne peut pas les rejoindre. Il va violer l’interdit, partir de son côté. En même temps, on va assister à la montée des Pathologus, avec un prince noir prêt à tout, qui va déclarer la guerre au monde. Oscar va connaître la trahison. Il va être tenté par la trahison. Il va connaître l’amour et l’amour impossible. La mort d’un proche aussi. Donc il va y avoir du sang, des larmes et beaucoup d’espoir malgré tout!»

Les aventures d’Oscar vont être adaptées à Hollywood!

«Oui, cela a été un choc! Je ne m’en suis pas encore remis! C’est Warner et Heyman qui en ont acquis les droits. Aux Etats-Unis, tout le monde se demandait qui allait prendre la suite de ‘Harry Potter’ avec ces producteurs-là. Quand la presse a parlé d’Oscar, ils étaient tous en train de se demander qui était ce petit ‘Frenchy’ qui prenait leur place! C’est encore un peu virtuel pour moi, mais je sais que c’est une aventure fabuleuse! Je le vois surtout comme un encouragement extraordinaire et une forme de légitimité pour Oscar. Mais on verra. Je ne veux pas perdre mon plaisir du rapport au livre. Je veux continuer à écrire, accompagner Oscar jusqu’au bout de son destin. Et puis advienne que pourra! Si cela en fait un film, tant mieux!»

                Christelle  

Pour obtenir une dédicace électronique personnalisée deThierry Serfaty, rendez-vous sur son slog: www.thierry-serfaty.com

 En quelques lignes

Jamie Byrne a, semble-t-il, tout pour être heureux. Chirurgien plutôt beau gosse, marié, une maîtresse, et un pote sur qui il peut toujours compter. Pourtant, alors qu’il vient de brûler un feu rouge, que son pare-brise se disloque et qu’il voit sa vie défiler devant les yeux, c’est aux enfants qu’il aurait aimé avoir et que sa femme, Inès, lui a toujours refusé qu’il pense. Puis coup de théâtre: Jamie se réveille dans son lit, sa femme à côté de lui. Sauf que cette femme n’est plus l’acariâtre Inès, mais Meredith, une épouse séduisante, amoureuse et pleine de sollicitude… Surgissent ensuite deux petits garçons: les leurs. Autrement dit, Jamie se réveille dans sa vie rêvée. Et si cet accident n’était rien d’autre qu’un vilain cauchemar? Mais cela ne ferait pas un bon thriller si c’était aussi simple! Or un bon thriller, palpitant et plein de rebondissements, ce livre l’est assurément! Entre suspense et émotions, son dernier roman mené tambour battant nous propulse dans une course folle jusqu’aux dernières pages et un dénouement plutôt inattendu. Un vrai coup de cœur!

«Demain est une autre vie», de Thierry Serfaty, éditions Albin Michel, 384 pages, 20 €

Cote: 5/5

 

 

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