Voyage au pays de l’éternel présent

Aimé est âgé d’une dizaine d’années. Il vit à Taxandria, une ville en ruines, emplie de colonnes corinthiennes et de grands palaissouv déserts. Suite à un mystérieux cataclysme, les lois de l’ «éternel présent» sont d’application: toute allusion au passé et au futur est interdite, machines et femmes ont été bannies de la ville. Tout n’est que désolation et froideur. «Souvenirs de l’éternel présent», qui s’inscrit dans le cycle des Cités obscures, met en scène un monde d’après-apocalypse qui se meurt et que seule la volonté d’un enfant peut sortir de sa torpeur. Un conte étrange dont l’univers fantomatique est habilement souligné par les dessins de François Schuiten. Avec son compère scénariste Benoît Peeters, il revient sur plusieurs thèmes chers à leur duo. Critique de l’ordre établi et absurdité du pouvoir, dérives de la société industrielle, folie des hommes à vouloir détruire la terre se profilent en filigrane de ce doux récit.

Taxandria, une nouvelle cité obscure?
DSCN0039 Benoît Peeters:
«Nouvelle et pas nouvelle. Une bonne partie des dessins de cet album ont été créés à l’origine pour le film du Belge Raoul Servais «Taxandria» (sorti dans les salles en 1994 et qui ne remporta que très peu de succès, ndlr). François avait réalisé à l’époque des centaines de dessins préparatoires au film. Nous avons eu envie de réinventer ce matériel et de se la réapproprier.»

Pourquoi revenir à ce projet aujourd’hui?
Benoît Peeters:
«Nous avions l’impression que les thèmes abordés dans le récit de Raoul Servais étaient plein de résonance. L’histoire revêt notamment un aspect écologique. Les thèmes abordés nous ont paru suffisamment proches pour que l’on ait envie de se replonger dedans. Nous avons réinventé tout un pan de l’histoire à partir de nos préoccupations actuelles.»
François Schuiten:
«Il me restait un petit goût de déception par rapport au projet original. Personne, même le réalisateur en raison d’aléas techniques, n’avait réussi à en sortir tout le potentiel. C’est à cette tâche que nous sommes attelés.»

Les références surréalistes s’enchaînent, comme le voulait le film?
François Schuiten:
«Le projet de départ mettait en scène un univers encore plus surréaliste et fantastique dans son expression picturale et graphique. Mais cette dimension s’est réduite comme une peau de chagrin dans le film en raison d’impératifs liés à une production cinématographique.»

Cet album est très visuel. Le regard voyage et vole de case en case, ne s’accrochant que brièvement au texte…
François Schuiten:
«On s’amuse beaucoup, on s’oblige tous les deux à renouveler notre plaisir, notre émotion. Ce qui n’est sans doute pas le meilleur chemin pour une efficacité commerciale!»
Benoît Peeters: ««Souvenirs de l’éternel présent» est une histoire très linéaire centrée sur un personnage. Ce récit est un peu plus simple que nos précédentes histoires, il est un peu plus conte, un peu plus fable.»

Anne-Sophie

«Souvenirs de l’éternel présent», de Schuiten et Peeters, éditions Casterman, 80 pages, 18 €

Cote : 3/5

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