Entre thriller et comédie romantique

© Marianne Rosenstiehl

Un jour, dans un aéroport, une jeune femme s’empare par erreur du téléphone portable de Guillaume Musso. De quoi inspirer à l’auteur de «Et après» son dernier roman, entre comédie romantique et thriller. Un grand cru, assurément !

Cette fois encore, l’histoire passe par un aéroport. C’est une véritable histoire d’amour entre vous et les aéroports.

«Oui. Je prends beaucoup l’avion. Tout petit déjà, l’aéroport était pour moi lié aux rêves, aux vacances, aux déplacements. Un peu à l’inconnu, au danger aussi. Parce que finalement, l’avion peut faire peur aussi. »

Comment en est née l’idée ?

«Cette histoire-ci est née d’un incident qui m’est réellement arrivé il y a quatre ans, à l’aéroport de Montréal. Dans la salle d’embarquement, j’avais mis mon téléphone portable à recharger. D’un seul coup, je vois une jeune femme qui s ‘en va avec. Je lui cours après. C’était une Américaine. Je lui dis qu’elle a pris mon téléphone.  Elle prétend que non. Qu’il s’agit du sien. Et puis finalement on s’aperçoit qu’elle avait mis son téléphone à recharger un peu plus loin, mais qu’on avait le même modèle. Et donc en repartant, dans l’avion, j’ai écrit un début d’histoire qui prenait comme point de départ l’incident que je venais de vivre. Puis j’ai mis cela dans un tiroir. Je n’y pensais plus. Sauf quand je rencontrais des réalisateurs qui me demandaient d’écrire des scénarios originaux pour le cinéma. Parfois je leur parlais de ce début d’histoire. A chaque fois je voyais leur œil s’allumer. Et il y a un an et demi, j’ai ressorti ce début d’histoire de mes tiroirs… »

Et il sera adapté au cinéma ?

«J’aimerais bien que cela fasse un film, mais je ne suis pas pressé. Parce que si cela se fait, je veux vraiment contrôler le scénario, l’écrire  moi-même. C’est une histoire qui me tient vraiment beaucoup à cœur. Je suis très attaché à ce livre.»

Et si cette Américaine était bel et bien partie avec votre portable, qu’y aurait-elle découvert ? Quelque chose de croustillant ?

«Vous voulez voir ? Non, franchement il n’y a rien !»

Même pas des photos ?

«Je prends très peu de photos. Ce sont essentiellement des photos de repérages. Pour ce roman, je suis beaucoup allé en repérage à San Francisco et à New York. En décembre, je suis resté coincé à New York. Il y avait une tempête de neige. Pendant trois jours, les avions n’ont pas décollés. Donc je suis resté dans la ville, et j’ai fait plein de photos. Je suis allé interroger les chauffeurs de taxis… Je me suis nourris de tout cela et cela m’a forcé à réécrire la dernière partie du roman qui se passe à New York pendant la fameuse tempête. J’ai aussi  travaillé avec un fleuriste. Et je suis allé dans le monde de la gastronomie.»

C’est donc de là que vous vient votre connaissance en art floral ?

«J’ai fait une sorte de ‘stage’. Un jour, je suis passé devant une magnifique boutique à Paris. Je rentre, je me présente au fleuriste, je lui explique que je suis en train d’écrire un roman dans lequel j’aimerais bien que mon héroïne tienne un magasin de fleurs. Il m’a proposé de revenir le lendemain pour observer sa boutique, les clients, aller au marché avec lui à Ringis. Je l’ai suivi, c’était formidable et j’en ai retiré quelques anecdotes assez marantes qu’on retrouve dans le roman, comme cette mode apparemment actuelle des maris qui font livrer des fleurs à leur femme sans mettre de mot pour voir si leur femme le soir, à la maison, va leur dire qu’elle a reçu un bouquet au bureau. »

Et vos connaissances en  art culinaire ?

«C’est une passion. J’ai toujours été fasciné par la création culinaire. Parce que pour moi, il y a un parallèle évident entre la création artisanale d’un plat et la création lorsque j’écris mes histoires. J’aime beaucoup aussi ce devoir d’invention, d’originalité que se font certains chefs, et  que j’essaie de m’appliquer aussi à moi-même, tout en respectant les grands maîtres du passé. Pour eux ce sont des chefs mythiques, pour moi, ce sont des écrivains, c’est Dumas, c’est King… »

Vous pratiquez souvent  la cuisine de sous-vêtements aux micro-ondes?

«Non ! C’est ce personnage, Marcus, le colocataire de Jonathan, qui partage avec lui une petite maison à San Francisco, et qui amène un petit peu de pétillant, de vie. Il est très gaffeur, mais finalement, c’est quand même le meilleur des amis.»

Votre héros a ses meilleurs souvenirs de jeunesse à Antibes. C’est autobiographique, ça ?

«Oui. Je suis allé puiser dans mes souvenirs à moi, même si ce n’est pas de la transposition automatique, mais cela m’a fait plaisir de mettre le sud-est et de mettre Antibes un petit peu dans ce livre à travers quelques petits flash-back. »

Pourquoi ce titre ?

«L’appel de l’ange, c’est la grand-mère de l’héroïne qui lui disait que, le jour où elle rencontrerait l’homme de sa vie, elle le saurait immédiatement, comme si un ange le lui murmurait à son oreille.»

Vous pensez qu’une vie peut être rattachée à une autre par un fil invisible ?

«Oui. Je pense que très souvent, nos vies sont rattachées à d’autres par des connexions  dont on n’a pas forcément conscience. Cela arrive souvent lorsque vous parlez avec quelqu’un que vous ne connaissez pas, de voir que finalement, vous avez des connaissances en commun, vécu au même endroit… Il y a cette théorie qui dit qu’on est tous liés par six degrés de séparation. C’est vrai que ces liens invisibles qui relient les êtres, on les retrouve souvent dans mes romans parce que cela me plaît beaucoup.»

