20 ans après la chute du Mur…

Il y a 20 ans, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin qui séparait l’Est de l’Ouest tombait. Un événement qui a bouleversé le monde entier. Des livres pour se souvenir…

UN HOMME SURVEILLE

Vesko Branev DRLe Bulgare Vesko Branev a longtemps été un homme surveillé. En 1957, il étudie à Berlin que le Mur n’a pas encore divisé. Jusqu’à ce qu’un homme du KGB l’approche et lui propose de travailler pour eux. Incapable d’accepter, il passe à l’Ouest. Enlevé par la Stasi, il est remis à la Sécurité bulgare et interrogé. Même libéré, il restera surveillé durant de très longues années.

 

Votre dossier à la Sécurité de l’Etat comprenait environ 2.000 pages. On peut dire que vous avez été un homme très surveillé. Qu’éprouve-t-on à vivre continuellement sous surveillance?

«Pour que l’Etat communiste existe, il fallait absolument une chose: faire peur, à tout le monde, innocent ou coupable. Nous savions qu’on était surveillés. On était très vigilants à ne rien dire contre le gouvernement. Dans mon cas spécialement, j’ai été arrêté en un instant à Berlin par la police Est-allemande. Après une dizaine de jours, on m’a envoyé à Sofia. On a finalement décidé que je n’étais coupable de rien et on m’a laissé sortir. Mais depuis ce moment-là, j’étais sur la liste des gens suspects. Parce qu’à Berlin-Ouest, j’ai été en contact avec les Français qui s’occupaient des immigrés, ils ont décidé que j’étais peut-être un espion français. C’est marqué dans mon dossier. Cela n’a jamais été prouvé bien sûr: je n’étais pas un espion. Mais à cause de cela, pendant 15 ans, on m’a surveillé. Je savais que j’étais soupçonné. Je le sentais parfois.»

Impossible à cette époque de faire confiance à quiconque, pas même à ses amis.

«C’est très difficile de se dire qu’on ne peut faire confiance à personne. On se dit impossible qu’il me trahisse, c’est un ami à moi, ma bien-aimée, un parent. Dans mon dossier, j’ai constaté que par exemple le frère de ma femme m’avait dénoncé. Un de mes meilleurs amis aussi. Il y a malgré tout des nuances. Il y a des dénonciateurs, des agents de la police secrète, qui ont donné des renseignements sans importance, en cachant par exemple ce que j’avais vraiment dit. C’est un jeu très compliqué. Dans mon cas, environ 80% des gens avec lesquels je vivais ont été en contact avec la police secrète. Même s’il n’était pas toujours des dénonciateurs.»

Vous racontez aussi que lycéen, vous avez été enrôlé malgré vous par la sûreté de l’État.

«C’est quelque chose que l’on peut difficilement comprendre. Même en Bulgarie, les jeunes d’aujourd’hui me demandent ce qui m’a tant effrayé que cela, avec quoi j’ai été menacé. Mais c’était 1948. Tout était menace. Il suffisait d’être appelé à la police secrète. On avait devant soi non des hommes, mais l’État lui-même. Des figures de métal. Je sentais qu’ils pouvaient faire avec moi tout ce qu’ils voulaient. Une menace de quelque chose en particulier n’était pas nécessaire. À cette époque-là, on recrutait beaucoup de jeunes personnes comme moi pour qu’ils continuent à travailler une fois diplômés, au moment où ils ont des professions. C’est à ce moment-là qu’ils devenaient être utiles. Je n’imagine pas que quelqu’un ait dit non à l’époque. Cela nous marque pour toujours. Parfois, je me dis que mes yeux ne sont pas sous mon front, mais dans mon dos. Je regarde tout le temps derrière. Je ne peux pas me débarrasser de cela.»

Quels souvenirs gardez-vous du Mur?

«J’étais déjà de retour en Bulgarie quand on a construit le Mur. Une dizaine d’années plus tard, je suis allé à Berlin, j’ai visité l’appartement où je vivais autrefois, comme étudiant. En continuant dans la rue, je suis arrivé au Mur où j’ai vu quelque chose de vraiment humiliant. De l’autre côté du Mur, il y a avait des constructions de bois, une plate-forme où on amenait des étrangers pour qu’ils puissent voir comment vivent les gens à Berlin-Est. Et je me sentais comme dans un zoo.  C’est un souvenir très désagréable.»

La chute du Mur, vous l’avez vécue comment?HOMME_SURVEILLE.qxd

«Ah, c’était formidable! Je connaissais Berlin avant la Chute. C’était donc quelque chose d’inoubliable parce qu’on passait de Berlin-Est à Berlin-Ouest comme cela! Cela semblait presque impossible. En cinq minutes, on était à l’autre bout du monde. Quelques semaines avant la chute du Mur, je suis allé à Berlin, et déjà on permettait aux gens d’aller à Berlin-Ouest avec leur passeport. Je voyais très bien que c’était la fin, pas seulement du Mur, mais de quelque chose de terrible, cette séparation de l’Europe en deux. Pour moi, c’était une grande joie!»

Aujourd’hui, vingt ans après la chute du Mur, quel est votre sentiment?

«Tout d’abord, je ne cesserai jamais d’être content du changement. Maintenant, tout ce qui m’occupe, c’est de faire en sorte que ce passé ne reste pas sans explication. On a toujours tendance à dire qu’il ne faut pas regarder en arrière mais en avant. Les nouvelles générations dans mon pays ne savent pas ce qui s’est passé. Ce que je raconte dans mon livre, cela n’existe pas dans les programmes scolaires. Ce qu’ils veulent, c’est qu’on se taise sur le passé. Le crime nazi a duré douze ans. Le communisme en Bulgarie, cela a duré 45 ans. Pour les Russes, ça a été plus de 80 ans. Cela fait une grande différence entre les deux régimes totalitaires, le nazisme et le communisme.»

 Christelle

«Un homme surveillé», par Vesko Branev (Albin Michel), 440 pages, 22,50 €

Cote: 4/5

LE COMBAT D’UNE MERE POUR RETROUVER SES FILLES

mur entre nos vies1982. Jutta Gallus tente de fuir l’Allemagne de l’Est avec ses deux filles. Mais son plan échoue et elle se retrouve en prison tandis que ces enfants sont placées dans une institution. Libérée deux ans plus tard et expulsée d’Allemagne de l’Est, Jutta n’a pas le droit de revoir ses filles. Elle se pointera dès lors, tous les jours et par tous les temps, à Checkpoint Charlie, point de passage entre Berlin-Ouest et Berlin-Est, avec une pancarte réclamant qu’on lui rende ses enfants. C’est le combat de cette mère pour retrouver ses filles derrière le mur de Berlin que nous raconte la journaliste Ines Veith dans ce livre émouvant.

Christelle

«Un mur entre nos vies», de Ines Veith, éditions Michel Lafon, 242 pages, 17,90 €

A lire aussi sur le sujet:

* « Art / Mur de Berlin » par  Jean-Luc Faby (Hachette): des photos de 25 oeuvres d’art aujourd’hui disparues.

* «Berlin 1989», par Georges Marion (Seuil): l’ancien correspondant à Berlin du ‘Monde’ y raconte les derniers jours du Mur à travers le regard de nombreux témoins qu’il a tous rencontrés dernièrement, de grandes figures politiques comme Günter Schabowski à des citoyens anonymes en passant par des officiers de la Stasi et des fuyards.

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