
© Marianne Rosenstiehl
Entre comédie romantique et aventure fantastique -et avec un petit côté road movie en prime!-, le dernier livre de Guillaume Musso nous projette dans l’univers d’un romancier, qui voit débarquer dans sa vie son héroïne. Une situation qui ne serait pas pour déplaire à l’auteur, le vrai cette fois, qui semble lui aussi avoir succombé au charme de sa «fille de papier»!
Comment est née l’idée de donner vie à l’un de vos personnages?
«Cela fait très longtemps que je cherchais un sujet et une histoire qui me permette de traiter le thème de la lecture, du lecteur, du monde imaginaire dans lequel on peut se réfugier grâce à la fiction. Et à l’inverse aussi du retour que ce monde imaginaire pouvait avoir dans la vie réelle. Puis un jour, s’est imposée l’image d’un écrivain à la dérive dans une grande maison sur la plage et une fille tombée du ciel un peu comme un ange sur sa terrasse pour l’aider à sortir un petit peu du gouffre.»
C’est un peu une sorte de mise en abyme: un écrivain qui écrit sur un écrivain…
«Oui, complètement. J’ai joué sur la mise en abyme, sur tous les processus de métafiction. Je voulais aussi dire merci aux lecteurs. C’est mon roman le plus abouti, dans le sens où il brasse les thèmes qui me sont les plus chers. Ma mère était bibliothécaire. J’ai été élevé au milieu des livres. Pour moi, cela a toujours été un moyen d’évasion. On peut donc le lire au premier degré, en se laissant porter par l’intrigue, mais aussi à un deuxième niveau, y voir des références, des choses qu’on ne comprend pas forcément à la première lecture.»
Le héros étant un romancier comme vous, on peut se demander si vous y avez mis une grande part d’autobiographie?
«Comme beaucoup d’auteurs, je vais puiser dans une part de mon expérience, de ma vie personnelle pour construire mes personnages et être en empathie avec eux. Tom Boyd, l’écrivain, a donc des points communs avec moi. Il est vu à travers ma sensibilité. Mais on diffère aussi fondamentalement sur d’autres points. On le prend à un moment où il est à la dérive. Il est sous médocs, se drogue: ce n’est pas mon cas!»
L’angoisse de la page blanche, c’est aussi quelque chose que vous connaissez?
«Non! Absolument pas. J’ai le syndrome inverse, un trop plein d’idées. Il y a toujours quinze ou vingt histoires qui éclosent dans ma tête. Pour connaître le sujet de mon prochain roman, c’est à chaque fois difficile parce qu’il y a des histoires que je traîne avec moi, parfois depuis l’adolescence. C’est un peu comme une histoire d’amour, dans le sens où, dans une histoire d’amour, il faut rencontrer la bonne personne au bon moment. Pour une histoire, c’est un peu pareil: il faut la bonne intrigue et soi-même être prêt. Par exemple, cette histoire, je l’ai depuis plusieurs années, mais je n’étais pas encore prêt pour la traiter. Il a fallu attendre le bon moment.»
Vous avez déjà commencé votre prochain roman?
«Il y a trois histoires qui sont à peu près au coude-à-coude, dans trois genres différents. C’est le moment le plus excitant parce qu’on a encore l’impression que tout est possible. C’est le moment où on laisse vagabonder notre esprit. Le moment le plus dur après, c’est le moment de la rédaction qui, dans les périodes les plus intenses, peut représenter quinze heures ou seize heures par jour de travail, enfermé devant un écran. C’est tout sauf glamour. Mais la période où l’on recherche des lieux, où l’on va faire des repérages, où on peut essayer de capter l’air du temps, c’est ma période préférée dans le processus d’écriture.»
Votre personnage explique que l’écriture implique de se couper du monde, prévoir un stock important de capsules de café… C’est aussi votre façon d’écrire?