Croyez-vous au destin ?

«Beaucoup de mes romans sont traversés par cette question. Est-ce que nos existences, les rencontres que l’on fait, notamment amoureuses, sont quelque part prédestinées ou est-ce que nos vies ne sont que le résultat du hasard, du chaos? Bien sûr, je n’ai pas la réponse. Mais dans les premiers temps de l’amour, j’ai remarqué qu’on aimait bien croire au destin!»

Vos héros ont en commun qu’à un moment donné, ils ont changé de vie. C’est un thème qu’on retrouve dans d’autres de vos livres.  C’est un fantasme chez vous? Vous aimeriez changer de vie?

«J’ai changé de vie plusieurs fois. Au moins une en tout cas. J’ai été pendant dix ans professeur d’économie avant d’avoir cette vie d’auteur, de pouvoir parcourir le monde et rencontrer les lecteurs dans les trente pays où sont traduits mes romans. J’aime aussi le thème de la deuxième chance. J’essaie toujours d’écrire mes romans avec deux niveaux de lecture. Un premier niveau où l’on peut juste se laisser porter par l’histoire et un deuxième niveau où je voulais cette fois explorer ce thème, cette interrogation qui consiste à se dire que finalement, on ne peut être vraiment heureux qu’à partir du moment où on accepte de se confronter un petit peu aux fantômes et aux démons  de notre passé. Quand débute le roman, Madeline et Jonathan sont un peu des fugitifs de leur propre vie. Pour pouvoir survivre, ils ont refoulé des douleurs liées au passé. Et cet échange de téléphone fortuit va les obliger à rouvrir les anciennes blessures et à essayer de se confronter à cette douleur dont ils n’étaient pas capables de faire face des années auparavant. »

Quelle est votre définition de l’amour ?

«Oulala ! Je serais bien incapable d’en donner une définition, mais l’amour, c’est mon oxygène,  ce qui m’inspire. Je n’imagine pas écrire un roman qui en serait dépourvu. Même là, c’est un thriller, mais qui est écrit quand même dans la fièvre de cet amour naissant entre ces deux personnages. L’amour, c’est tellement vaste parce que c’est l’amour au sein du couple, mais c’est aussi l’amour qu’on peut avoir pour nos enfants, nos parents. Oui, moi l’amour, c’est mon carburant. Mais l’amour a ses deux faces. C’est à la fois la chose la plus épanouissante du monde et, quand il s’en va, cela peut être la chose la plus déchirante du monde, qui peut nous amener à faire n’importe quoi. Dans beaucoup de mes romans, il y a le parallèle qui est fait entre l’amour et la drogue, l’euphorie de l’état amoureux et la noirceur et la douleur de l’état de manque.»

Il n’y a pas la moindre petite dose de surnaturel dans votre dernier livre !

«Non ! Vous savez, il n’y a pas de cahier des charges ! Cette histoire est suffisamment riche et ample pour se suffire  à elle-même. Tout comme finalement, dans le précédent, il y avait une explication rationnelle aussi à la fin. Je ne dis pas que je n’y reviendrai pas, je ne me l’interdis absolument pas. Je commence à écrire un roman quand j’ai vraiment la sensation d’avoir une bonne histoire avec des personnages attachants. Après, il n’y a pas de calcul, de mettre du surnaturel ou pas.»

Ces deux personnages sont justement très attachants. On pourrait les retrouver ?

«C’est très possible. C’est vrai que j’ai pris beaucoup de plaisir à créer ce couple et que je trouve que dans la dernière partie du roman, lorsqu’ils enquêtent tous les deux à New York, ils sont assez attachants, parce que complémentaires. Elle, c’est une femme assez forte, avec un côté masculin, elle prend les décisions, c’est elle qui impulse l’action. Lui, c’est un peu un nouvel homme, dans le sens où il a allumé sa part de féminité, sa sensibilité. Il est cérébral alors qu’elle est plus instinctive.  Je trouve qu’ils forment un couple avec un équilibre, bien qu’ils soient tout le temps en train de se disputer. Mais finalement leur amour naissant transparait et le final est assez ouvert pour pouvoir les retrouver. Et si j’ai une enquête suffisamment puissante, pourquoi pas ! »

Christelle

EN QUELQUES LIGNES

Comme dans beaucoup de livres de Guillaume Musso, l’histoire transite par un aéroport.  Dans la cafétéria du principal terminal de JFK à New York, un homme et une femme se percutent, s’engueulent, ramassent leurs affaires et poursuivent leur route. Mais en dégainant leur téléphone portable à leur descente d’avion, ils s’aperçoivent qu’ils ont malencontreusement interverti leur GSM lors de cette collision. Or 10.000 km séparent désormais Jonathan,  restaurateur à San Francisco, et Madeline, fleuriste à Paris. Emportés par la curiosité, chacun explore le téléphone de l’autre. Une indiscrétion qui va leur révéler que leur vie est liée par un secret qu’ils pensaient enterré à jamais. Et cet homme et cette femme, qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant et n’auraient certainement jamais dû se revoir, se retrouvent embarqués dans une histoire qui, de comédie romantique, vire rapidement au thriller. Sans une once de surnaturel cette fois, le dernier livre de Musso s’avale d’une traite. Du moins jusqu’aux derniers chapitres où l’on se prend à ralentir la cadence… C’est qu’il faudra probablement patienter un an pour le prochain! Et pourquoi pas d’autres aventures pour ce duo de choc?

« L’appel de l’ange », de Guillaume Musso, XO éditions, 396 pages, 20,90 €

Cote: 5/5

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