«Dans les bons jours, je peux écrire partout. Cela m’est arrivé d’écrire sur ordinateur dans un aéroport, dans un avion, à la terrasse d’un café. Mais le gros du travail, le travail qui fait mal, s’effectue entre 10h du soir et 4h du matin, enfermé, seul devant un bureau.»
Votre héros dit avoir toujours pensé qu’un ouvrage n’existait vraiment qu’à travers sa relation avec le lecteur. C’est aussi ce que vous pensez?
«Complètement. J’ai vraiment commencé à avoir du succès au moment de la parution de mon premier livre en Poche, au moment où les gens commençaient à se le conseiller. On croit parfois me faire de la peine en me disant que je suis un romancier populaire. Mais c’est vrai: je n’écris pas des livres élitistes, mais des livres destinés au plus grand nombre, dans un style que j’essaie de rendre fluide, abordant des thèmes qui se trouvent être un peu malgré moi universels. Je reçois plus de 10.000 courriers ou mails par an, des quatre coins du monde.»
Du genre des mails que reçoit Tom Boyd?
«Oui, c’est vrai que c’est un petit peu inspiré de messages que je peux recevoir. Mais c’est un éventail très large. Mes romans sont traduits dans plus de trente pays. Pendant longtemps, on me disait que c’était plutôt des femmes qui achetaient mes romans, ce qui est sans doute vrai! Mais elles les font découvrir de plus en plus à leur copain, leur mari, leur amant. Et donc je reçois de plus en plus de courriers masculins. La preuve que les hommes sont aussi travaillés par toutes ces questions: l’amour, le sens que l’on donne à sa vie…»
Y a-t-il un de vos personnages que vous aimeriez voir surgir dans votre vie?
«Billie! C’est le personnage auquel je suis le plus attaché. Je suis un peu tombé amoureux d’elle l’année où a duré l’écriture. J’étais content de la retrouver tous les matins, de me disputer avec elle par l’intermédiaire de Tom, de la taquiner. J’étais impatient de voir ce qu’elle allait me répondre car c’est un personnage qui s’est vraiment autonomisé. C’est le personnage que j’ai créé qui a peut-être le plus de répartie et auquel je suis le plus attaché. Depuis un peu plus d’un mois que le roman est terminé, Billie me manque!»
Vous aimez les belles voitures?
«Non, je n’ai pas du tout ce fantasme-là. Je roule en Clio, je ne mets pas du tout mon argent dans les voitures. Simplement, je trouvais que cela cadrait bien avec le personnage de Milo qui, lui, effectivement, parce qu’il n’a jamais eu d’argent et qu’il en a d’un seul coup, a envie de faire une folie et donc achète cette voiture hors de prix. Et puis cela m’amusait de les voir traverser le désert d’abord en Bugatti, puis en vieille Fiat pour finir en vieux scooter. C’était le côté déchéance du duo qui m’a fait choisir cette voiture hors de prix.»
Ce livre tient en effet du road-movie.
«Oui, j’avais cette envie d’espace. Je voulais les faire partir de Los Angeles, parce que Los Angeles, c’est Hollywood, l’usine à rêves, là où se fabrique la fiction. Il y a donc un lien avec le thème du roman. Je voulais ensuite les faire bouger, que ce soit un roman assez ensoleillé, assez anti-déprime. J’écris toujours le roman que j’aimerais lire en tant que lecteur et là, j’avais envie d’évasion, de m’évader en l’écrivant!»
Dans quel genre le classeriez-vous?
«Je crois que ce qui caractérise le plus mes romans, c’est qu’ils sont vraiment au croisement de plusieurs genres. C’est à la fois un thriller, une histoire d’amour, une réflexion sur la lecture. Avec une petite pointe de surnaturel.»
L’amitié joue une fois encore un rôle important dans ce roman, presqu’autant que l’amour. Vous avez aussi un meilleur ami, du genre de Milo?
«Milo, c’est le meilleur ami que j’aurais rêvé d’avoir, que je n’ai jamais eu. C’est l’ami que l’on peut appeler à 3h du matin si l’on a un cadavre à enterrer. Ce type d’amitié ne peut se forger que dans l’enfance, je pense. Ici, c’est un drame qui les unit. Ils ont cette amitié indéfectible, mais il y a eu un prix à payer pour en arriver là. C’est vrai que le thème de l’amitié est assez récurrent chez moi, peut-être plus comme un manque dans ma vie de n’avoir eu une amitié aussi absolue que les héros de mes romans.»
Vous pensez qu’une rencontre peut changer une vie?
«Oui, il y a peu de choses auxquelles je crois dans la vie, mais cela j’y crois dur comme fer. Pour le meilleur comme pour le pire d’ailleurs, une rencontre peut vraiment bouleverser une vie à n’importe quel âge. La rencontre, c’est la collision avec notre univers. Elle peut déboucher sur de l’amour, de la haine, de la destruction… Cela peut aussi forcer à nous remettre en cause.»
Comme dans beaucoup de vos romans, il y a un petit clin d’œil à un aéroport.
«L’aéroport, c’est ma deuxième maison. Je partage mon temps entre la Côte d’Azur, Paris et tous les pays que je visite, que ce soit pour la promotion de mes romans ou par curiosité intellectuelle. C’est vrai que c’est un lieu fétiche pour moi.»
Ce roman-ci pourrait être adapté au cinéma?
«C’est possible. Il est cinématographique. Je reçois beaucoup de propositions, à la fois de producteurs et de réalisateurs qui aimeraient bien adapter mes romans. Je refuse plus souvent que je ne dis oui. Je n’accepte que s’il y a un projet artistique derrière auquel je crois. J’ai appris que le cinéma c’était lent. On maîtrise beaucoup moins que pour un roman. Le cinéma, c’est beaucoup plus de contraintes.»
Un scénario original de Musso pour le cinéma
Deux de vos livres («Parce que je t’aime» et «Seras-tu là?») sont en cours d’adaptation. Ils en sont où?
«C’est en cours, mais le cinéma, c’est malheureusement très lent. Il n’y a pas de casting pour l’instant. Par contre, pour la première fois, je suis en train d’écrire un scénario original! J’avais toujours dit non, parce que je n’avais pas le temps et que les romans me prenaient l’essentiel de mes occupations, mais là j’ai eu une idée originale qui se prête bien à un traitement cinématographique. Je ne peux pas vous en dire pour l’instant»
Comment savez-vous si une idée est plus cinématographique ou romanesque?
«Ce n’est pas facile. On se dit parfois que cela pourrait faire un bon film ou un bon livre. Là, je voulais faire quelque chose qui se passe en France. Honnêtement, je ne pourrais pas vous répondre. ‘La fille de papier’, si j’avais vécu aux États-Unis, je l’aurais peut-être écrit directement en scénario. Il n’y a pas de règles.»
En quelques lignes
Entre comédie romantique et aventure fantastique -et avec un petit côté road movie en prime!-, le dernier livre de Guillaume Musso nous projette dans l’univers d’un romancier. Tom Boyd est un écrivain célèbre. Mais suite à une rupture sentimentale douloureuse, il est en panne d’inspiration et peine à écrire le 3e tome de sa saga, «La trilogie des anges». Jusqu’au jour où surgit chez lui une fille nue à la chevelure couleur de miel et aux jambes kilométriques. La copie conforme de Billie Donelly, personnage d’un de ses romans dont elle prétend être «tombée» suite à une erreur d’impression. Mais hors de son univers de fiction, la belle ne pourra survivre bien longtemps. S’il veut la sauver, Tom Boyd va devoir se remettre à écrire… Toujours aussi efficace, le 7e livre de Guillaume Musso mélange amour, amitié, suspense et séduction avec une petite dose de fantastique savamment dosée. Du tout bon Musso à dévorer d’une traite!
Christelle
«La fille de papier» de Guillaume Musso, XO éditions, 376 pages, 19,90 €
Cote: 4/5